Comment photographier autour de chez soi : pourquoi je photographie les cheminées de Vitry-sur-Seine
Vous cherchez quoi photographier lorsque vous n’êtes ni en vacances, ni en voyage, ni dans un lieu instagramable ? Pourquoi ne pas photographier autour de chez vous, tout simplement ? C’est ce que je fais, voici pourquoi et comment.
Autour de chez moi, il y a l’ancienne centrale EDF de Vitry-sur-Seine et ses deux cheminées. Avec 160 mètres de hauteur, elles figurent parmi les plus hautes constructions industrielles de toute l’Île-de-France. Bien que la centrale ne soit plus en activité depuis quelques années, les cheminées sont toujours là.
J’ai décidé de les photographier aussi souvent que je le peux pour deux raisons.
La première raison est historique. Lorsque EDF a cessé l’exploitation de la centrale, il a été question de détruire ces deux cheminées. Elles étaient pourtant le symbole de la ville depuis des décennies, mais les coûts de maintenance étant ce qu’ils sont, la destruction était une solution évidente pour régler le problème. Alors que nous en parlions avec des amis, j’ai décidé d’immortaliser les deux cheminées avant qu’elles ne soient détruites.
Par chance, cette destruction n’a pas eu lieu. Elles sont sauvées, et c’est tant mieux pour l’histoire de ce territoire. J’ai ainsi des photos de ces cheminées et de leur environnement au fil du temps. Les cheminées ne changent pas, mais le décor évolue constamment ces dernières années. C’est cette transformation que je continue à documenter.
La seconde raison n’a aucun rapport direct avec les cheminées. En étudiant le livre Rétrospection de Joel Meyerowitz, j’ai remarqué sa série d’images de la Gateway Arch, l’arche de St. Louis, aux États-Unis. Chaque photo de la série montre l’arche, de près comme de loin. L’arche est l’élément visuel qui accroche l’œil, le trait d’union entre toutes les images.
En m’inspirant de Meyerowitz, bien que St. Louis soit très différent de Vitry-sur-Seine, j’ai repris cette idée et décidé que ma série porterait sur les deux cheminées historiques. Depuis, chaque fois que je les vois et que l’ambiance s’y prête, je fais une photo. Que je sois à proximité ou plus loin, à Créteil par exemple, ces deux cheminées sont le repère visuel qui doit se voir dans chaque image.
En raisonnant ainsi, j’ai accumulé plusieurs centaines de photos de ces deux cheminées. Je trie les images au fur et à mesure, en éliminant les moins intéressantes, pour ne conserver que celles qui apportent quelque chose à la série. Ce projet finira par voir le jour, rien ne presse.
Les images présentées ici sont récentes et prises en noir et blanc, alors que le projet final sera en couleur. Pourquoi le noir et blanc ? Parce que je les ai réalisées ces derniers jours, en hiver, avec un beau soleil. Le noir et blanc me semblait alors le plus judicieux pour jouer avec le graphisme de la scène. J’ai utilisé le Picture Control Monochrome tons profonds du Nikon Z6III, et le NIKKOR Z 40 mm f/2 a fait le reste.
Les images que vous voyez ici ont subi un léger recadrage dans Lightroom Classic, afin de corriger les effets de perspective inhérents à la hauteur des cheminées. Le Picture Control Monochrome tons profonds donne d’excellents JPG directs. En revanche, en sélectionnant le profil boîtier correspondant dans Lightroom Classic, je n’obtiens pas le rendu attendu. J’applique donc aux fichiers RAW un preset noir et blanc personnel, conçu pour correspondre au JPG boîtier tout en me laissant la possibilité de revenir sur le rendu final grâce au RAW.
Ces photos participeront au projet, ou pas, je ne suis pas encore fixé. Ce qui compte pour moi, c’est de ne pas perdre l’habitude de photographier ces cheminées chaque fois que je sors autour de chez moi.
Ce projet me tient à cœur. Il est simple à réaliser, ne me demande aucun déplacement, et le sujet est suffisamment pérenne pour que j’aie le temps de traiter l’ensemble sous toutes les coutures.
Que penser de tout ça ? Photographier autour de chez soi peut donner lieu à de belles histoires. Encore faut-il les imaginer, les visualiser et passer à l’acte.
Photographier la neige en ville : ma méthode simple et efficace
La nouvelle année est arrivée, et avec elle une neige abondante, particulièrement en Île-de-France. Le soleil ayant décidé de s’en mêler, je ne pouvais faire autrement qu’attraper mon appareil photo et sortir voir si le paysage urbain autour de chez moi était aussi enchanteur qu’il y paraissait depuis ma fenêtre.
