Photos de concerts Metal, l’encyclopédie par Bertrand Alary et Jean-Pierre Sabouret
Bertrand Alary est photographe de concert. Les concerts de rock, hard-rock. Il vous propose un livre de photos de concerts metal, véritable encyclopédie présentant la plupart des groupes de metal existant ou ayant existé, qu’il a photographié pendant près de 40 ans d’activité.
Ce livre est un monument de la musique metal, pour faire ou parfaire votre connaissance de ce milieu musical, grâce aux photos de Bertrand Alary et aux textes de Jean-Pierre Sabouret (Hard Rock Magazine, Boulevard des clips, Rock n’hard).
Photos de concerts METAL, 40 ans de musique puissante : présentation
Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans … ni Internet, ni streaming, ni smartphone, mais des vinyles, des K7 audio et des magazines. Enfer Magazine, Metal Attack, Hard Rock, Hard Force, Hard’n Heavy, Rock Hard, Kerrang !, Raw, Metal hammer … ça y est, vous y êtes ?
Ces magazines sont ceux pour lesquels Bertrand Alary a photographié plus de 3.000 concerts pendant près de 40 ans de carrière. Une époque qui aimait les photographes de concerts, qui leur laissait le droit de photographier la scène, backstage, les fans, l’avant et l’après, et non les quelques premières minutes de concerts désormais verrouillés par les maisons de disques ou tourneurs.
Il est loin ce temps-là, mais la musique, elle, est toujours là. Et surtout les photos.
Parce que le Metal, le hard Rock, le Rock, ce sont autant les artistes que leur musique, et si vous pouvez aujourd’hui écouter leur musique avec votre smartphone en streaming, les artistes eux, vous ne pouvez plus les voir ou si peu. Il y a bien le web et Instagram, mais une photographie de qualité, bien imprimée, avouez que c’est quand même autre chose. Tenir entre vos mains un beau livre de photographies, c’est autre chose que tenir votre smartphone non ?
Dans ce beau et imposant ouvrage, vous allez en voir des photos de vos groupes préférés, des centaines même. Led Zeppelin, Black Sabbath, Deep Purple, les têtes d’affiche bien sûr, mais quelques centaines d’autres aussi.
Ce livre a un autre objectif que vous montrer des photos de concerts de metal. Il vous raconte l’histoire de tous ces groupes, leurs origines, des anecdotes sur les artistes, l’origine de certaines photos. C’est une encyclopédie autant qu’un beau lire de photographie.
Plus de 310 pages de concerts de metal, de photos de scènes, de musiciens sur scène ou backstage, de cheveux longs et de barbes épaisses, de plaisir à l’état pur. Les mots de Pierre Sabouret accompagnent chaque photo, ils complètent les images de Bertrand Alary pour constituer une encyclopédie visuelle de la musique metal et ça fait drôlement du bien de la parcourir. J’en ai ressorti mes playlists rock à défaut de K7 !
Comment faire des photos de concert, le récit de Bertrand Alary
Des conseils de pro, des astuces, comment le métier de photographe de concert a évolué, des anecdotes sur le choix des photos pour le livre, un échange passionnant avec Bertrand Alary :
Mon avis sur Metal, 40 ans de musique metal et rock
Vous pouvez apprendre la photo en parcourant des livres didactiques (voir « Comment faire des photos de concert« ). Vous pouvez aussi aller voir des expos ou surfer sur le web. Mais en matière de photographie, rien ne remplace le livre. Le beau, qui prend un sujet par le corps et le traite de A comme Aaron Lee à Z comme ZZ Top.
Vous pouvez aussi simplement apprécier la musique metal, le hard rock, le rock et prendre plaisir à feuilleter un livre sur le sujet.
Quelle que soit votre envie, cet ouvrage vous apportera bien du plaisir. La qualité des photos et des textes, de l’impression, de la reliure est certaine. C’est un monument, proposé au tarif tellement abordable de 34,95 euros qu’il serait criminel de vous en passer si vous êtes fan de rock !
Pourquoi la peur de faire des photos bloque vos progrès en photographie
Çà y est. Vous êtes pile à l’endroit que vous aviez repéré, la lumière est bonne, votre sujet vous attend, votre appareil photo Nikon Z6III, Z8 ou Z5II bien calé dans les mains… et pourtant quelque chose vous bloque. Vous déclenchez à peine, du bout du doigt, comme si chaque photo vous faisait prendre un risque. Cette hésitation se répète trop souvent : vous freinez votre progression sans même vous en rendre compte.
J’ai longtemps observé ce blocage chez les photographes débutants et amateurs. Et plus j’en parle, plus je réalise qu’il ne vient ni du matériel, ni des réglages, ni d’un prétendu manque de talent. Il vient d’une peur discrète, souvent irrationnelle, mais redoutablement efficace pour vous clouer sur place.
