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comment attirer les jeunes 16-25 ans dans un club photo

Club photo et génération Z : la métaphore du chat

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Un lecteur me demandait récemment comment attirer les jeunes dans son club photo. Les 16 ans, précisément. Ma réponse a été sans appel : ne fais pas ça.

Les jeunes ont leur place dans la photographie, bien évidemment. Mais la question révèle un malentendu fondamental sur ce que les jeunes générations attendent d’un espace communautaire. Vouloir “faire venir” quelqu’un, c’est déjà partir du mauvais pied.

La génération Z (Gen Z) comprend les personnes nées entre les années 1996 et 2012, soit les 16-25 ans environ aujourd’hui. Comme toute génération, elle a ses codes, ses pratiques, ses habitudes et ses attentes. Chercher à les comprendre, et les entendre, est le point de départ par lequel tout club photo traditionnel doit passer pour espérer intéresser ces jeunes.

Le club photo, une institution

J’ai participé à un club photo pendant plusieurs années avant de le diriger pendant dix ans. J’ai eu de nombreux échanges avec d’autres clubs. Tous étaient, ou sont encore, plus ou moins structurés sur le modèle associatif français : statuts, cotisations, règlement intérieur, affiliation à une fédération. Le club photo est une institution.

Ce cadre a des avantages réels et concrets : il permet de disposer d’une structure associative reconnue pour demander des subventions, pour nouer des partenariats avec des collectivités, pour bénéficier d’une assurance, pour prêter du matériel. Le statut d’association loi 1901 permet d’inscrire le club dans la durée, c’est une structure fiable.

Mais ce cadre produit aussi une culture. Celle de l’appartenance à un cercle privé : pour participer aux activités d’un club photo, on est membre, on paie sa cotisation, on assiste aux séances, on participe aux thèmes imposés, aux concours.
Le club dispose d’une structure dirigeante, souvent les anciens. Ce sont les piliers du club, réunis au sein d’un bureau. Ce bureau connait les codes, définit les orientations. Les nouveaux membres doivent accepter cette hiérarchie, apprendre les codes, et les suivre.

Cette structure rigide crée une dynamique lente. L’évolution des pratiques est progressive, se veut consensuelle, mais est souvent laborieuse. Je me souviens de ces longues assemblées générales passées à débattre sur ce qu’il faudrait proposer pour assurer l’animation du club, sans jamais arriver à un consensus. Au final, c’est souvent le bureau qui tranche, imposant ses choix et jouant ainsi son rôle d’organe dirigeant.

La plupart des clubs que je connais, des plus modestes aux plus importants, sont restés photo-centriques à une époque où les pratiques créatives autour de l’image se sont considérablement élargies. La vidéo, le son, la musique, le graphisme, la retouche créative, les formats hybrides… C’est ce qui constitue la culture visuelle des jeunes générations. Et ce qui reste souvent à la porte des clubs photo.

Ce n’est pas une question de mauvaise volonté. C’est la conséquence logique d’une structure pensée par et pour d’autres générations.

Certains clubs l’ont compris et ont évolué en élargissant leurs pratiques, en assouplissant leur fonctionnement, en changeant de nom parfois. Ils sont encore minoritaires, mais ils existent et ils montrent que la transformation est possible sans tout abandonner.

Pour préparer ce sujet, j’ai interrogé un grand nombre de personnes, parmi les moins jeunes comme les plus jeunes. Voici ce qu’il ressort de nos échanges.

Ce que les 55+ m’ont dit

J’ai posé la question à des photographes amateurs parmi mes lecteurs, la plupart âgés de plus de 55 ans, certains membres d’un club photo. La question était simple : « Si vous deviez retrouver des gens pour parler et pratiquer la photo, vous imagineriez ça comment ? ».

Un schéma revient dans la grande majorité des réponses : pratiquer ensemble sur le terrain, puis partager autour d’un verre.

« Sur le terrain. Avec un sujet à travailler, genre architecture, paysage. »
« En deux parties. Un atelier sur le terrain avec un thème précis, puis un débrief convivial autour d’un verre ou d’une tasse. »
« Un stage photo d’un ou deux jours avec un thème, en pratiquant sur le terrain, puis en débriefant en salle et en déjeunant tous ensemble pour se connaître, discuter, échanger autour de cette passion commune. »

Ce que ces réponses disent, au fond : la convivialité est le critère central, pas la structure. Le club photo n’est pour beaucoup qu’un cadre par défaut, le seul qu’ils connaissent. Un seul de mes interlocuteurs a répondu sans détour : « Dans un club photo, tout est réuni. ». Une position honnête, et minoritaire.

Je note aussi ce qui est absent de toutes ces réponses : personne ne m’a dit vouloir apporter un projet travaillé seul, pour avoir des retours constructifs. Cette attente n’existe pas chez les 55+. Elle est centrale chez les plus jeunes.