J’ai bien fait. Photographier la neige en ville est rare dans ma région. La photographier sous le soleil l’est encore plus. Alors le faire pendant deux jours consécutifs, sans que cette belle neige n’ait fondu, cela relève de l’exceptionnel.
Photographier la neige, c’est facile : nos appareils photo savent gérer l’exposition lorsque la neige n’est pas l’unique sujet de la photo. Ils savent aussi gérer correctement la balance des blancs. Toutefois, il reste quelques pièges à éviter pour que vos photos vous donnent entière satisfaction. J’ai déjà publié un sujet sur la photo de neige, à lire ici.
Photographier la neige en ville consiste avant tout à préserver les hautes lumières, à accepter une légère sous-exposition, et à composer avec le contraste entre blanc uniforme et éléments urbains. Avec une lumière abondante, des sujets souvent fixes et un environnement lisible, la difficulté est moins technique que visuelle.
Quelques principes de prise de vue pour photographier la neige
Je disais dans une lettre photo récente que si je suis devenu photographe urbain, c’est parce que j’en avais assez d’attendre que les merveilles du monde me passent devant les yeux. Ayant décidé de chercher ce que je trouve beau autour de chez moi, je photographie depuis des années ma ville, comme celles que je traverse lorsque je suis en balade.
Le paysage urbain, la vie, le territoire sont autant de sujets qui méritent que l’on y consacre du temps. Lorsque la météo me donne un coup de main, c’est encore plus agréable.
Ces deux derniers jours, c’était le cas : neige abondante, circulation réduite et températures basses évitant qu’elle ne fonde trop vite, et un beau soleil donnant à l’Île-de-France des allures de station de ski. J’ai attrapé mon Nikon Z6III et le NIKKOR Z 24-120 mm f/4, mon objectif à tout faire, et je suis parti faire le tour de la commune à plusieurs reprises pendant ces deux jours.
Photographier la neige en ville : ma méthode simple et efficace
Photographier la neige en ville, oui, mais comment ?
J’avais deux idées en tête : montrer le contexte avec des plans larges pour illustrer cette blancheur recouvrant une bonne partie du territoire, et saisir des détails du quotidien sous la neige. J’ai donc alterné les prises de vue en plans larges et celles en plans serrés. Le 24-120 mm est idéal pour cela : de 24 mm pour les paysages à 120 mm pour les détails, rien de plus simple à combiner.
Ce zoom polyvalent a l’avantage d’ouvrir à f/4 constant. Il m’est donc facile de gérer le flou d’arrière-plan sur les détails quelle que soit la focale. Avec une courte profondeur de champ, le sujet est mis en valeur, isolé de son environnement proche sans être totalement détaché. J’aime inclure du contexte, même dans mes photos de détail.
Avec la lumière ambiante, aucun souci de montée en ISO ni de temps de pose. Il me suffisait de cadrer et de composer mes images en ne pensant qu’à l’ouverture. Le mode d’exposition A, pour priorité ouverture, fait parfaitement le travail.
La mise au point est plutôt simple dans de telles situations : paysages et sujets fixes, contrastes modérés, lumière abondante. Le système autofocus du Nikon Z6III n’est jamais en difficulté. Même lorsqu’une boule de neige a voulu le déstabiliser, il a assuré. Moi, un peu moins.
Photographier le vol d’une boule de neige : autofocus en mode AF-C zone automatique
Exposition et neige : éviter les erreurs classiques
Les seules précautions à prendre consistaient à éviter de saturer les hautes lumières, ce qui ne se rattrape pas en post-traitement. La neige trompe facilement la mesure de lumière, qui tend à sous-exposer l’image.
J’applique toujours une correction d’exposition positive ou, au contraire, je contrôle volontairement les hautes lumières selon la scène afin de conserver de la matière dans les blancs. Pour cela, je joue constamment avec la molette de correction d’exposition, comme j’en ai l’habitude, en l’ajustant selon ce que je voyais dans le viseur. Rien de plus simple avec un appareil hybride.
Correction d’exposition pour la photo de paysages de neige
De la carte au web : tri, sélection, traitement et génération des JPEG
De retour chez moi, j’ai trié près de 200 photos pour ne garder que celles qui correspondaient le mieux à mes besoins : illustrer cet article et proposer une version plus complète sur mon site à destination de la commune.
Pour cette étape de tri, j’applique la méthode que je décris dans ma formation Lightroom Classic : passer les photos en revue, identifier celles qui ont un potentiel, puis répéter cette opération plusieurs fois jusqu’à obtenir la sélection finale.