J’ai voulu comprendre pourquoi cette peur prend autant de place et comment la dépasser sans vous forcer ni perdre le plaisir de photographier. Je vous partage mon analyse en vidéo, et mes conseils détaillés juste après.
Peur de faire des photos, pourquoi ?
Vous allez me dire que c’est n’importe quoi, que la peur de faire des photos n’existe pas, que vous n’avez jamais connu cela et que vous vous demandez bien où j’ai trouvé cette idée stupide ?
Je n’ai pas cherché bien loin, il me suffit de lire les messages reçus chaque jour pour réaliser que nombreux sont les photographes débutants et amateurs à avoir peur de faire des photos au quotidien.
Entendons-nous bien, je parle de la peur de mal faire. De se tromper. D’utiliser le mauvais réglage. La peur de rater ses photos. La peur de faire des photos dans la rue, face à des inconnus, c’est un autre sujet (vous pouvez consulter les règles de photo de rue selon les pays ici)
« La peur, c’est dans la tête » entend-on parfois. C’est vrai, la plupart du temps. Surtout en photo.
Réfléchissez, pourquoi avoir peur de faire des photos, lorsqu’il s’agit de tenter différentes solutions, alors que la seule chose qui puisse vous arriver, c’est de rater vos photos. En quoi est-ce si dramatique ? Si vous êtes photographe pro, que vous travaillez sur commande et que vous vendez vos photos, je comprends. Mais si vous êtes amateur, quel est le risque ?
Aucun.
En reconnaissant qu’il n’y a aucun autre enjeu pour vous que de prendre le risque de rater une photo, ce qui n’est même pas une certitude, vous allez vous libérer. Vous adopterez une attitude plus détendue, vous oserez différentes solutions, différents réglages, différentes approches du sujet. C’est ce qui va vous faire progresser.
Peur de vous tromper de matériel
C’est une première erreur. Le matériel photo a une importance, mais quel que soit l’appareil que vous utilisez, il peut faire de bonnes photos. Même votre smartphone le peut, c’est dire … Alors cessez de penser au choix du matériel, et déclenchez.
Que vous ayez un reflex ou un hybride, un APS-C ou un plein format, 24 ou 45 Mp, un boîtier flambant neuf ou déjà bien âgé, peu importe. Tant qu’il peut déclencher et enregistrer des photos, tout va bien.
Peur de vous tromper de réglage
C’est sans doute la peur la plus paralysante : « Et si je ne choisis pas le bon réglage ? ».
Que vous utilisiez un Z6III ou un Z5II, un zoom NIKKOR Z DX 16-50 mm ou un NIKKOR Z 24-70 mm, cette hésitation vous fait ranger l’appareil. Pourtant, la meilleure façon de progresser est d’appuyer sur le déclencheur, expérimenter… et accepter l’erreur.
Ce que vous allez surtout faire, c’est apprendre. Apprendre de vos erreurs est la meilleure façon de progresser. Pensez à toutes les autres situations que vous avez pu vivre et à toutes les erreurs que vous avez déjà faites, dans différents domaines, ne vous ont-elles pas fait progresser ? N’avez-vous pas appris quelque chose et corrigé votre approche ? En photographie, c’est pareil.
Mon meilleur conseil : faites des erreurs ! Plus vous en ferez, plus vous progresserez.
Peur d’affronter votre sujet
C’est une peur commune et logique, car certains sujets sont intimidants. C’est la raison pour laquelle de nombreux amateurs se contentent de photographier la nature, les paysages, car le sujet ne leur fait pas peur. Je n’ai rien contre la photo de paysage, au contraire, mais vous limiter à cette pratique parce que vous avez peur de photographier les gens, c’est dommage. Vous passez à côté de situations enrichissantes, qui peuvent vous apporter beaucoup.
Passez une journée en ville, photographiez la vie et les gens et vous allez très vite mesurer vos progrès. Vous allez prendre confiance, apprendre à déclencher plus vite, à régler votre appareil photo plus vite, à être plus vif. Autant de critères importants pour progresser.
Sachez aussi que la plupart des sujets qui vous font peur n’ont rien d’effrayant. Soyez prudent si vous approchez un animal sauvage parce qu’il peut s’en prendre à vous, mais ce risque est bien plus grand que celui qui consiste à photographier les gens dans la rue (en savoir plus sur les bonnes pratiques en photo de rue).
Exemple concret : lors d’une balade urbaine j’ai demandé à une passante de prendre place sous une arcade. Mon boîtier Z6II était prêt, j’ai déclaré « je prends juste un portrait de vous, vous le méritez ». La conversation a duré 30 s, photo prise, un sourire échangé. Résultat : j’ai osé. Vous pouvez aussi commencer par demander à un collègue photographe d’être sujet, pour prendre confiance.
