Prendre son appareil photo en avion suppose de prendre quelques précautions pour vous assurer que votre matériel sera en sécurité, que vous n’aurez pas de problème au moment de l’embarquement et que vous pourrez voyager en toute tranquillité. Voici les conseils d’un photographe professionnel qui voyage très souvent, appliquez-les à chacun de vos vols !
Voici ce que vous devez retenir avant de lire la suite : le matériel photo voyage en cabine, sans exception. Boîtiers, objectifs et batteries lithium ne doivent jamais aller en soute, à la fois pour des raisons de sécurité réglementaire et parce qu’un bagage en soute, c’est un bagage qui peut être perdu, volé ou abîmé. Pour le reste, les règles varient selon les compagnies et les destinations, mais quelques réflexes suffisent à éviter 95 % des problèmes.
Prendre son appareil photo en avion, c’est le quotidien de Julien Gérard, photographe professionnel, qui parcourt le monde pour ses différents clients. Je connais bien Julien, aussi je lui ai demandé de nous livrer ses meilleurs conseils. Julien a à son actif plusieurs centaines de vols sur de multiples compagnies et autant d’expériences à relater.
Certains d’entre vous connaissent Julien Gérard pour avoir suivi une de ses présentations lors des Rencontres Nikon Passion ou du Salon de la Photo. Je lui laisse la parole …
Prendre l’avion avec son matériel photo, rien d’impossible avec des précautions
Photographe professionnel, je parcours le monde depuis des années au gré de mes commandes. Il y a un peu moins d’un an, avec ma compagne, nous avons décidé de partir pour un voyage au long cours. Voici mon retour d’expérience sur un sujet souvent source de stress pour les photographes amateurs comme professionnels, prendre son matériel photo en avion.
Sachez que pour voyager avec votre matériel photo, il vous suffit de prendre quelques précautions et de connaître les ‘trucs et astuces’ bien utiles pour vous éviter les pires ennuis.
Avant le départ
Rendez vous sur le site de la compagnie aérienne afin de vérifier le poids et les dimensions autorisés en cabine pour votre bagage à main.
Au sein d’une même compagnie aérienne, ces données peuvent varier en fonction de la classe (économique, affaire, première) mais aussi de votre destination. Pour les vols internationaux par exemple, les compagnies sont souvent plus tolérantes.
L’enregistrement
Selon votre voyage et vos envies, vous pouvez être amené à transporter beaucoup de matériel photo. Pour couvrir certains reportages par exemple, mon sac photo peut avoisiner les 12 ou 13 kg (un boîtier pro, quelques zooms ouvrant à f/2.8, chargeur, batteries, accessoires, ça pèse vite très lourd !). C’est bien plus que le poids autorisé par la majorité des compagnies.
En réalité, il vous faut relativiser le problème du poids du sac en cabine. Sauf pour les vols low cost avec certaines compagnies, il est rare que le bagage à main soit pesé ! Sur des centaines de vols, mon sac n’a été pesé qu’une dizaine de fois.
Sachant cela, la question du poids de mon sac photo n’est plus un problème. Si jamais le personnel de la compagnie me fait remarquer que mon sac est trop lourd, je décris ma situation, ce que je vais faire, je montre le contenu de mon sac. Cela suffit la plupart du temps à convaincre. Notez également que la ‘Zen Attitude’ et le sourire facilitent grandement les choses !
Si la compagnie n’aime pas les bagages trop lourds, elle apprécie encore moins la mauvaise publicité en cas de litiges sur vos bagages en soute. Vous êtes face à un employé peu conciliant ? Que faire du surplus de poids ?
Ne mettez en aucun cas votre matériel en soute. Si un problème devait arriver – retard, perte, casse ou vol – vous vous retrouveriez dans l’incapacité de faire des photos (sans compter le préjudice financier à prévoir). Dans mon cas, ce serait pire encore que d’avoir à mettre le même sous vêtement pendant 5 jours ! Je vis de mes photos …
Si vous voyagez à deux, le plus simple est de vous délester du matériel peu fragile comme les câbles, les chargeurs, les batteries, les cartes mémoires, le matériel de nettoyage, etc. dans le sac de votre compagnon de vol.