Je n’ai ensuite qu’à appliquer un de mes presets Lightroom favoris pour ajuster l’apparence finale des images. Dans le cas présent, je me suis contenté d’apporter un peu de densité sur certaines photos, d’augmenter la clarté et de diminuer les hautes lumières lorsque c’était nécessaire. C’est ce que me permet de faire en un clic par photo mon preset « Un hiver ensoleillé ». Pourquoi ne pas donner des noms sympas aux presets ? C’est toujours plus agréable que « preset-hiver-neige », non ?
Avant d’en arriver à la génération des JPEG finaux, j’ai pris le temps de créer deux collections à partir des mêmes images. La première pour illustrer cet article, en mettant davantage en avant les points abordés dans le texte. La seconde pour mon site afin de présenter l’ensemble des photos dans un ordre précis, dans l’esprit de ma méthode MINI-PROJETS.
Photographier la neige en ville : jouer avec les détails
Des fichiers RAW aux images JPEG illustrant mes deux articles, il n’y avait que deux exportations :
la première à 1920 pixels avec le filigrane NIKONPASSION.COM,
la seconde à 1024 pixels pour mon site.
Toutes ces opérations de tri, de sélection, de traitement et de finalisation m’ont pris moins d’une heure. C’est ce que j’aime : le choix des images et le post-traitement ne doivent pas me prendre des heures, surtout pour des photos d’illustration comme celles-ci.
L’ensemble des images est désormais archivé sur mes disques, dupliqué sur mon NAS et le cloud, et disponible si l’on me réclame un fichier un jour.
Photographier la neige : jouer avec la profondeur de champ
Photographier la neige en ville, ne vous privez pas !
Voici une série de photos qui me conviennent. J’ai pris beaucoup de plaisir à les réaliser et à profiter de cette neige abondante et si rare dans ma région. C’est ma façon de documenter la vie du territoire autour de chez moi, un travail que je mène sur la durée depuis bien des années.
Sur le plan pratique, en prenant soin d’ouvrir les yeux à la prise de vue et d’appliquer mes réglages habituels, j’ai pu obtenir des fichiers quasiment prêts à l’emploi très vite. Un traitement léger m’a permis de donner plus d’attrait aux images, de mettre en valeur la lumière et les couleurs, sans les dénaturer.
L’ensemble a été photographié, trié et traité en un temps réduit, puis publié tout aussi vite pour vous permettre de profiter, à votre tour, de la neige autour de chez moi.
Questions fréquentes pour photographier la neige en ville
Quel mode de prise de vue utiliser pour la neige ? Aucun en particulier. Toutefois le mode priorité ouverture est le plus simple. Il permet de se concentrer sur la profondeur de champ tout en gardant un contrôle rapide sur l’exposition.
Faut-il sous-exposer ou surexposer la neige en photo ? La neige pousse souvent l’appareil à sous-exposer. Il faut donc corriger l’exposition, généralement entre +0,7 et +1 EV, tout en surveillant les hautes lumières pour conserver de la texture.
La balance des blancs est-elle critique avec la neige ? En lumière naturelle, les boîtiers modernes s’en sortent bien. En revanche, la neige peut prendre une dominante bleue à l’ombre, qu’il faut parfois corriger légèrement au développement.
Peut-on photographier la neige en ville sans matériel spécifique ? Oui. La lumière est souvent abondante, les sujets fixes, et un zoom polyvalent suffit largement. La vigilance porte davantage sur l’exposition que sur l’équipement.
Comment éviter que la neige soit grise sur les photos ? En surexposant à la prise de vue, d’environ 1 Ev. Si vous ne l’avez pas fait, vous pouvez rattraper cet écart en post-traitement sur les fichiers RAW.
Quand une photo ne se prend pas mais s’impose, comment réagissez-vous ?
Ce jour-là, au centre-ville de Vitry-sur-Seine, je faisais quelques photos des reflets dans les flaques d’eau. Rien d’exceptionnel, mais il faut bien rater beaucoup de photos pour en réussir quelques-unes.
Alors que je m’approche de la tour Robespierre, que je connais bien pour avoir déjà collé une photo à proximité, je commence à jouer avec la flaque. Le soleil me fait un clin d’œil, le vent se calme. La surface de l’eau se fige. Effet miroir diraient certains.
Il me reste cette image, bien mystérieuse vue ainsi. Je ne l’ai pas prise, elle s’est imposée. Parfois, il ne sert à rien de forcer, il suffit de laisser le sujet se mettre en place tout seul.