Ce que la Gen Z m’a dit

J’ai commencé par échanger avec Raphaëlle [prénom changé à sa demande], la vingtaine, qui fait de la photo, de la vidéo, qui crée. Je lui ai demandé ce qu’évoquait pour elle le mot « club photo ». Et comment, selon elle, attirer les jeunes dans un club photo ?

Sa réponse a été directe : un endroit fermé aux visiteurs, réservé aux membres, avec des gens plus âgés, des obligations de présence, des projets imposés. Un endroit où on prête allégeance (elle a utilisé la comparaison avec les clubs de bikers) avant même de savoir si on y a sa place.

J’ai ensuite posé la question à d’autres jeunes de mon entourage, pleine cible Gen Z. Non pas « qu’est-ce que vous pensez des clubs photo ? », une question qui produit des réponses polies et creuses, mais « c’est quoi la différence entre un club photo et un atelier photo, pour vous ? ». Ces jeunes fréquentent un atelier photo-vidéo que je connais bien. C’est ce contexte qui m’a permis de poser une question comparative plutôt qu’abstraite.

Deux mots reviennent dans presque toutes les réponses : libre et ouvert.

« Le club photo, ce sont des activités imposées, comme un cours. Dans un atelier, on est libre de venir parler de nos projets, et des encadrants nous aident si besoin. »
« La différence, c’est l’inclusivité. On peut venir sans expérience, sans projet en tête, et juste passer un bon moment. »
« Un atelier, ça n’a rien d’académique. C’est un espace de création totalement libre, ouvert à tous, porté par un esprit familial. »
« Le club photo, pour moi, c’est un endroit où nous ne nous intéressons qu’à la photo traditionnelle, sans explorer les dérivés. Alors qu’un atelier photo est un endroit où nous n’explorons pas que la photo mais aussi la vidéo et la musique. »

Un témoignage m’a particulièrement frappé : « Dans un atelier, il y a des gens qui sont là, juste ‘ils viennent’. La différence fondamentale est là : la pratique n’est pas centrale. ». Ce n’est pas de la paresse de la part de ces gens ‘qui viennent’. C’est une autre conception de ce que signifie appartenir à un groupe.

La question de la gratuité apparaît aussi, formulée sans détour : « Un atelier est vraiment gratuit, accessible à tous. » Une cotisation, même modeste, est perçue par les 16-25 ans comme un premier signal d’exclusion avant même d’avoir mis le pied dans la salle. Ceci pose la question du modèle économique. Un atelier ouvert ne se finance pas par la cotisation individuelle, il s’appuie sur d’autres leviers : soutien municipal, intégration dans un tiers-lieu, subventions associatives. Ce modèle existe et fonctionne. Il demande simplement d’aller chercher les financements ailleurs.

Un dernier témoignage résume mieux que tous les autres ce que j’essaie de dire dans cet article : « La différence ressemble à deux façons de vivre la photographie. Le club fonctionne autour d’un cadre collectif et de thèmes communs. L’atelier ressemble davantage à un laboratoire ouvert où chacun développe son univers personnel, tout en pouvant bénéficier d’un accompagnement quand il en a besoin. »

Deux façons de vivre la photographie. La formule est juste, et elle est d’eux.

Ce que ces jeunes décrivent sans le formuler ainsi, c’est une distinction simple : il ne s’agit pas de chercher une occupation, et de se dire que la photo pourrait en être une. Il s’agit de s’exprimer, de porter des messages. La photo, comme la vidéo, ne sont que des outils favorisant cette expression. Aussi pourquoi se limiter à la photo quand on peut profiter de la vidéo et du son pour renforcer l’impact d’un projet ? Ce ne sont pas les photographes adeptes de la vidéo, les Munier ou Depardon pour ne citer qu’eux, qui me démentiront.

Je suis conscient que ces jeunes, interrogés, fréquentent déjà un atelier ouvert. Ils ne sont donc pas un échantillon neutre. Il existe sans doute des jeunes qui s’épanouissent dans un club photo traditionnel. Mais leur rareté est elle-même un signal.

L’atelier photo, de quoi parle-t-on ?

Ce que Raphaëlle décrit n’est pas une utopie. Des espaces de ce type existent, portés par des associations, des municipalités, des collectifs informels. Ils n’ont pas tous le même nom : atelier, espace de création, collectif … Mais ils partagent les mêmes caractéristiques.