Si vous voyagez seul, aucun souci. Voici pourquoi !
Première astuce qui vous fera gagner 2 kg ou plus, sortir l’ordinateur. Certaines compagnies autorisent un bagage à main ET un ordinateur. Si c’est le cas, sortez l’ordinateur au moment de l’enregistrement et rangez-le ensuite. D’autres compagnies ne le mentionnent pas mais ne vous demanderons pas forcément de mettre votre portable dans votre sac, à tenter …
Si vous vous faites accompagner à l’aéroport, la seconde astuce est de confier, le temps de l’enregistrement, les objets lourds (boitier, téléobjectif, etc.) à votre accompagnateur. Une fois l’enregistrement effectué, vous pouvez rangez votre matériel dans le sac, le contrôle est fini !
Une autre astuce consiste à charger les poches de votre veste. Je n’y ai eu recours qu’une seule fois, la personne en charge de l’enregistrement ne voulant (vraiment) rien savoir. Je me suis donc retrouvé avec un grand-angle dans une poche, un flash dans une autre, mon boitier nu autour du cou sous la veste et des accessoires dans les poches. Le tout dans la plus grande discrétion (!) bien évidemment.
Ces deux dernières solutions peuvent paraître un peu bancales mais à l’usage, mais une fois l’enregistrement effectué, je n’ai JAMAIS eu de seconde pesée de mon sac cabine avant de monter dans l’avion.
Les objets interdits en cabine
Certains objets sont interdits en cabine. Les bombes d’air sec sous pression sont strictement interdites en cabine comme en soute. Les vaporisateurs de nettoyage des optiques ne doivent pas excéder 100 ml. Par ailleurs, je vous déconseille de passer votre trépied en cabine, vous avez toutes les chances qu’il vous soit confisqué.
Batteries lithium : ce que dit la réglementation IATA
Les batteries lithium-ion des appareils photo (boîtiers, flashes, grips) doivent voyager en cabine, jamais en soute. C’est une règle de sécurité, pas une recommandation : en cas d’incident thermique, l’équipage doit pouvoir intervenir. Vous n’y couperez pas !
Pour les batteries de rechange (celles qui ne sont pas insérées dans l’appareil), elles doivent être protégées contre les courts-circuits. Le plus simple est de les stocker dans leur boîtier d’origine ou de couvrir les contacts avec du scotch. Sans protection, elles peuvent être refusées à l’embarquement.
Les accumulateurs AA rechargeables posent parfois problème dans certains pays (Jordanie, Égypte notamment, des lecteurs l’ont signalé en commentaires suite à la publication). En cas de doute, placez-les dans le flash.
Prendre son appareil photo en avion : passage des contrôles bagages
Les appareils de contrôle des bagages utilisent des rayons X, et non des infrarouges. Pour le matériel numérique, cela ne pose aucun problème : capteurs, cartes mémoires et optiques ne sont pas affectés. Pour les pellicules argentiques, le risque est marginal sur les pellicules standard (ISO 400 et moins) lors d’un passage unique. En revanche, une pellicule haute sensibilité (ISO 800 ou plus) soumise à plusieurs contrôles successifs peut voir sa qualité dégradée. Dans ce cas, demandez une inspection manuelle, c’est votre droit dans la plupart des aéroports.
Certaines pratiques peuvent vous faire gagner du temps. Dans votre sac, rangez les objectifs à l’horizontal. Les rayons ne peuvent traverser le verre, et à la verticale l’opérateur ne verra donc qu’un cercle suspect. Il y a de forts risques qu’il vous demande d’ouvrir votre sac.
Théoriquement vos batteries doivent être insérées dans les appareils, mais on ne m’a jamais embêté pour mes batteries supplémentaires.