Peur de montrer vos photos
C’est une crainte souvent citée aussi. Vous n’osez pas montrer vos photos pour deux raisons.
La première, c’est que vous ne savez pas laquelle montrer, et quelle question poser. Or sans question, pas de retour, pas de commentaire, pas d’avis constructif. Ou pas les bons.
La seconde, c’est que vous ne voulez pas recevoir de critiques. C’est la nature humaine. Vous voulez des retours sur vos photos, mais vous ne voulez pas qu’on vous dise qu’elles sont mauvaises.
Le problème ici est double. Vous ne voulez pas recevoir de commentaires négatifs car certains commentateurs sont agressifs, peu respectueux, pas délicats du tout. Plutôt que de vous donner des pistes d’amélioration, d’exprimer un ressenti, ils y vont de leurs affirmations bien souvent non justifiées. Je vous incite à lire ce sujet qui vous en apprendra beaucoup sur la façon de considérer la critique photo.
Mais aussi … peur de passer pour un mauvais photographe
Cette peur, vous la ressentez car elle vous frustre. Vous avez dépensé beaucoup d’argent en matériel photo, passé du temps à comparer, tester, utiliser mais vous vous rendez compte que vos photos ne sont pas si attirantes que celles des autres. Alors vous êtes frustré. C’est cette frustration qui se manifeste lorsque vous recevez un avis négatif, que vous postez une photo qui ne reçoit aucun commentaire, ou que vous vous comparez aux autres en étant déçu de vos images.
Cette peur de passer pour un mauvais photographe vous ennuie car vous êtes peut-être considéré comme le photographe de la famille (vous êtes le mieux équipé), ou comme capable de vendre des photos (certains ont le même matériel que vous et le font bien), ou encore comme le référent du club local ou de votre groupe de photographes favori. Alors « mauvais », forcément, ce n’est pas flatteur.
Quand cette peur se transforme en habitude, vous limitez votre territoire photographique. Vous restez dans le même jardin, le même cadrage, la même lumière. Vous ne vous ouvrez pas aux défis (haute sensibilité, portraits, reportage). Or c’est précisément dans l’inconfort que naissent vos meilleures images.
Comment passer outre la peur de faire des photos ?
La première chose à faire est de prendre conscience. Tout s’apprend, la photographie aussi. Les autres ont débuté aussi, et fait des erreurs aussi.
Votre démarche ne peut pas reposer sur le seul matériel, ce sont votre regard et votre intention qui comptent avant tout.
Prendre conscience, enfin, que si l’on vous dit que vos photos ne sont pas bonnes, c’est peut-être vrai. Une remise en question ne fait jamais de mal.
Une fois ces prises de conscience faites, passez à l’acte.
Faites des photos. Tous les jours. Plusieurs fois par jour. Essayez tout, réglages, cadrages, compositions, sujets, soleil, pluie … rien ne doit vous arrêter.
Votre matériel limite vos envies ? Ne vous précipitez pas chez votre revendeur pour en changer, précipitez-vous chez lui pour poser des questions, expliquer vos problèmes, et demander un avis. Il saura vous conseiller s’il connaît son métier. Ils sont nombreux à le connaître.
Et surtout, posez des questions et acceptez les réponses. Même si elles ne vous plaisent pas. Je me suis plusieurs fois entendu répondre que les photos que je venais de montrer étaient quelconques. Je ne remercierai jamais assez ceux qui me l’ont dit car ils m’ont permis de progresser.
Déclencher sans crainte – la dame ne m’a pas vu
8 actions immédiates à mettre en place
Action 1 Fixez-vous un créneau de cinq minutes par jour pour déclencher volontairement, sans chercher à faire une “bonne photo”. Le seul objectif est de débloquer le geste.
Action 2 Choisissez un sujet banal chez vous, faites dix photos d’affilée sans réfléchir, puis regardez-les rapidement. Vous réalisez vite que rien de grave ne se produit.
Action 3 Sortez avec un objectif à focale fixe et imposez-vous une seule contrainte : déclencher dès que vous croisez un sujet qui vous attire, même légèrement. Pas de discussion intérieure.
Action 4 Acceptez d’utiliser un réglage imparfait. L’idée n’est pas d’être précis, mais d’être en mouvement. Même une erreur d’exposition vous fait progresser.
Action 5 Demandez à une personne de votre entourage de poser trente secondes. L’exercice n’a qu’un but : oser diriger un sujet vivant, sans chercher le portrait parfait.
Action 6 Faites une micro-série de trois images sur le même thème : une couleur, une texture, une silhouette. Trois images seulement. Cette contrainte réduit la pression.
Action 7 Choisissez un lieu où vous hésitez d’habitude à sortir votre appareil — une place, une rue un peu passante — et décidez que vous y resterez trois minutes montre en main. C’est court, mais suffisant pour respirer et déclencher.
