L’objectif Samyang 8mm f/3.5 est un objectif fisheye circulaire destiné aux reflex numériques au format APS-C (ou DX chez Nikon) et compatible avec les capteurs FX (plein format). Ce test Samyang 8mm va vous permettre de savoir si un tel objectif Fisheye peut vous intéresser et comment l’utiliser.
Disponible en monture Nikon, Canon, Sony et Pentax, il présente un atout majeur : son tarif. En effet, pour environ 295 euros, vous pouvez disposer d’un ultra grand-angle atypique pour des photos différentes.

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Il s’agit d’un test terrain au strict sens du terme: pas de mesure au banc laser, pas de formules mathématiques qui font mal à la tête, un couple boîtier FX– objectif DX à priori défavorable (lisez quand même la suite, vous serez surpris).
Je me suis attaché à donner mes impressions en toute liberté de ton et à traiter mes photos après la prise de vue de la même façon que je le fais avec mes objectifs habituels. Cliquez sur les photos de l’article pour les voir en grand (les EXIF sont conservées). Les amateurs de fiches techniques alambiquées gagneront du temps en s’arrêtant là, les autres peuvent continuer la lecture.
Test Samyang 8mm : un fisheye, ça fait des photos en rond ?
Voici ce que l’on entend assez couramment dès lors que l’on parle de fisheye et j’avoue que j’étais assez sceptique quant à l’usage que j’allais bien pouvoir faire de cette optique car les yeux de poisson, sincèrement, ce n’est pas ma tasse de thé en photo.
Néanmoins une focale de 8mm ça se respecte aussi j’ai passé pas mal de temps à me documenter avant le test sur le type de photos que l’on pouvait faire avec ces objectifs et je dois dire que certaines m’ont donné envie de voir par moi-même. Le 8mm Fisheye est un outil propre à développer une certaine forme de créativité et je me suis donc un peu creusé la tête pour relever le défi.

Comme avec tout fisheye, les bords de l’image sont fortement déformés et les verticales ont une tendance naturelle à vouloir embrasser le centre. L’horizon n’échappe pas à la déformation mais l’ensemble peut rester harmonieux si vous prenez la peine de choisir votre sujet. Attention aux portraits rapprochés, tata Ginette vous en voudra à vie de l’avoir transformée en personnage de film fantastique !
Vous aurez noté que je disposais pour le test d’un Nikon D700 au capteur FX. Ce boîtier accepte les objectifs DX mais qu’en est-il d’un 8mm fisheye DX ? D’autant plus que le Samyang est entièrement manuel et qu’il ne propose pas d’autofocus (mais sur un 8mm, l’autofocus, on s’en moque un peu car dès f/8 c’est quasiment toujours net) ni de rappel d’ouverture électronique vers le boîtier.
Monsieur Nikon nous facilite la vie grâce à la fonction « Objectifs sans CPU » des reflex récents. Il suffit en effet de donner l’ouverture et la focale via le menu du boîtier pour retrouver la mesure de lumière matricielle et l’ouverture dans les EXIF. Bon point !
A la prise de vue le réglage d’ouverture doit être fait manuellement via la bague sur l’objectif (chouette, comme au bon vieux temps !!) et non par la molette du boîtier. Rien de grave et d’ailleurs Samyang a semble-t-il entendu la remarque des premiers utilisateurs puisque les nouvelles optiques devraient intégrer une puce de communication vers le boîtier (le 85mm f/1.4 est déjà sorti en version AE, je publierai le test prochainement).
Pour ceux que cela intéresse, voici ce qu’il se passe lorsqu’on monte un objectif DX sur un boîtier FX Nikon : le boîtier détecte le format DX de l’objectif et ajuste la taille d’image et l’affichage dans le viseur.

Pas terrible pour cadrer mais une fois encore Monsieur Nikon a pensé à tout : adoptez la « visée DX » sur le boîtier et voici votre viseur transformé (ainsi que la prévisualisation des photos sur l’écran LCD arrière), ça change la vie :

Bien évidemment si vous avez un boîtier au format DX, oubliez tout ça car vous bénéficiez du cadrage traditionnel sans rien changer, un avantage du DX sur le FX !
Quant à ceux qui pensent déjà « oui mais je n’ai que 5M de pixels sur les FX avec cette optique », ils ont raison mais pas de panique : 5Mp bien traités ça donne un tirage 30×40 à minima. Qui fait souvent plus grand ?
Maintenant que ces préliminaires techniques sont derrière nous, laissons-nous prendre au jeu de la photo « circulaire » : des angles de vue différents, des verticales qui s’arrondissent sur les bords, des visages transformés en bons gros monstres de dessins animés (ça plaît énormément aux enfants le fisheye, attention !!), des tours de Pise à tous les coins de rue, un autre monde s’offre à vous.
Il faut reconnaître que c’est très agréable de « voir différemment » et on se prend facilement au jeu pour chercher des angles, des sujets, des lignes géométriques.

