Nikon frappe fort en ce début d’année avec la présentation du nouveau Nikon D5 annoncé en fin d’année dernière. Ne vous fiez pas aux apparences, elles sont trompeuses : le Nikon D5 semble proche du D4s mais en y regardant bien à deux fois, il s’agit d’un tout nouveau boîtier qui vient de franchir certaines limites et place la barre très haut face à la concurrence.
J’ai eu l’occasion de prendre en main le Nikon D5, voici la revue de détail.

Nikon D5 : Je ne suis pas un D4s rhabillé !
Un peu moins de deux ans après l’annonce du Nikon D4s, c’est donc son successeur Nikon D5 qui fait la Une de l’actualité photo de début d’année. Rappelez-vous l’année 2007 : Nikon annonçait un couple mythique, les D3 et D300 … En 2016 c’est d’un nouveau couple dont il s’agit avec les D5 et D500 (voir la présentation détaillée du Nikon D500). Autant dire que la marque a mis les bouchées doubles avec deux boîtiers qui vont marquer les esprits comme l’ont fait leurs prédécesseurs de l’époque.
Nikon D5 : Autofocus 153 collimateurs
Le Nikon D5 dispose du tout nouveau module AF Nikon MultiCam 20K, un module qui propose :
- 153 collimateurs AF dont 55 sélectionnables
- 99 collimateurs en croix dont 35 sélectionnables
- 15 collimateurs compatibles f/8 dont 9 sélectionnables
- une surface couverte supérieure à celle du format DX et supérieure à celle du module AF du D4s
- une détection possible jusqu’à -4 Il
Ce module autofocus atteint un tel niveau de performance que les ingénieurs Nikon ont du le doter d’un nouveau processeur dédié afin que l’ensemble suive la cadence imposée. L’autofocus du D5 n’est donc plus piloté par le module Expeed mais bien par un processeur spécifique, une première chez Nikon.

Nikon D5 : Capteur CMOS 20.8 Mp
Le Nikon D5 dispose d’un nouveau capteur CMOS de 20.8Mp, une définition qui répond bien aux attentes des photographes pros en matière de photo d’action, de sport, animalière et sociale.
Ce capteur propose une plage de sensibilité de 100 à 102.400 ISO, produit des fichiers RAW/NEF pleine définition ou de taille réduite au format M/S RAW (S-RAW uniquement sur le D4s).
La valeur ISO étendue maximale (Hi5) atteint 3.280.000 ISO, oui 3.28M d’ISOs !
Pourquoi une telle valeur ISO ?
Il est loin le temps où un boîtier pro ne servait qu’à faire des photos. Les usages d’un boîtier tel que le D5 sont nombreux mais peuvent se répartir entre deux domaines majeurs : la photographie traditionnelle et la reconnaissance de scènes (je laisse volontairement de côté la vidéo, voir plus bas).
En photographie, la valeur limite de 102.400 ISO est déjà une très belle valeur. Les premières images tests montrées par Nikon et réalisées à 51.200 ISO (les autres arrivent ..) sont bluffantes. La qualité d’image est celle du D4 à 6.400 ISO ou presque …
Les valeurs de sensibilité extrêmes sont elles attendues par tous ceux qui utilisent ce type de boîtier pour la reconnaissance : les forces armées, les services de Police, les renseignements et quelques autres acteurs qui ne le disent pas toujours. Leurs usages ne sont pas photographiques du tout mais il peut être crucial de savoir détecter en pleine nuit si une porte s’ouvre vers l’intérieur ou l’extérieur, s’il y a une ou deux serrures et de quel modèle, etc. Le Nikon D5 et ses millions d’ISO deviennent alors une machine indispensable pour obtenir des informations de ce type. Il n’est bien évidemment pas question de photographie à ce niveau là.
Nikon D5 : Expeed 5
Pour permettre un tel niveau de performances, le Nikon D5 est équipé du nouveau module Expeed 5 qui regroupe un processeur, un système d’exploitation embarqué et un système de traitement d’images. Cet ensemble permet également au D5 de proposer la vidéo 4K à 30p à 3840 x 2160 pixels avec un débit de 144 Mbps en Full ISO. Time Lapse en 4K et photo en 8 Mp sont de la partie en tournage vidéo, l’enregistrement des séquences d’une durée maximale de 6 mn étant assuré sur les cartes XQD. La sortie est compatible HDMI 4.2.2.
Nikon D5 : capteur de lumière 180.000 pixels
Le Nikon D5 embarque un nouveau capteur de mesure de lumière RGB d’une définition de 180.000 pixels. Ce capteur est couplé au tout nouveau mécanisme de miroir dont le fonctionnement inédit permet des mouvements plus rapides que sur le D4s, une meilleure reconnaissance de scène en mode rafale et des cadences plus élevées.
Miroir et sous-miroir : une histoire de désynchronisation
Sur un reflex traditionnel, le mouvement du miroir est synchronisé à celui de l’obturateur de façon à ce que chacun fasse ce qu’il a à faire à tour de rôle. Cette architecture a largement fait ses preuves mais limite la cadence maximale puisque le miroir doit attendre l’obturateur et inversement.
Sur le Nikon D5 (et le Nikon D500) les deux mouvements sont désynchronisés. Le mouvement du sous-miroir ne suit plus celui du miroir, il reste plus longtemps en place pour permettre une meilleure mesure de lumière et une cadence extrême. Le Nikon D5 est capable de shooter à 12 im/sec avec AF continu et 14 im/sec. avec miroir relevé.
Pour suivre cette cadence infernale le D5 est équipé d’un buffer qui avale sans sourciller 200 RAW au format 14 bit sur cartes QXD.
Pourquoi deux cartes XQD ?
Le D5 dispose de deux slots XQD et délaisse donc les cartes CF. Nikon prévoit toutefois de proposer la modification du boîtier (via retour SAV) pour remplacer les emplacements XQD par deux emplacements CF si vous êtes (vraiment) nostalgiques de ce format.
L’intérêt des cartes XQD est de satisfaire les besoins du D5 en matière de cadence. Les cartes XQD permettent de stocker 200 RAW 14 bits en rafale quand les cartes CF limitent la cadence à 82 RAW. De même le temps de téléchargement des images via l’interface USB 3 est de 35 secondes seulement pour 1000 RAW contre 2mn avec les cartes CF.