Club photoAtelier ouvert
AccèsMembres cotisantsOuvert à tous
PrésenceObligatoire ou attendueLibre
PratiquesPhoto principalementPhoto, vidéo, son, montage
ProgrammeThèmes et concours proposésProjets personnels
EncadrementTransmission verticaleAccompagnement de projet
FinancementCotisationsSubventions, tiers-lieux, municipalités
Modèle d’appartenanceOn est membreOn est présent

La porte est ouverte. On entre, on repart, on revient. Sans carte de membre, sans cotisation annuelle, sans obligation de présence. Certains viennent toutes les semaines, d’autres une fois par mois, d’autres encore quand un projet les y amène. A ces âges là, les soirées sont souvent chargées.

On n’y vient pas pour suivre un programme. On y vient avec ce qu’on a en tête : une idée, un projet en cours, une question technique, ou rien de précis. La pratique n’est pas le prétexte à la présence. La présence se suffit à elle-même.

Les pratiques y cohabitent. Photo, vidéo, son, montage. L’espace lui-même envoie un signal. Dans un club, des tables alignées face à un tableau, ça ressemble à une salle de cours. Les jeunes en sortent à 17h, ils n’ont aucune raison d’y revenir le soir. Dans un atelier ouvert, un espace modulaire, chaleureux, où l’on peut déplacer les chaises, mettre de la musique, s’installer comme on veut, c’est déjà une invitation avant même qu’on ait dit quoi que ce soit. Tout ce qui touche à la création visuelle et sonore trouve sa place. Pas parce qu’un règlement l’autorise, mais parce que personne ne l’interdit.

Il y a des référents, pas nécessairement des professeurs. Des gens qui ont de l’expérience, qui regardent ce que les autres font, qui donnent des retours quand on le demande. Leur rôle n’est pas de transmettre un savoir structuré. Il est d’accompagner des projets qui ne leur appartiennent pas.

C’est précisément ce dernier point qui change tout et qui mérite qu’on s’y arrête. Dans un club, on est membre. Dans un atelier ouvert, on est présent et c’est suffisant.

Le rôle clé des encadrants

Dans un club photo, les encadrants sont généralement des photographes expérimentés qui transmettent leur savoir. Ils proposent des thèmes, corrigent les erreurs techniques, évaluent les images produites. C’est un modèle pédagogique classique, vertical, qui fonctionne bien pour ceux qui cherchent à progresser dans un cadre structuré.

Dans un atelier ouvert, ce rôle ne disparaît pas, il se transforme. Les encadrants ne sont plus uniquement ceux qui savent et qui enseignent. Ils sont ceux qui regardent, qui questionnent, qui accompagnent. Ils ne proposent pas de sujets, ils aident à clarifier celui que le jeune a déjà en tête. Ils ne corrigent pas une image, ils demandent ce que son auteur voulait dire, et ils l’aident à y arriver. La différence n’est pas de degré. Elle est de posture.

Ce changement de posture a une conséquence directe sur les profils d’encadrants recherchés. Un bon encadrant pour un atelier ouvert n’est pas nécessairement le photographe le plus expérimenté de la salle. C’est quelqu’un qui s’intéresse sincèrement aux projets des autres, qui sait donner un retour utile sans imposer sa vision, et qui est à l’aise avec des pratiques qui vont au-delà de la seule photographie : la vidéo, le son.

C’est souvent le maillon manquant. Un club photo qui voudrait s’ouvrir aux jeunes générations sans revoir le profil de ses encadrants se heurtera rapidement à un mur. Les jeunes ne cherchent pas un professeur. Ils cherchent un regard et de la compréhension.

La métaphore du chat

Si vous laissez la porte ouverte, le chat entre et sort à sa guise. S’il sort, vous savez qu’il reviendra. Fermez la porte quand le chat est à l’intérieur, il n’a plus qu’une envie : sortir.

Cette métaphore vaut pour toute communauté qui cherche à attirer des gens insensibles à l’obligation d’appartenance. Les jeunes générations ne fuient pas la communauté, elles refusent la contrainte formelle qui l’accompagne.

Ce n’est pas qu’une question de génération, d’ailleurs. C’est une question de liberté de mouvement. Je ne fais plus partie des jeunes, mais je pense comme eux : un espace qui retient par la règle repousse. Un espace qui attire par ce qu’il propose fidélise.

Laissez-leur la porte ouverte. Beaucoup reviendront.

Ce que ça change, concrètement

Je ne propose pas un guide de transformation du club photo en atelier branché. Je n’ai pas la prétention d’avoir fait le tour du sujet, je suis conscient des limites de mon échantillon, et je sais qu’il existe différents fonctionnements selon les clubs et les ateliers. Je connais trop bien la réalité des bénévoles qui font tourner ces structures pour leur suggérer de tout réinventer du jour au lendemain.

Le club photo a rendu des services réels pendant des décennies. Il a structuré une pratique, transmis des savoir-faire, créé des liens. Ce n’est pas son histoire qu’il faut effacer, c’est sa posture qu’il faut interroger.