Désormais, cette photo est en liberté. Ce qui compte, c’est que vous décidiez de ce que vous allez faire. Vous pouvez l’apprécier, la détester, passer votre chemin sans montrer aucun intérêt. Peu importe, aucune réaction n’est meilleure ou moins bonne qu’une autre. Le simple fait d’avoir lu ces quelques lignes, et de vous poser la question, va vous faire avancer.
Tour Robespierre – Vitry-sur-Seine – Nikon Z6III + NIKKOR Z 40 mm f/2
Je consigne dans cette rubrique « Journal de photographe » ces instants-là, parce qu’ils disent quelque chose que les tutoriels ne montrent jamais : une photo que l’on apprécie naît souvent d’un équilibre fragile entre intention et hasard. Si cette photo existe aujourd’hui, c’est parce que j’ai pris le temps de m’arrêter, d’observer, puis de laisser faire.
À vous d’essayer lors de votre prochaine sortie.
Quand le ciel gris est l’ami des photographes
Alors que la météo enchaînait les caprices, j’ai décidé de sortir lui tenir tête. Un appareil photo comme témoin, et à nous deux, le ciel gris. Au retour, parmi les quelques images capturées, celles-ci m’ont touché plus que les autres. La raison ? Ce qu’évoquait ce ciel gris, ce que j’avais vécu pendant la sortie, et mon envie de montrer la ville autrement que sous son visage habituel.
Le ciel gris est souvent le cauchemar des photographes qui ne jurent que par les ciels bleus. Pourtant, lorsque les nuages sont de la partie, que le ciel se pare de différentes teintes et affiche un joli contraste entre zones lumineuses et zones sombres, c’est le moment que je préfère pour sortir.
« Le ciel gris est mon ami » pourrais-je dire. Ce qui tombe bien en automne, ou à l’approche de l’hiver, alors que le soleil se cache plus souvent que nous l’aimerions. C’est pourquoi savoir profiter de ces ambiances particulières, sombres, chargées, surtout en ville, est une pratique que je ne peux que vous recommander.
Rendre l’ambiance, plus que montrer la scène
Dans ma série de lettres photos sur le programme DESTINATION PHOTO, je parle du traitement à appliquer aux images. Celles que vous voyez ici ont subi un traitement rapide ayant pour seul but de renforcer cette ambiance chargée. Une fois la prise de vue terminée, j’utilise un de mes presets Lightroom personnalisés. Il joue sur le profil des fichiers (un des profils disponibles sur mon appareil photo) puis corrige légèrement la colorimétrie de l’image. Pour rendre l’ambiance encore plus pesante, j’ajoute un zeste de clarté et de texture.
Je vous laisse regarder ces images. Intéressez-vous à ce qu’elles vous évoquent, au-delà des apparences. Qu’y voyez-vous ? A quoi vous font-elles penser ? Peut-être que, comme moi, vous y trouverez cette complicité discrète que seul un ciel gris peut vous offrir.
Miguel Rio Branco, Maldicidade : mon avis sur ce livre de photographie urbaine
Maldicidade est un livre de photographie publié par les éditions Taschen, regroupant plus de 200 images de Miguel Rio Branco réalisées sur quarante ans dans les rues de New York, La Havane, Salvador de Bahia et Tokyo. Ce n’est pas un beau livre au sens conventionnel : c’est un objet qui dérange, qui interroge, et qui montre la ville telle qu’elle est vraiment. Si vous cherchez à comprendre ce que peut être la photographie urbaine centrée sur la banalité du quotidien, c’est le livre à étudier.
Etonnant livre de photographies que Maldicidade du photographe brésilien Miguel Rio Branco.
Plus de 200 photos représentant quarante années de travail dans les rues de New York, La Havane, Salvador de Bahia ou Tokyo forment un ensemble qui va vous faire réagir si vous habitez en ville comme si vous avez fuit les espaces urbains.
Attention, ce livre peut provoquer en vous une irrésistible envie de sortir faire des photos en ville pour montrer ce que vous pensiez immontrable.
Miguel Rio Branco, de Las Palmas à Rio en passant par Magnum Photos
Miguel Rio Branco est attiré par l’image, qu’il s’agisse de photographier, de peindre, de réaliser des films comme des œuvres multimédia.
Exposé au MoMA, au Metropolitan Museum of Art comme au Centre Pompidou ou au musée Peggy-Guggenheim de Venise pour ne citer que ces endroits-là, Miguel Rio Branco a aussi reçu le Prix du livre photo aux Rencontres internationales de la photographie d’Arles et le prix Kodak de la critique photographique.
