La plupart des photographes cherchent à progresser en retouche photo et post-traitement en fouillant dans les menus de leur logiciel pour trouver de nouveaux outils. C’est rarement là que se joue la différence.
Voici trois habitudes que j’ai mises des années à intégrer vraiment. Pas à connaître, à intégrer. Elles s’appliquent quel que soit votre logiciel. J’utilise Lightroom Classic, c’est mon logiciel photo de référence, mais ce n’est pas le sujet.
Ce que beaucoup appellent "retouche photo" est en réalité du post-traitement, ou du développement RAW si vous shootez en NEF. C'est le terme que j'utilise sur ce site, et la distinction n'est pas qu'une question de vocabulaire.
Dézoomer régulièrement : la première règle du post-traitement
Je me souviens d’une session de post-traitement, tard le soir. Je préparais une exposition biennale. Une scène urbaine, lumière de fin d’après-midi, ce moment où les rayons du soleil illuminent joliment la scène. J’ai passé … je ne sais plus… vingt minutes sur cette photo. À travailler la teinte, la luminosité, la séparation des tons. Je voulais que la lumière force le regard.
Mais ça claquait. De ouf comme diraient les jeunes qui exposaient avec moi.
Quand j’ai dézoomé, j’ai compris : j’étais arrivé, sans m’en rendre compte, à un ciel de carte postale bon marché très accentué avec un premier plan bien trop débouché. L’image ne tenait plus la route, et pour une photo urbaine, c’est ballot non ?
Travailler en zoomant à 100 % dans Lightroom Classic, c’est utile. Mais c’est une loupe à utiliser ponctuellement, jamais en permanence. Prenez l’habitude de revenir à la vue d’ensemble le plus souvent possible, pas seulement en fin de post-traitement. C’est à son échelle native que votre image existe pour qui va la regarder. Personne ne va le faire en zoomant à 100% sur le tirage !
Dans Lightroom Classic, la touche Y bascule entre l'original et le traitement en cours.
Ce va-et-vient régulier suffit à détecter les déséquilibres que l'on ne voit plus à 100 %.
Fond gris, blanc ou noir : pourquoi le fond Lightroom fausse votre perception de l’exposition
Par défaut, Lightroom Classic affiche vos images sur fond gris moyen (vous savez, l’histoire du gris 18%…). Tout le monde garde ce réglage. Presque personne ne s’y intéresse.

Avant d’utiliser Lightroom Classic, j’ai longtemps travaillé sur fond blanc. Ça me semblait plus propre, plus proche d’une feuille, d’un tirage. C’était un reste de mon apprentissage du tirage argentique, et de la tireuse qui disait sans cesse « on doit voir la limite entre le blanc du papier et celui de l’image« .

Mais un jour, un photographe que j’écoutais religieusement m’a montré la même image sur trois fonds différents : noir, gris moyen, blanc. En moins de dix secondes. Même fichier, trois images visuellement différentes.
Le fond qui entoure votre photo influence directement la façon dont votre cerveau perçoit sa luminosité. Ce n’est pas une question de goût. C’est de la physiologie.

Depuis, j’utilise le changement de fond en fin de traitement quand je sais que je vais tirer mes images sur papier. Un clic droit sur le fond dans Lightroom, et vous pouvez passer du gris au noir en deux secondes.
Si l’exposition vous semble soudainement bancale, c’est qu’elle l’est. Ce test prend dix secondes. Il m’a évité d’exporter des dizaines de photos surexposées que je n’aurais pas remarquées avant de les tirer en pure perte.
Laisser reposer ses yeux : l’outil de post-traitement le plus sous-estimé
C’est le conseil que je donne le plus souvent en formation. C’est aussi celui qu’on applique le moins, et ce que j’ai fait pendant longtemps.
Voilà ce qui se passe : vous passez une heure sur vos photos. Vos yeux s’adaptent. Petit à petit, ce qui était très lumineux devient normal, ce qui était sur-saturé devient acceptable. Ce n’est pas un manque de compétence. C’est un mécanisme physiologique que vous ne pouvez pas court-circuiter. Vous pouvez seulement en tenir compte. Ce mécanisme peut même être amplifié selon votre vue.
En post-traitement, l’adaptation visuelle est le principal ennemi d’un jugement objectif. Une pause de quelques heures entre le traitement et l’export, voire 24 heures si vous pouvez vous le permettre, est la mesure la plus efficace pour y remédier.
La méthode est hyper simple : quand vous pensez avoir terminé, fermez Lightroom. Allez faire autre chose, filez au jardin, au grand air, en pleine lumière. Revenez 24 heures plus tard.

Regardez alors vos photos.
Dans la majorité des cas, vous ajusterez encore quelque chose : un léger recadrage, une correction d’exposition, une couleur qui dénote. Parfois, il m’arrive même de repartir de zéro. Dans tous les cas, vous sortirez une meilleure image que si vous aviez exporté dans la foulée la toute première fois.
Ne prenez pas cela pour un manque de savoir-faire ou de la lenteur. C’est de la rigueur.
Ces trois habitudes ne sont pas des recettes miracles. Elles ne s’apprennent pas dans un tutoriel sur les masques ou l’étalonnage. Ni en demandant à l’IA qui sait tout en pillant les sites. Elles s’acquièrent avec la pratique, ou avec quelqu’un qui vous les signale au bon moment.
Si vous m’avez lu jusqu’ici, considérez que c’est fait.
Questions fréquentes sur la retouche photo
Faut-il retoucher ses photos sur fond noir ou fond gris dans Lightroom ?
Il n’y a pas de réponse universelle, mais il y a une bonne pratique : ne pas rester sur un seul fond. Chaque couleur de fond influence votre perception de l’exposition. Testez les trois (gris, blanc, noir) en fin de retouche photo et fiez-vous au résultat le plus cohérent sur l’ensemble.
Combien de temps faut-il laisser reposer une retouche avant de l’exporter ?
Idéalement 24 heures. Ce n’est pas une question de perfectionnisme, c’est physiologique. L’œil s’adapte en moins d’une heure à ce qu’il fixe. Passé ce délai, vous ne voyez plus votre image, vous voyez ce à quoi vous vous êtes habitué.
Pourquoi mes retouches semblent bonnes à l’écran mais décevantes une fois triées ou imprimées ?
Plusieurs facteurs : écran mal calibré, profil colorimétrique mal géré, fond d’écran qui fausse la perception, adaptation visuelle après une longue session. Les trois habitudes décrites dans cet article réduisent ce problème avant même d’aborder les réglages techniques. J’en parle longuement dans ma formation sur le tirage et l’impression des photos.

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