Action 8 Juste après une séance, notez dans un carnet ce qui vous a fait hésiter. Souvent, écrire noir sur blanc transforme une peur en simple détail. Au passage, cela prépare la séance suivante.
Après avoir échangé pendant 10 minutes, il a accepté que je le prenne en photo
FAQ : Comprendre et dépasser vos peurs
Est-ce que la peur de rater ses photos touche aussi les photographes expérimentés ?
Même les photographes confirmés ressentent parfois cette appréhension. Elle change simplement de forme. Au début, vous avez peur des réglages ou du regard des autres. Plus tard, vous redoutez de ne pas être à la hauteur de votre propre niveau. La différence, c’est que l’expérience apprend à déclencher malgré ce doute. C’est un signe que vous progressez, pas que vous régressez.
Comment distinguer une peur normale d’une peur qui bloque ma progression ?
Une peur normale vous avertit d’un vrai risque (situation dangereuse, matériel fragile, sujet sensible). Une peur qui vous bloque est celle qui surgit alors qu’il n’y a aucun danger réel. Vous êtes dans la rue, votre appareil est prêt, la lumière est bonne… mais vous hésitez sans raison valable. Si cette hésitation revient régulièrement, elle freine votre apprentissage.
Quels réglages utiliser pour oser déclencher sans stress ?
Lorsque vous sentez la pression monter, simplifiez tout. Utilisez le mode priorité ouverture à f/5,6 ou f/8, ISO auto et un temps de pose minimum d’environ 1/250 s. Ce réglage de base fonctionne dans la plupart des situations et vous permet de vous concentrer sur l’essentiel : déclencher, cadrer, observer. La technique suivra naturellement.
Comment surmonter la peur de photographier des inconnus ?
Fixez-vous un cadre simple. Souriez, levez légèrement l’appareil pour montrer votre intention et attendez une réaction. Dans la plupart des cas, les gens réagissent positivement ou vous ignorent. Ce premier contact suffit souvent à calmer la peur. Vous pouvez aussi commencer par photographier des scènes plus éloignées pour prendre confiance.
Est-ce que le choix du matériel influence vraiment mes hésitations ?
Le matériel influence votre confort, pas votre courage. Un appareil léger, rapide et simple à régler vous aide à déclencher plus facilement, mais il ne règle jamais l’appréhension de fond. Quel que soit votre boîtier, vous avez besoin d’une routine pour sortir, déclencher et accepter l’erreur. C’est cette répétition qui vous libère.
À quel moment puis-je considérer que j’ai dépassé ma peur ?
Quand vous déclenchez sans vous poser vingt questions avant. Quand la photo redevient un geste naturel. Quand l’erreur n’est plus vécue comme un drame mais comme un essai. Vous n’aurez pas une disparition totale de la peur, mais vous aurez une maîtrise suffisante pour qu’elle ne décide plus à votre place.
Les centres d’intérêts en photographie et vous et vous …
Avez-vous remarqué combien le terme « photographe » est vague ? Est photographe la personne qui prend des photos (même Wikipedia le dit). Toute autre tentative de définition ne sert qu’à provoquer des débats interminables. Je préfère parler de centres d’intérêt. Nous avons tous des centres d’intérêt en photographie, du photographe qui utilise son smartphone pour Instagram à celui qui fait la Une des media.
Lorsque je prépare la liste des sujets à créer pour ce site, je tiens compte non pas d’un statut (classer les gens en catégories a ses limites), mais de vos centres d’intérêt. Pour cela j’ai établi une liste, et j’ai pensé que la partager pourrait vous inciter à réfléchir à votre pratique.
Je fais des photos utiles et des photos souvenir, je ne cherche pas à apprendre la photographie
Ces photographes là font des images à seules fins de garder une trace. Ils n’ont d’ailleurs aucune envie d’aller plus loin ni d’apprendre la photo et ne se disent pas photographes.
Ils ont besoin et/ou envie de créer des images :
de la vie au quotidien,
de leur métier,
de voyages,
de famille,
de vacances.
Certains utilisent la photo pour illustrer une activité sans aucun rapport direct avec la photographie :
un site professionnel ou un compte marchand en ligne,
des visuels pour promouvoir un évènement,
une rencontre avec un client ou partenaire,
un séminaire d’entreprise ou un salon.
Les agents immobiliers, par exemple, ont besoin de faire des photos des biens qu’ils vendent, sans vouloir devenir photographes pour autant. Idem pour les vendeurs sur les sites d’annonces. Les parents veulent garder des souvenirs de leurs enfants, les montrer très vite à la famille.
Le résultat doit être bon, rapide à produire, simple à utiliser.