Fisheye d’accord mais c’est aussi un grand angle non ?
Ce 8mm est même un ultra grand-angle, équivalent 12mm au format DX et avec un peu de pratique on trouve vite comment utiliser cette très courte focale pour bénéficier de l’angle de champ assez exceptionnel du Samyang. Une règle simple pour éviter les déformations systématiques : tenez votre boîtier parfaitement horizontal. C’est déjà vrai pour un grand-angle classique (24, 18, 16 mm ou moins) mais avec le 8mm c’est une évidence.
Les trois photos illustrent l’application de cette règle (photos prises dans des conditions similaires par ailleurs).
Boîtier orienté vers le bas

Boîtier tenu à l’horizontale

Boîtier orienté vers le haut

Vous pouvez constater qu’avec un minimum de pratique, il est tout à fait possible d’obtenir des images grand-angle sans déformation ou presque. Seuls les plans rapprochés de l’image subiront une déformation à l’horizontale, ce qui peut participer à la composition de l’image. Et rien ne vous interdit de traiter ces photos dans un logiciel adapté (comme Photoshop ou DxO) pour redresser les perspectives.
La mesure de lumière Nikon fait bien son travail mais il faudra rester vigilant quant à l’utilisation du mode matriciel du fait de l’étendue du champ cadré et des écarts de luminosité qu’il peut y avoir d’une zone de l’image à une autre (par exemple ici entre le ciel et le premier plan). Une sous-exposition d’1 IL sur les zones très claires corrigera facilement les hautes lumières à la prise de vue ou au post-traitement.

Et la qualité d’image dans tout ça ?
On a beau ne pas parler technique, il est quand même important d’avoir une image exploitable et sur ce plan là les coréens de Samyang n’ont pas si mal travaillé : en terme de qualité optique le 8mm fisheye est une optique qui se tient plutôt bien tant qu’on ne cherche pas à la comparer au dernier Nikkor à la mode (mais ce n’est pas le but non plus). On la trouvera « un peu molle » dans les coins, avec « un poil de vignettage » ou « un piqué pas terrible à f/3,5 », et en fouillant bien les images à 200% sur votre écran, vous pourrez faire toutes les déductions techniques qui vous semblent opportunes.
Personnellement, rien ne m’a dérangé au point de ne pass pouvoir tirer une photo de la série. En matière de fabrication par contre, nous avons affaire à un objectif de très bonne facture : il est bien construit, le métal « fait sérieux », les bagues sont souples et ne présentent pas de jeu particulier, le poids et l’encombrement sont tout à fait acceptables, le sac de protection est fourni, le pare-soleil est intégré, le cache (indispensable pour protéger la lentille frontale proéminente dans le sac) est livré avec et « on en a pour son argent ». Le petit liséré doré nous ferait presque penser à un Nikon de la gamme pro, c’est dire !
Pour ne pas frustrer les fans de détails techniques et de crop à 100%, voici une série de photos réalisées dans des conditions identiques de prise de vue, avec une variation d’ouverture de f/3.5 à f/22. Cliquez sur les vignettes pour voir les photos en grand et les comparer.
Samyang 8mm f/3.5

Samyang 8mm f/5.6

Samyang 8mm f/8

Samyang 8mm f/11

Samyang 8mm f/16

Samyang 8mm f/22

Quelques idées créatives
Si vous êtes arrivé jusqu’ici, c’est bien, vous vous accrochez. Pour vous récompenser, voici quelques exemples d’images (et de remarques !) que ce Samyang 8mm vous permet de réaliser pour épater la galerie et passer pour un – vrai – pro aux yeux de vos amis (et là croyez-moi, pour le prix vous devenez vite une star !). J’ai testé pour vous, l’effet est garanti !
Photographiez la maison du copain : super mon devant de porte dis !!

Jouez des poutres et autres lignes (plus très) droites : Hein ? Elle est trop belle mon entrée !

Même le garage y passe : Oh ! C’est mon hublot, trop bien !

Une piscine de cette taille, c’est abuser ! : mais elle est pas si grande ma piscine, t’as fait quoi !!

En conclusion
Pour à peine plus de 220 euros, voici un objectif qui devrait venir compléter le sac photo de tous ceux qui veulent sortir des sentiers battus et explorer de nouvelles voies. Son positionnement tarifaire est attractif – la concurrence est bien plus onéreuse – ses performances techniques ne sont pas les meilleures mais restent largement correctes. Les images sont parfaitement exploitables et le rapport plaisir procuré/prix va vite vous décider. Voici un objectif accessible, attirant, simple d’utilisation malgré son manque d’automatismes, une porte ouverte vers « autre chose ». Bien qu’au standard APS-C, il ne dénote pas sur un boîtier FX et reste une alternative séduisante face à une concurrence qui place la barre tarifaire bien plus haut, rendant l’attrait du fisheye un tout petit peu moins drôle par les temps qui courent.
Si vous envisagez un usage professionnel et intensif de ce type d’optique, étudiez la possibilité de trouver un modèle concurrent aux performances optiques supérieures, le marché de l’occasion en compte quelques-uns. Si par contre vous avez envie de vous faire plaisir sans casser la tirelire du ménage, le Samyang 8mm fisheye est l’objectif qu’il vous faut.

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