Nombreux sont les photographes débutants à vouloir montrer leurs photos sur un espace dédié à la critique photo car ils pensent que cela les fera progresser. C’est logique : si des photographes plus expérimentés viennent leur donner un avis, ils ne peuvent qu’en tirer un bénéfice.
Pourtant la plupart de ceux qui se lancent avouent bien vite, quand ils osent l’avouer, que non seulement ils n’apprennent rien mais qu’en plus les commentaires reçus ne les encouragent pas à poursuivre cette démarche.
La critique photo peut vous faire progresser, mais seulement si vous comprenez ce qu’elle est réellement : un échange, pas une validation. Dans la grande majorité des cas, les commentaires reçus sont soit trop vagues pour être utiles, soit trop brutaux pour être acceptés. La progression ne vient pas du volume de retours reçus, mais de votre capacité à les solliciter correctement, à les accepter, et à donner autant que vous recevez.
Pourquoi la plupart des commentaires photo ne servent à rien
Si vous avez déjà fréquenté un espace de critique photo généraliste vous savez que la plupart des commentaires reçus n’ont aucun intérêt. Entre les « Belle photo » et les « Bravo ! », que penser de vos images ?
Ces commentaires ne servent à rien car ils ne vous permettent pas de savoir ce qui a attiré ou non l’œil de la personne qui les a laissés.
Vous êtes décu(e).
A l’inverse, vous pouvez aussi recevoir des commentaires du type « J’aurais fait autrement », « Il ne faut jamais faire ça » ou « C’est nul ». Vous serez d’accord avec moi, ces commentaires n’ont pas plus d’intérêt que les précédents. De plus, comme ils ne sont pas élogieux, vous les acceptez d’autant plus mal. Mon conseil: écartez ou bloquez ceux qui vous renvoient ça, ils vous nuisent.
Ce que vous attendez de la critique photo (et pourquoi c’est une erreur)
En publiant sur un espace de critique photo, vous vous attendez peut-être à ce que des photographes pros viennent vous aider.
C’est une erreur.
Un photographe professionnel passe son temps à chercher des clients, à assurer des prestations, à gérer les formalités administratives. Il n’a pas le temps de venir aider les débutants, surtout s’il s’agit de le faire gratuitement.
De plus certains photographes pros voient d’un mauvais œil les amateurs « qui travaillent gratuitement ». Ne pensez pas qu’ils vont vous aider.
Certains le font, c’est vrai, mais ils sont rares et généreux, merci à eux. Pensez à les remercier, ça ne vous coûte rien et ça fait plaisir.
Dans critique photo, il y a critique
En français nous utilisons l’expression critique photo pour désigner cette activité d’échange entre photographes. Je lui préfère l’expression anglo-saxonne « photo review » qui se traduit très mal par « revue de photos ».
Bien que le sens du mot critique ne soit pas péjoratif dans ce cadre précis, il n’en reste pas moins que nous n’aimons pas les critiques. Et que c’est ce sens que nous retenons la plupart du temps.
Vous pensez peut-être qu’aller sur un site de « partage » photo va vous aider ? Non plus, car le mot partage n’implique pas qu’il faille commenter. Vous n’avez donc pas de commentaire, si ce n’est les « belle photo » inutiles habituels.
Sur le web l’agressivité est réelle
J’y suis confronté chaque jour comme vous, l’agressivité est réelle sur le web. Même si vous proposez des photos sans autre envie que de recevoir un avis, vous recevrez des critiques désagréables, c’est comme ça. Si de plus vous osez répondre, c’est l’escalade.
Vous vous dites peut-être qu’il faut filtrer, et ne plus soumettre vos photos qu’aux personnes que vous considérez comme fiables ? C’est une solution qui a le désavantage de créer des clans. L’Humain aime les clans, la photographie moins. L’auto congratulation pointe vite son nez dans ce cas, plus personne n’ose montrer du doigt les défauts des autres, la critique photo devient un entre soi de gentils photographes. Qui n’avancent pas.
Quatre règles pour que la critique photo serve à quelque chose
Lorsque j’ai soumis mes premières photos à une amie photographe pro il y a bien longtemps, j’ai reçu comme seul et unique commentaire « c’est de la m… ». Sur les cinq séries de trente-six diapos, elle a choisi trois photos , et c’était probablement pour me faire plaisir.