Les photos peuvent être optimisées à l’aide d’applications ou de logiciels dédiés, elles peuvent être utilisées dans des outils de mise en page et de création assistée de visuels.
Parmi ces personnes, certaines finissent par identifier leurs centres d’intérêt en photographie, leur pratique peut alors évoluer vers la création.
Je fais des photos car j’aime créer
La photographie est un moyen d’expression permettant aux personnes créatives de laisser libre cours à leur imagination.
Certains incluent la pratique photographique dans la palette d’outils à leur disposition, avec l’écriture, la peinture, la sculpture, la vidéo.
Ces gens là ne sont pas intéressés par la technique photo, ils font des photos, c’est différent. La technique comme le matériel utilisé ne doivent pas être des freins.
Beaucoup sont amateurs dans l’âme au sens premier du terme: ils aiment créer, ne font pas ça pour la gloire ou l’argent.
Certains arrivent à générer des revenus. Une amie dont les photos sont vendues en galerie me disait il y a quelques années ne pas savoir ce qu’était l’ouverture ou le temps de pose, par contre elle pouvait se lever à 3h du matin pour faire une photo qu’elle avait en tête. Qui se vendrait. Le matériel n’était pas du tout sa préoccupation.
Certaines de ces personnes peuvent être amenées à faire de la photographie leur outil d’expression principal.
Je mène un projet photographique personnel
Utiliser la photographie comme moyen d’expression principal permet de raconter une histoire, de construire un récit.
Si vous êtes dans ce cas vous devez maîtriser les grands principes de la photographie pour arriver à vos fins. La technologie n’est pas une priorité, seule l’obtention du résultat compte. Si votre matériel vous permet d’y arriver, il suffit. Sinon vous en changez.
Parmi les personnes concernées, on retrouve les auteurs photographes dont la préoccupation première est de présenter un travail photographique réfléchi. Peu importe qu’il soit fait avec un matériel ou un autre, personne ne leur posera la question et si toutefois c’était le cas, ils répondraient qu’ils s’en moquent. Qui demande à un peintre la marque de son tube de peinture ou de son pinceau ?
Ces gens-là ne sont pas du tout attirés par les nouveautés, les prouesses des constructeurs, les dernières fonctions à la mode et les caractéristiques uniques de certains modèles. Ils ne savent même pas que cela existe la plupart du temps.
Par contre certains génèrent des revenus à partir de leur travail d’auteur.
Je vis de la photo, c’est ma source de revenu
En lisant « revenus » vous vous dites peut-être « tiens, les pros » en pensant à ceux qui vendent leurs photos dans la presse ou les médias. C’est le cas, mais pas uniquement. De nombreux photographes vivent de la photo par d’autres biais (lire le livre d’André Amyot).
Ils proposent des voyages photos, des workshops, des formations, du coaching.
Ils proposent des produits dérivés.
Ils sont employés par des administrations ou entreprises pour documenter le quotidien.
Ceux-là sont généralement calés en photographie, ils ont une expérience qui leur permet d’être à l’aise dans la plupart des situations.
Ils ont développé un style, une pratique, se sont approprié un matériel bien précis en sachant pourquoi il ont fait ce choix.
Ils peuvent même être experts dans un domaine particulier.
Ils sont rarement limités dans leur pratique car ils font ce qu’il faut pour passer outre les limites.
Vos centres d’intérêt en photographie et les pensées limitantes
En photographie, vous vous regroupez peut-être entre amis photographes, entre experts d’une pratique donnée, entre collègues, entre membres d’un club photo ou d’un réseau social. Bien que ces clans aient des intérêts, le partage et les relations sociales, ils peuvent aussi vous limiter.
Ne pas chercher à savoir ce que font les autres clans est limitant.
Penser que ce que vous faites est suffisant pour progresser est limitant.
Penser qu’un photographe ne peut nourrir sa créativité que de photographie et que les autres arts n’ont pas d’intérêt est une pensée limitante (lire L’inspiration en photographie).
Penser que « les pros » ont la grosse tête et ne parlent pas aux « amateurs » est une autre pensée limitante.
Penser que « les amateurs » vont piquer le travail « des pros » est encore une pensée limitante, leurs propositions ne sont pas les mêmes.
Penser que les « artistes » ne sont pas des photographes parce qu’ils ne connaissent pas le triangle d’exposition n’est pas limitant, c’est stupide.
Vos centres d’intérêt en photographie et le recul à prendre sur votre pratique
Il ne se passe pas une journée sans que je ne pense à ma pratique photo. Sans que je ne me dise que rien n’est acquis, bien que je vive de la photographie.
Vous devriez vous poser vous-aussi ces questions chaque jour pour identifier vos centres d’intérêt en photographie :
pourquoi suis-je en train de faire ces photos ?
que vont-elles m’apporter ?
quel usage vais-je faire de ces images ?
comment suis-je en train d’utiliser mon matériel ?
qu’est-ce que j’aurais pu mieux faire ?
suis-je aux limites de mon matériel ?
qu’ont fait les autres au même endroit, dans la même situation ?
que pourrais-je encore apprendre ?