Les ordinateurs et les tablettes doivent être systématiquement sortis du sac. Un bon opérateur vous laissera les laisser dans leurs housses mais beaucoup vous demanderont de les sortir. Depuis peu, sur certaines destinations, tous les appareils électroniques doivent pouvoir être allumés, pensez à charger les batteries avant de partir.
Si vous partez de Paris Orly, votre sac photo passera quasiment toujours la détection explosifs. Dans d’autres aéroports il vous sera aussi demandé de sortir TOUT le matériel de votre sac. Dans ce cas, essayez de caler au mieux les objectifs pour éviter qu’ils ne roulent et s’entrechoquent. Veillez également à ce que la personne derrière laisse un espace suffisant entre ses affaires et les vôtres afin d’éviter un carambolage de casier à la sortie de la machine.
N’hésitez pas à rappeler à l’opérateur qu’il est désormais responsable des quelques milliers d’euros de matériel sur le tapis. Très souvent, la remarque calme ses ardeurs de pilote de tapis roulant !
Si toutefois un accident se produit – chute de matériel par exemple – insistez pour avoir une fiche d’accident même si aucune trace n’est visible. Une lentille décalée sur un objectif et adieu les photos nettes. Faites également des photos des traces visibles et envoyez-les immédiatement par email au service client de la compagnie. En cas de soucis ultérieur cela peut s’avérer utile.
Dans l’avion
Au moment de monter dans l’avion, certaines compagnies (Brussels Airlines par exemple) demandent aux passagers de laisser les bagages les plus volumineux afin de les mettre en soute.
C’est également le cas pour certains vols en avion à hélices qui ont des coffres petits. J’ai toujours réussi à garder mon sac en expliquant, avec le sourire, son contenu.
Astuce : auparavant ces avions disposaient d’une Première Classe mais elle a été supprimée. Cependant les coffres, beaucoup plus grands, sont encore là ! Demandez à l’hôtesse s’il vous est possible d’en bénéficier.
Une fois votre place localisée, je vous conseille vivement de ranger votre sac dans un coffre de la rangée opposée : une fois assis vous pourrez ainsi le surveiller plus facilement. Il n’est pas rare que certaines personnes peu soucieuses des affaires d’autrui tassent allègrement votre sac pour faire rentrer le leur.
Mon ordinateur reste toujours avec moi. Dans mon sac photo le compartiment réservé se situe au dos, donc en-dessous lorsque mon sac se trouve en position allongée. Pour un vol en avion ce n’est vraiment pas l’idéal.
Vous avez sans doute déjà traversé des zones de turbulences, elles peuvent être parfois violentes. En cas de secousses c’est tout votre matériel photo qui dansera la lambada sur votre ordinateur…
[MàJ] Suite à un commentaire de Marky, je rappelle que si votre sac dépasse le poids autorisé par la compagnie ou celui indiqué sur les coffres, vous devrez le placer sous le siège devant vous, sauf si vous êtes assis au niveau des sorties de secours. Pensez également à retirer l’ordinateur pour ne pas abîmer l’écran.
Passage en douane
Sur la totalité de mes vols, je n’ai vécu que peu d’expériences désagréables en douane.
A l’aéroport de Strasbourg/Entzheim, une douanière voulait absolument que je lui présente les factures de mon matériel. J’ai dû lui expliquer que mon matériel n’était pas neuf et que je ne venais pas de l’acheter à l’étranger (!). Elle semblait d’autant plus surprise quand je lui ai annoncé que c’était la première fois que cette demande m’était faite. C’était réellement bien le cas.
Pour parer à ce genre de mésaventure vous pouvez faire établir par la Chambre de Commerce (en France) un carnet ATA (Admission Temporaire/Temporary Admission). C’est un document de douane officiel et international qui permet de faire entrer dans un pays étranger du matériel, photo ou autres, sans déclaration et sans taxe. Plus de 60 pays l’acceptent, le carnet coûte quelques dizaines d’euros pour une validité d’un an.
La solution la plus simple est de garder une copie des factures dans l’ordinateur ou sur votre smartphone (scannées, électronique).