Nikon D5 : connectivité étendue
Nikon répond aux besoins des photographes professionnels qui doivent transmettre leurs images le plus vite possible lors des grands événements qu’ils couvrent. Pour cela le D5 propose plusieurs modes de transfert.
Le nouveau transmetteur WiFi Nikon WT-6 autorise un débit de 130 Mbps (30 Mbps sur le précédent WT-5) avec une portée de 200 m (180 avec le WT-5). Ce débit Wifi est supérieur à celui de la connexion LAN des précédentes générations.
Le transfert via l’interface Ethernet LAN atteint 400 Mbps (175 Mbps précédemment).
Notons également que le D5 est accessible à distance via un navigateur internet (en mode Access Point) pour que le photographe puisse récupérer ses images. La gestion des données IPTC avant le transfert est également rendue possible via ce même mode d’accès (donc au travers du WT-6) pour que le photographe puisse légender et copyrighter ses photos avant de les transmettre.

Nikon D5 : ergonomie revue et construction tous temps
Le Nikon D5 reprend l’architecture générale du Nikon D4s tout en apportant les quelques améliorations ergonomiques demandées par les photographes pros.
La face avant dispose de 3 boutons au lieu de 2, le prisme est légèrement différent. La face arrière fait toujours la part belle aux commandes et boutons à usage unique. Le réglage de la sensibilité ISO est déplacé sur le capot supérieur à proximité du déclencheur, une position utile pour profiter de la plage ISO de ce D5.
L’écran arrière mesure 3,2 pouces, il dispose de 2.360 k pixels au standard XGA 400 dpi et a la particularité d’être tactile.
Pourquoi un écran tactile sur un reflex pro ?
Hérésie ? Que nenni ! L’écran tactile du Nikon D5 est loin d’être un gadget puisqu’il autorise le contrôle de la mise au point en mode Live View. Cette fonction permet de pointer du doigt le sujet et de faire la mise au point sans avoir à déplacer le carré bien connu avec le pad arrière. Gain de temps appréciable.
Cet écran tactile permet également la saisie d’informations textuelles : légendes, copyright, données IPTC sont alors gérables du bout du doigt très rapidement. Et aller vite est un des critères qui compte pour les photographes pros.
Le Nikon D5 dispose d’un châssis en alliage de magnésium intégral, la construction fait appel à bon nombre de joints d’étanchéité qui font de ce boîtier un baroudeur tous temps.
L’autre bonne nouvelle concerne l’alimentation puisque le D5 conserve la batterie Nikon EN-EL18a du D4s mais consomme près de 50% de moins ! L’autonomie est donc largement accrue, elle passe de 2.500 photos environ sur le D4S à près de 3.780 sur le D5 !

Nikon D5 : Tarif et disponibilité
Le Nikon D5 est disponible dès le mois de Mars 2016 au tarif public de 6.999 euros TTC. C’est le prix à payer pour un tel ensemble qui dépasse de loin ce que Nikon a pu proposer à ce jour en matière de boîtier pro. Gageons toutefois que ce tarif baissera dans les mois qui viennent, comme pour tout reflex, pour atteindre un probable 6.500 euros TTC et être ainsi aligné avec les tarifs des modèles précédents à leur sortie.
Nikon D5 : premières impressions
Bien loin d’une simple mise à jour cosmétique du D4s, le D5 innove sur tous les fronts : capteur, AF, traitement d’image, vidéo, cadence, connectivité, écran, ergonomie. Nikon frappe un grand coup et rassure ainsi tous ceux qui pensaient que la marque avait perdu toute capacité d’innovation.
La sortie simultanée d’un couple D5/D500 aux caractéristiques proches va permettre aux photographes pros de disposer de deux boîtiers complémentaires, un au format FX et l’autre au format DX. La gamme retrouve ainsi toute sa consistance.
Ce Nikon D5 devrait occuper les premières places sur un marché pro qui ne compte que peu d’acteurs majeurs, c’est en tout cas une très belle proposition qui reste à confirmer après les premiers tests qui s’annoncent déjà passionnants !
Source : Nikon