Vous l’aurez compris, la photographie est un chemin qui a commencé pour vous un certain jour et dont vous ne verrez jamais la fin. Vous aurez toujours quelque chose à découvrir, à apprendre, à faire. C’est ce qui en fait le charme.
Cette chronique n’avait pas d’autre prétention que de vous faire réfléchir à votre pratique (comme celle-ci). Si tel est le cas, alors je suis curieux de lire vos avis dans les commentaires, le débat pourrait bien être passionnant !
L’oeil de Reza, 10 leçons de photographie par Reza, Florence At et Rachel Deghati
Imaginez un livre qui serait à la fois un beau livre de photographie et un ouvrage didactique. « L’œil de Reza » est cela.
Illustré des magnifiques photos du photographe d’origine iranienne Reza, du fort beau texte de Rachel Deghati et des dix leçons d’analyse d’images de Florence At, ce livre inaugure un nouveau genre en matière d’édition photographique et ce n’est pas pour me déplaire.
Rachel Deghati, auteure et co-fondatrice avec Reza de Webistan Creative,
Florence At, photographe professionnelle, auteure de plusieurs autres livres sur la photographie dont les 365 lois incontournables de la photo et animatrice de certains Ateliers Reza dans les quartiers défavorisés français ou au Kurdistan.
Ils étaient faits pour s’entendre : ce livre en est la plus belle preuve.
Le principe est simple, c’est celui de l’écriture à trois :
Reza, le photographe, vous propose ses photos,
Rachel Deghati vous propose le texte contextuel accompagnant les photos,
Florence At vous propose dix leçons d’analyse d’images à partir des images de Reza.
Le résultat est un ouvrage magnifique, fort bien imprimé, avec une belle couverture rigide. L’ouvrage ne se contente pas d’être un beau livre de photographie mais s’avère aussi être un ouvrage didactique à la portée de tous les photographes quel que soit leur niveau.
Qu’allez-vous trouvez dans ce livre ?
Vous allez trouver des photos, déjà. Reza a parcouru le monde depuis plus de 30 ans, publié dans la presse internationale, et s’est vu décerner de nombreux prix internationaux. Il raconte en images notre humanité entre guerres et paix.
Ces images seront déjà une belle source d’inspiration si vous appréciez le reportage photo, la mise en valeur de l’humain, et le travail sur la lumière, ce que ne renierait pas Michael Freeman (voir « Capturer la lumière« ).
Vous allez découvrir également le texte de Rachel Deghatti qui replace les photos dans leur contexte d’origine. Où sommes-nous ? Que se passe-t-il ? Pourquoi ces images ? C’est un premier niveau de découverte sans qu’il ne s’agisse encore d’une analyse d’images.
Vous allez découvrir enfin comment le photographe a préparé, composé et finalisé chacune de ses photos grâce a l’analyse de Florence At. Celle-ci détaille dans de nombreux encarts la démarche du photographe (approche du sujet, composition, cadrage, réglages) et ce qui lui a permis d’arriver au résultat final.
Vous verrez par exemple, page 111, comment il est possible de montrer l’intensité de l’effort d’une femme accablée par une chaleur constante. Vous comprendrez pourquoi le photographe s’est approché au plus près et avec pudeur de son sujet, comment il l’a photographié en plan serré et en contre plongée.
À qui s’adresse « L’œil de Reza » ?
J’aurais volontiers dit à tout le monde !
Toutefois le photographe débutant y trouvera une fabuleuse invitation à enrichir sa culture photographique. Sans qu’il ne s’agisse d’un guide pratique de photographie, les principes sont développés : comment créer des photos et transmettre une émotion.
Ce livre s’adresse aussi aux photographes amateurs et experts qui veulent passer un cap dans leur démarche photographique et créative. Si vos photos ne vous conviennent pas, que vous êtes adepte du reportage photo et que vous ne savez pas ce qu’il vous manque pour proposer un travail plus créatif, alors vous le comprendrez en bonne partie à la lecture de ce livre :
comment le photographe a approché ses sujets,
comment il a raconté une histoire,
comment il a su traduire en images, par le biais des techniques appropriées, sa vision du sujet.
Enfin, si vous êtes photographe professionnel, vous profiterez du travail de Reza pour élargir les champs du possible dans votre pratique, et proposer pourquoi pas une nouvelle approche à vos clients.
Si je ne devais retenir qu’une seule chose de ce livre, je dirais : quelles leçons !