Je vous rassure, c’est toujours une amie et je l’apprécie encore car elle m’a rendu service en me faisant ce retour rude. Pour une raison simple : elle m’a dit la vérité. Mes photos, ce jour-là, ne valaient rien. Rien de rien.
La formulation de son avis aurait certes pu être plus cordiale, mais entre amis la cordialité on s’en fout un peu, il faut savoir aller à l’essentiel. Cet échange, ce jour-là, m’a beaucoup appris.
Savoir encaisser avant de soumettre
Lorsque vous proposez une photo à la critique, il faut savoir accepter la critique.
Ceux qui la font n'emploient pas toujours les bons mots. Ils sont parfois blessants, sans même avoir conscience de l’être. Surtout sur le web car vous ne pouvez pas échanger de vive voix.
Si vous n’acceptez aucune remarque négative, ne soumettez pas vos photos à la critique.
Apprenez à encaisser, et ensuite uniquement soumettez vos photos.
Si vous ne savez pas quoi demander, commencez par une question précise plutôt qu’un « qu’en pensez-vous ? » qui n’appelle rien. Par exemple :
- « Le sujet est-il suffisamment isolé du fond pour attirer l’œil en premier ? »
- « La lumière vous semble-t-elle adaptée à l’ambiance que je cherchais ? »
- « Y a-t-il un élément qui détourne votre attention du sujet principal ? »
- « Le cadrage vous semble-t-il trop serré, trop large, ou juste ? »
Une seule question par photo. Celle qui vous tracasse le plus.
Je vois trop souvent des photographes poster une photo et claquer la porte du site à la première remarque négative. Comment voulez-vous avancer ainsi ? Avez-vous claqué la porte de l’école lorsqu’un professeur vous a fait une remarque ?
Ne pas attendre de réponse sur chaque photo
Lorsque vous demandez un avis sur vos photos, acceptez que les autres n’aient pas des heures chaque jour pour le donner. Il est normal que certaines photos ne reçoivent pas de commentaires. Parfois je n’ai rien à dire sur une photo que je n’apprécie pas. Ce n’est pas parce que je ne l’apprécie pas qu’elle est mauvaise. C’est que je n’ai rien de pertinent à dire. Alors je me tais.
Sur les réseaux sociaux il est aussi possible que personne ne voit votre photo, elle est noyée dans un flux sans fin, ou masquée par l’algorithme. Acceptez cette règle du jeu, les autres n’y sont pour rien.
Choisir une seule photo, pas dix
Proposer une photo à la critique n’est pas proposer le contenu entier de votre carte mémoire. Si vous avez fait dix versions différentes d’une même photo, proposer les dix n’a aucun intérêt. Vous devez choisir celle pour laquelle vous voulez un avis. Vous pouvez hésiter entre deux, et soumettre alors une paire, mais pas plus.
Il est normal de ne pas savoir choisir ses photos lorsqu’on débute, mais les autres ne vont pas le faire pour vous. Réduisez la quantité d’images à montrer, vous aurez plus de retours.
Commenter les photos des autres si vous voulez qu’on commente les vôtres
Je ne compte plus les gens qui me disent ne pas recevoir de commentaires sur leurs photos. Lorsque je leur demande s’ils en laissent sur celles des autres, ils me disent « non ».
La critique photo est un échange. Si vous postez une photo sans jamais participer au débat, et c’est fréquent, vous découragez les autres. Pourquoi viendraient-ils commenter vos photos si vous ne renvoyez jamais la balle ?
Là, normalement, vous devriez me dire « oui mais moi je débute, je ne sais pas quoi dire … ». Vous débutez en photo, peut-être, mais vous ne débutez pas dans la vie. Vous avez des yeux, un regard, une culture, un parcours, vous êtes capable de donner un avis. Vous pouvez exprimer ce que vous ressentez en voyant une photo, il n’est pas nécessaire d’être professionnel pour ça.