Qui est Miguel Rio Branco ? Né aux Canaries en 1946, Miguel Rio Branco est un photographe, peintre et cinéaste brésilien, membre de l’agence Magnum Photos depuis 1980. Son travail a été exposé au MoMA, au Metropolitan Museum of Art, au Centre Pompidou et au musée Peggy-Guggenheim. Il a reçu le Prix du livre photo aux Rencontres d’Arles et le prix Kodak de la critique photographique. Son œuvre traverse la photographie documentaire, l’art contemporain et l’installation multimédia.
Maldicidade, ou 40 années de photographies en ville
Photo (C) Miguel Rio Branco – Editions Taschen
Maldicidade se distingue radicalement des livres de photographie classiques comme la banlieue en couleur de Doisneau ou Afghanistan de Steve McCurry. Ici, pas de papier épais, pas de texte explicatif, pas d’index des images. Le format 24,5 × 33 cm, le papier fin, la succession d’images en noir et blanc et en couleur sans transition ni légende : tout concourt à immerger le lecteur dans l’univers du photographe plutôt qu’à lui en fournir un inventaire.
Photo (C) Miguel Rio Branco – Editions Taschen
Faites alors comme le photographe, ne dormez pas et parcourez ce livre pour ce qu’il est, un recueil de photos urbaines, de portraits en plans serrés, de gros plans sur les aspects les plus sordides de la ville. Les quarante années de travail et les villes visitées par Miguel Rio Branco vont alors vous apparaître petit à petit sous un autre jour.
Vous allez remarquer combien les détails sont importants, comment le photographe laisse volontairement de côté les lieux les plus touristiques et connus de chaque ville pour s’intéresser aux endroits les plus sordides, aux situations les plus étonnantes.
De jour comme de nuit, nettes comme plus floues, les photos de Miguel Rio Branco font la part belle à la lumière, omniprésente, et aux couleurs, chaudes, vives, agressives même parfois.
Les portraits réalisés dans la rue comme en intérieur, chez les gens, avec les prostituées, les enfants, les clochards vont vous faire réagir. Nous avons tous déjà croisé de telles scènes. Mais Miguel Rio Branco a pris le temps, lui, de s’attarder et de nous montrer à sa façon cet univers urbain bien éloigné des beaux quartiers. Bien qu’il s’agisse d’une rétrospective, chaque photo pourrait avoir été faite hier, au bout de ma rue comme de la vôtre peut-être.
Une image en particulier m’a retenu longtemps : un plan serré sur un visage, lumière latérale dure, regard qui fuit. Je n’aurais pas su dire si c’était New York ou Salvador. C’est peut-être ça, la signature de Rio Branco : les villes changent, la condition humaine, non.
Si vous n’êtes pas sensible à l’univers urbain, si vous n’aimez pas parcourir les rues de votre ville, chercher ce que les autres ne cherchent pas, vous passerez probablement à côté de ce livre.
Photo (C) Miguel Rio Branco – Editions Taschen
Mais peut-être êtes-vous sensible aux scènes de la vie quotidienne, banales souvent, extraordinaires parfois. Peut-être pensez-vous aussi que misère et joie peuvent cohabiter, que le flou traduit le mouvement, que ce qu’exprime une photo est bien plus important que sa qualité technique. Que les 60 euros qu’il vous en coûtera pour acquérir ce livre sont un investissement plus important qu’une nouvelle carte mémoire pour vous aider à faire de meilleures photos …
Si vous êtes dans ce cas, alors procurez-vous le livre, posez le près de vous, laissez-le respirer (ce qui au passage lui permettra de ne plus dégager cette odeur entêtante de papier et d’encre) et ouvrez quelques pages au hasard chaque jour. Vous allez découvrir un univers qui peut vous paraître étonnant mais qui est pourtant le nôtre, en 2019 comme depuis quarante ans. Rien n’a changé.
Parce que je n’ai pas prétention à être critique d’art, je préfère vous laisser avec cet extrait de la présentation par l’éditeur, il décrit très bien ce que je ressens après avoir parcouru ce livre depuis plusieurs jours.
Photo (C) Miguel Rio Branco – Editions Taschen
« Les images sont impeccablement réalisées, mais ne sont pas toujours jolies. Rio Branco ne s’intéresse pas à la facette historique et publicitaire des villes, aux horizons dessinés par les gratte-ciel ou aux rêves de gloire qu’elles attisent.
Au lieu de cela, Miguel Rio Branco, dans Malcididade, tourne son objectif vers le rebut et la marge de la ville, ce qu’elle a recraché, ceux qu’elle a exclus et déçus.
Contrastées, dépouillées ou empreintes de douceur, ses impressions urbaines sont peuplées de gens à la rue, de mendiants, de prostituées, de chiens errants, de carcasses de voitures et de verre brisé.«