Les guides pratiques de photographie vous proposent des notions techniques. Les beaux livres de photographie vous montrent des images, un travail d’auteur. Ce livre est à mi-chemin, il illustre par des photographies un travail de reportage professionnel, tout en vous livrant les clés de la réalisation de chaque image.
Ce concept, encore peu développé dans le monde de l’édition de livres photos, mérite votre attention.
Si consulter un beau livre de photographie ne vous suffit pas car vous ne savez pas analyser les images alors n’hésitez plus : ce livre est fait pour vous !
Les 200 règles d’or des maîtres de la photographie, ou comment devenir meilleur photographe
Ne devient pas « Maître » qui veut. Parmi les photographes reconnus, certains sont devenus des références incontournables, exprimant leur vision au travers d’images cultes. Ce sont les « Maîtres de la photographie » selon Paul Lowe.
Ce livre ne fera pas de vous un Maître en 200 leçons, ce serait trop simple. Mais il contribuera à votre éducation, votre éveil et à la nécessaire prise de conscience qu’il vous faut avoir pour développer votre démarche créative.
Les 200 règles d’or des Maîtres de la photographie : présentation
Lorsque j’ai découvert ce livre, j’ai été interpellé par son titre : comment des Maîtres de la photographie, des photographes connus et reconnus, pouvaient-ils parler de règles alors qu’ils sont les premiers à ne pas les respecter ?
« Les règles sont faites pour être brisées » est d’ailleurs la première phrase de l’introduction du livre. Vous le savez déjà si vous avez lu « Les règles de la photographie et l’art de les enfreindre« . J’ai alors cherché à comprendre comment ce livre pouvait vous intéresser alors que vous ne cherchez pas forcément à devenir un Maître en photographie.
« Ce n’est pas moi qui ai écrit les règles, pourquoi devrais-je les suivre ? »
W. Eugene Smith
Ce livre se parcourt plus qu’il ne se lit, et après quelques dizaines de minutes à le consulter, j’ai vite compris combien sa valeur était inestimable. Bien qu’il ne remplace en rien l’étude des livres de photographes, il s’agit d’un condensé de leurs enseignements, présenté dans un format portable, lisible, accessible à tous.
Ce condensé va vous permettre :
d’aller à l’essentiel sans vous perdre dans de nombreuses lectures ou vidéos parfois peu pertinentes,
de découvrir des photographes qui vous donneront envie d’en savoir plus sur leur travail inspirant,
de disposer d’un référentiel de citations et bonnes pratiques à consulter chaque fois que vous manquez d’inspiration,
de prendre du recul sur votre pratique pour identifier des pistes et progresser.
Paul Lowe, l’auteur du livre, est Directeur du programme de Master en photojournalisme et photographie documentaire au Collège de Communication de Londres, je vous ai déjà présenté son précédent livre « Chronologie de la photographie ». Il a rassemblé dans celui-ci une somme de connaissances importante pour la rendre accessible à tous, simplement et immédiatement.
La présentation de ces 200 règles est organisée selon trois axes.
Les fondamentaux : patience et rigueur
Il s’agit ici de comprendre comment les maîtres de la photographie la positionnent en tant que pratique, de vous donner des pistes de réflexion sur la prise de vue sur le terrain et la construction d’images.
Vous allez trouver des règles et principes pour vous aider améliorer votre production.
Un exemple : « Ne réfléchissez pas trop », une règle qui s’appuie sur l’œuvre du photographe Manuel Alvarez Bravo. Paul Lowe vous explique que la philosophie de ce photographe était « photographiez ce que vous voyez, pas ce que vous pensez ». Voir page 53 pour en savoir plus.
La démarche artistique : audace et créativité
Cette seconde partie du livre s’intéresse au rapport au monde de l’artiste en liens avec ses projets.
Vous ne vous voyez pas devenir Maître photographe, mais pourquoi ne pas imaginer votre démarche comme un chemin à parcourir pour produire quelque chose qui vous ressemble ?
Regardez page 120 le travail de Mark Power (Magnum) et cette phrase qui devrait vous marquer : « Trouvez un sujet qui vous tient à cœur, qui vous émeut, quelque chose qui provoque en vous les émotions les plus brutes. Ensuite soyez patient ».
La pratique professionnelle : méthode et éthique
Dans cette troisième partie du livre, Paul Lowe aborde des considérations professionnelles, ou comment vivre de la photographie en séduisant un public.
Il s’agit ici d’approcher la professionnalisation de votre parcours, de devenir photographe professionnel. Les règles citées touchent moins à la création qu’à la promotion et à la réalisation de travaux professionnels.
Je retiens cette règle citée par Jess Crombie, page 180, rédactrice en chef en étroite relation avec les photographes dont elle diffuse les images :
« En tant qu’éditrice, on m’a trop souvent soumis des travaux susceptibles de me séduire, plutôt que des photos reflétant les envies personnelles de leur auteur ».