La critique photo ne fera pas de vous un meilleur photographe si vous ignorez tout ce qui précède. Mais si vous l’abordez comme un échange réel, avec l’humilité d’encaisser et la générosité de donner, elle peut devenir l’un des outils les plus efficaces pour progresser. Pas le plus confortable. Le plus efficace.
Questions fréquentes sur la critique photo
Oui, mais sous conditions. Elle ne fonctionne que si vous savez encaisser les retours négatifs, si vous participez vous-même aux échanges, et si vous soumettez peu de photos à la fois. La quantité de commentaires reçus n’est pas un indicateur de progression.
Le forum Nikon Passion dispose d’un espace dédié. Des plateformes comme 500px ou Flickr proposent aussi des sections de feedback, avec des niveaux d’exigence variables.
Non. Vous avez un regard, une sensibilité, une culture visuelle. Expliquer ce que vous ressentez face à une image est utile même si vous débutez. La technique s’explique, mais l’impact d’une photo se ressent.
Décrivez ce que vous voyez, ce qui attire ou retient votre attention, et pourquoi. Évitez les jugements globaux (« c’est bien » / « c’est nul »). Une critique utile dit quelque chose de précis : le cadrage, la lumière, le sujet, l’émotion ressentie.
C’est une vraie question. Une critique est mieux reçue quand on sait d’où elle vient. Mais attendre d’avoir affaire à un expert pour écouter est aussi une façon de se protéger des retours inconfortables. Ce qui compte, c’est la pertinence de ce qui est dit, pas le palmarès de celui qui le dit.
Parce qu’ils n’en ont ni le temps ni l’intérêt. Un photographe qui travaille cherche des clients, pas des forums. Ceux qui restent présents sur ces espaces sont souvent des intermédiaires : ni vraiment débutants, ni vraiment experts, et parfois prompts à afficher une autorité qu’ils n’ont pas.
Oui, à condition de ne pas le faire passivement. Se demander ce qui attire l’œil, ce qui gêne, pourquoi une image fonctionne ou non : c’est déjà un travail de regard. Une grille de lecture simple (sujet, lumière, cadrage, équilibre) suffit pour transformer une consultation passive en exercice actif.
Souvent parce qu’on n’en laisse pas sur celles des autres. Mais aussi parce que le flux est saturé : trop de photos publiées simultanément, attention fragmentée, algorithmes qui enterrent ce qui ne génère pas d’engagement immédiat. Ce n’est pas un jugement sur vos images.
Ouvrages de référence sur la critique et l’analyse de l’image photographique
Susan Sontag – Sur la photographie (1977, trad. française disponible).
Une référence incontournable sur le regard, la réception des images, ce que regarder une photo signifie.
Roland Barthes – La Chambre claire (1980).
Un petit livre court, dense, personnel. Barthes parle de ce qu’une photo fait à celui qui la regarde. Pertinent pour comprendre pourquoi la critique est difficile : chaque regard est subjectif.
Rudolf Arnheim – Art et perception visuelle (1954).
Un livre sur la grammaire du regard. Plus académique, mais utile pour construire une grille de lecture.
John Szarkowski – The Photographer’s Eye (1966, en anglais).
John Szarkowski a dirigé le département photographie du MoMA pendant près de trente ans. Ce livre, publié en accompagnement d’une exposition, pose une question simple : qu’est-ce qui fait qu’une photo est une photo, et pas autre chose ?
Il identifie cinq dimensions fondamentales : la chose en elle-même, le détail, le cadre, le temps, et le point de vue. Pas de jargon, pas de théorie abstraite. Des images, des comparaisons, des questions.
C’est le livre à lire si vous voulez comprendre pourquoi vous aimez certaines photos sans savoir pourquoi. Et donc, comment commencer à le dire aux autres.
Disponible en anglais uniquement. À chercher en occasion ou en bibliothèque universitaire.
Michael Freeman – Qu’est-ce qu’une photo réussie (2018, français)
Un ouvrage plus accessible, illustré, pour découvrir comment développer une vision toute personnelle et d’obtenir des photos aussi fortes que stylées.
Montrer ses photos devrait être un plaisir
Montrer ses photos, demander un avis, en donner : c’est un acte de confiance. Envers les autres, et envers soi-même.