Si vous avez acheté du matériel à l’étranger :
- soit il est déclaré et vous avez payé les taxes en rentrant dans votre pays, gardez systématiquement les reçus
- soit vous ne l’avez pas déclaré (cas des achats par internet à l’autre bout du monde), croisez les doigts pour ne pas passer entre les mains des douaniers et devoir payer une amende qui vous fera regretter votre achat.
Si vous achetez du matériel à l’étranger, une fois déclaré en France vous pouvez l’inscrire sur un carnet ATA. Sans déclaration c’est impossible.
Au Maroc, un douanier peu honnête souhaitait me taxer car je disposais d’un second appareil photo. Il prétendait qu’au-delà d’un boitier il y a suspicion de revente. Incapable de prouver ses dires à l’aide de documents officiels et après 45 minutes dans son bureau, il a fini par perdre patience le premier et m’a laissé partir. Après renseignements, il n’existe évidement aucune loi allant dans ce sens au Maroc.
Les douaniers de certains pays peuvent se montrer très pénibles et la corruption bien présente. La première chose à faire dans ce cas est de garder votre calme. Il s’agit de personnes ayant la possibilité de vous causer beaucoup d’ennuis en cas de manque de respect.
Si vous n’arrivez pas à vous sortir d’une situation de ce genre, ne proposez jamais au douanier une compensation financière personnelle, vous risqueriez de gros soucis. Si vous deviez en arriver là, attendez que ce soit lui qui le propose. Dans tous les cas, demandez ensuite un justificatif pour votre comptabilité, ça vous fera un souvenir !
Avant de partir : liste de vérification pour prendre son appareil photo en avion
- Vérifiez les limites de poids cabine sur le site de la compagnie (elles varient par destination et par classe).
- Protégez les contacts de toutes vos batteries de rechange.
- Retirez les bombes d’air comprimé du sac (interdites en cabine et en soute).
- Placez les objectifs à l’horizontale dans le sac pour le passage aux rayons X.
- Gardez une copie numérique des factures sur votre téléphone.
Si vous voyagez souvent hors UE avec du matériel professionnel, renseignez-vous sur le carnet ATA auprès de votre CCI.
Questions fréquentes sur le transport d’un appareil photo en avion
Peut-on mettre son appareil photo en soute ?
Non. Le matériel photo ne doit jamais aller en soute. Outre le risque de perte ou de casse, les batteries lithium sont soumises à des restrictions réglementaires qui imposent leur transport en cabine. Si une compagnie vous le demande, expliquez la situation calmement et proposez d’ouvrir le sac.
Les rayons X de l’aéroport abîment-ils le matériel photo numérique ?
Non. Les rayons X n’endommagent ni les capteurs, ni les cartes mémoires, ni les optiques. Seules les pellicules argentiques haute sensibilité peuvent être affectées après plusieurs passages successifs.
Quel poids maximum pour un sac photo en cabine ?
Cela dépend de la compagnie. En général, les compagnies classiques tolèrent 10 à 12 kg, les low cost 8 à 10 kg. Le sac est rarement pesé hors vols low cost, mais cela arrive. Vérifiez toujours les conditions de votre vol avant de partir.
Faut-il déclarer son matériel photo en douane à l’étranger ?
En zone UE, non. Hors UE, le matériel personnel utilisé n’a pas à être déclaré si vous le rapportez avec vous. En revanche, si vous achetez du matériel à l’étranger et le ramenez, il doit être déclaré à votre retour en France. Le carnet ATA est une alternative utile pour les photographes professionnels.
Prendre l’avion avec son matériel photo, en conclusion
Prendre son appareil photo en avion est tout à fait envisageable si vous respectez les règles en vigueur et que vous prenez soin de suivre les conseils ci-dessus. Dans tous les cas, la meilleure des solutions est de rester calme, de ne pas vous énerver en présence d’un agent un peu pointilleux et de garder le sourire !
Une fois à destination, certains d’entre vous envisagent de photographier depuis les airs. Si vous êtes tenté par la montgolfière, lisez mon guide de la photographie aérienne depuis une montgolfière.