Ce que je propose, c’est une façon différente de poser la question intergénérationnelle. Pas « comment faire venir les jeunes dans notre club ? » mais « quel espace aurions-nous envie de créer si nous repartions de zéro avec les plus jeunes ? ».

La réponse à cette question commence souvent par des détails qui n’en sont pas. Le nom, d’abord : atelier, espace, collectif … Les mots qui n’impliquent pas d’allégeance préalable envoient un signal différent avant même que quelqu’un ait franchi la porte.

La politique d’accueil ensuite : un 16-25 ans qui vient pour la première fois sans savoir s’il reviendra doit pouvoir repartir sans avoir signé quoi que ce soit. La plupart des clubs fonctionnent ainsi déjà. Cependant ces visites sont souvent limitées à quelques-unes. Envisager la fréquentation libre définitive n’est pas une menace pour la cohésion, elle en est souvent la condition.

L’élargissement des pratiques enfin : accepter que la vidéo ou le son aient leur place ne dilue pas l’identité d’un groupe, ça l’élargit.

C’est aussi l’occasion de renverser la logique habituelle de transmission. Les anciens ont la technique photographique. Les jeunes ont souvent une longueur d’avance sur la vidéo, le montage, les formats courts. Un atelier qui accepte cet échange dans les deux sens n’appauvrit pas ses membres les plus anciens, il les enrichit.

Aucune de ces pistes n’est incompatible avec un cadre associatif sérieux. Elles demandent surtout un changement de posture : cesser de penser que la structure protège la communauté, et commencer à se demander si elle ne la referme pas sur elle-même.

Ce que la Gen Z attend d’un espace photo, en trois points

Un accueil sans condition : on vient, on repart, on revient. Sans cotisation, sans engagement, sans obligation de présence. La fréquentation libre n’est pas un problème de cohésion, elle en est la condition.

Une pratique élargie : photo, vidéo, son, montage. Les jeunes ne se reconnaissent pas dans un espace limité à la seule photographie. Élargir les pratiques acceptées n’affaiblit pas l’identité d’un groupe, ça l’élargit.

Un accompagnement, pas un enseignement : les jeunes ne cherchent pas un professeur qui corrige leurs images. Ils cherchent un regard qui accompagne leurs projets. C’est une différence de posture, pas de compétence.

Questions fréquentes sur les clubs photo et les 16-25 ans

Pourquoi les jeunes ne viennent-ils pas dans les clubs photo ?

Les clubs photo fonctionnent sur un modèle d’appartenance formelle: cotisation, obligations de présence, thèmes imposés, qui est à l’opposé de ce que les jeunes générations attendent d’un espace communautaire. Ce n’est pas la photographie qui les rebute, c’est la contrainte qui l’accompagne.

Quelle est la différence entre un club photo et un atelier photo ?

Un club photo est une structure associative avec des membres, un bureau, un règlement. Un atelier photo ouvert est un espace de fréquentation libre, sans obligation d’appartenance, où les pratiques cohabitent : photo, vidéo, son, montage. Dans un club, on est membre. Dans un atelier, on est présent, et c’est suffisant.

Comment attirer les jeunes dans un club photo ?

Trois leviers : changer le vocabulaire (atelier, espace, collectif plutôt que club), accepter la fréquentation libre sans limitation dans le temps, et élargir les pratiques au-delà de la seule photographie. Aucun de ces changements n’est incompatible avec un cadre associatif sérieux. Ils demandent surtout un changement de posture.

Pourquoi le chat reviendra

La question de mon lecteur partait d’une bonne intention : il voulait que son club soit vivant, multigénérationnel, tourné vers l’avenir. C’est une intention juste, et elle mérite mieux qu’une réponse technique sur les moyens de recruter des jeunes membres.

Ce que les témoignages que j’ai recueillis disent tous, d’une façon ou d’une autre, c’est que les jeunes comme les moins jeunes reviennent là où ils se sentent attendus sans condition. Pas là où on les recrute. Pas là où on leur demande de s’engager avant de savoir si l’endroit leur convient. Là où la porte est ouverte.

La génération Z n’a pas inventé cette attente. Elle l’exprime simplement avec moins de patience pour les structures qui l’ignorent.

Laissez la porte ouverte. Le chat reviendra.


Conversation (2 commentaires)

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  1. Jean-Luc Delcuvellerie

    Beaucoup de points pertinents, mais pas certain que les choix soient aussi binaires : notre Club Photo (La Garenne-Colombes, plus de 100 membres) attire quelques jeunes, certes pas la majorité. Peut être grâce à la partie projets personnels, ou la variété des sujets abordés (vidéo récemment).

    • Jean-Christophe Dichant

      C’est bien, c’est déjà ça. Mais « quelques jeunes », ça signifie que les autres ne viennent pas, non ?