La critique photo ne vous transformera pas en meilleur photographe toute seule. Mais refuser de vous y confronter vous garantit de rester exactement où vous êtes.

L’un des problèmes avec la critique photo c’est aussi que, sauf clubs de potes, on ne connait que rarement le niveau photo de celui qui la fait (Comme disent les jeunes : « D’où tu parles toi ? »). Une critique, quelle qu’elle soit, est souvent bien mieux acceptée & prise en compte par celui qui la reçoit si il sait que celui qui la donne a un niveau bien supérieur au sien. A cette fin, afin de mieux savoir qui parle, il serait peut-être bon que, dans les groupes / sites où il y a une rubrique critique, chaque « critiqueur » ait une note qui résulte de l’évaluation faite par les autres membres de ses photos postées. Certes ce ne serait pas infaillible (On ne connait pas le niveau de ceux qui ont noté les photos du critiqueur.) mais ça donnerait déjà un indice.
L’autre problème (évoqué dans l’article) c’est que dans les groupes / sites de critiques il y a trop de photos. Avec nos vies actuelles on ne peut pas accorder à chacune le temps qu’elle mériterait. La solution serait peut-être un système automatique qui n’affiche chaque jour que une ou quelques photos dans chaque catégorie (paysages, portraits, etc…). Cela sur le principe du « 1er posté 1er affiché », les photos suivantes attendant leur affichage pour un autre jour.
la première chose à comprendre ,c’est que les photographes expérimentés, voir de talent ,ne passent pas leur temps à donner un avis sur le travail des amateurs….il ne reste plus sur les forum que des clinches qui se font mousser en étalant une « science » qu’ils ne possèdent pas ! 🙂
https://www.flickr.com/photos/patrice_hick/
Parler « Vrai » est une qualité , et dans cet article , vous le faites très bien : beaucoup apprécieront ce langage direct ; tant pis pour les autres ….La plupart de ces derniers n’ont sans doute pas la modestie nécessaire, et utile !
Bonjour Jean-Christophe,
J’ajouterais que regarder les photos des autres permet aussi de progresser dans sa propre pratique, pour peu que l’on se demande ce que l’on aime et ce que l’on aime moins dans un cliché. A cette fin une grille de lecture personnelle peut aider: sujet, lumière, cadrage, exposition, couleurs…
Merci pour vos articles, toujours intéressants !
J’ai vécu la critique du responsable du Club Photo « Déclic91 » en lui présentant des photos que je croyais bonnes ; en fait, elles avaient un bruit numérique si fort qu’elles n’étaient pas valables ; ensuite, dans ce club, ce sont les critiques COMMUNES faites ENSEMBLE qui m’ont le plus apporté pour améliorer mes clichés. Je ne suis plus dans ce Club mais je tiens compte de tout ce que j’y ai appris ; mon fils, « critique né » me dit ce qu’il pense de ce que j’ai capté et j’en tiens compte.
Tout à fait d’accord avec cet article, leçon de photo et de vie. L’activité photo souffre des mots de l’époque. Jamais donner son point de vue n’aura été aussi facile à vivre photographier et diffuser ses photos aussi commode. La question est de savoir qui fait quoi, qui dit quoi et à quel titre. Mais aussi la formation du public, le former à reconnaître le métier des professionnels, radicalement différent de la pratique amateur. Les graphistes professionnels ont été confrontés de longue date à la diffusion de logiciels même élémentaires laissant croire que cet art était à portée de tout le monde. Ajoutez à cela le sans-gêne des sites qui parfois ignorent le droit d’auteur et l’absence de disciplines artistiques dans l’enseignement général générant l’ouverture d’esprit minimale et le tour est joué. Les professionnels ne sont pas à la fête, les amateurs ne savent que dire alors qu’ils ont la parole, tandis que les fabricants imaginent des appareils de folie. Ça va de tous les côtés et on se demande à quoi finalement cela sert. À titre d’expérience, tapez sur Google ‘école de photographie’… Le résultat est hallucinant… Tout cela ne justifie en rien le découragement à la pratique et à l’échange, à condition de le voir comme une auberge espagnole : on y mange ce que l’on y apporte. Encore merci à Jean Christophe pour Nikon passion