Vous allez trouver ici des principes fondamentaux pour vendre vos photos, comme la bonne gestion d’une campagne KickStarter, la nécessaire phase d’édition de vos images ou l’archivage indispensable de tout ce que vous produisez. Des problématiques auxquelles les photographes professionnels ne peuvent échapper.
Mon avis sur « Les 200 règles d’or des maîtres de la photographie »
A la différence d’autres livres dans lesquels l’auteur développe une vision personnelle (par exemple …), ce livre est un regroupement d’idées, de principes, de visions de nombreux photographes et professionnels du monde de la photo. Il s’agit d’un ouvrage collectif qui n’en a que le nom puisqu’il est bien écrit par un seul auteur, Paul Lowe, qui a su faire cet important travail de curation.
Il s’agit d’un livre de chevet, d’un recueil pratique que vous allez garder à portée de main. Son format permet même de le glisser dans votre sac photo, pour le consulter chaque fois que vous en éprouvez le besoin.
Chacune des règles vous fera réfléchir : à votre pratique, à vos envies à vos besoins. Un peu à la manière du Personal MBA de Josh Kaufman dans un tout autre domaine, ce livre s’avère donc le point d’entrée de tout ce que vous pouvez (devez ?) découvrir, connaître, comprendre pour devenir un meilleur photographe. Il vous renvoie vers autant de photographes, de professionnels du monde de la photo, de références que vous pourrez ensuite consulter en toute connaissance de cause, sans vous tromper.
La nature des choses, livre de photographies d’Arnaud Vareille
Observer le spectacle de la nature, arpenter la planète, dans « La nature des choses » Arnaud Vareille vous propose de découvrir des images atypiques de France, de l’Etna, d’Islande, des déserts américains …
Cet hommage à la biodiversité, préfacé par le Directeur du Museum d’Histoire Naturelle, présente 38 photographies en couleur, fruit de la quête du photographe.
La nature des choses , Arnaud Vareille : présentation
J’ai fait la connaissance d’Arnaud Vareille il y a quelques années lors du Salon de la photo de Paris. Arnaud est venu me voir pour me présenter les deux livres de photographies qu’il venait de terminer : « Obsolescence programmée » et « Rêves dansés« .
Quelques mois plus tard nous nous sommes revus dans son studio, en région parisienne, un endroit merveilleusement organisé pour faciliter la prise de vue, et le photographe n’a eu de cesse de partager avec moi sa passion pour l’image. J’avoue même avoir été un brin jaloux de sa bibliothèque de livres de photographie, tant elle est riche d’ouvrages inspirants.
Arnaud Vareille est revenu me voir récemment, avec un nouveau livre, « La nature des choses ». Paru fin 2019, ce nouvel ouvrage rassemble des photographies en couleur de « choses noires et blanches de la nature ». Ces images vous montrent le monde animal, minéral et végétal en gros plan.
Le décalage avec ce que vous pouvez voir dans d’autres livres de photographie nature est grand. Ici point de plans larges, de paysages paradisiaques, de photos animalières étonnantes.
Arnaud Vareille n’est pas de ces photographes là. L’homme porte un regard personnel sur le monde qui nous entoure, sur ces « petites choses » qui font notre « grande planète », ce qu’il en reste et ce qu’il pourrait ne plus en rester.
Ces images déroutent au premier regard, les premières questions se posent vite, quel est leur sens ? Leur justification ? Pourquoi de tels plans serrés ?
La première découverte passée, vous rentrerez dans le sujet, vous serez amené à vous poser des questions, et de ces questions naîtront des réflexions. Votre regard sur la nature, guidé par celui du photographe, ne sera alors plus celui que vous auriez eu à sa place, si vous aviez été au même endroit.
J’avoue avoir été perplexe en découvrant ce livre, puis après m’y être replongé, il m’a rappelé ce que je peux ressentir lorsque je suis face à un phénomène naturel particulier, comme ces amas de pouzzolane en Auvergne que j’ai maintes fois observés pendant mon adolescence.
« La nature des choses » n’est pas un ouvrage grand public pour les amoureux de photographie nature, c’est une oeuvre décalée, le résultat d’un travail très personnel, la vision d’un photographe. C’est pour cela que je vous invite à le découvrir et à le glisser parmi vos autres livres de photographie. Cet « hommage à la biodiversité », pour reprendre les mots d’Arnaud Vareille, sera alors en bonne place.
Si vous aimez les beaux livres vous ne serez pas déçu, celui-ci est relié à la Suisse, l’impression en quadrichromie est réalisée sur du papier couché classique mat, les 88 pages comportent de nombreuses photos présentées en double-page, les textes sont écrits en français et en anglais, l’ouvrage est vendu 35 euros.
La nature des choses, extraits
Voici quelques images extraites du livre, vous pouvez en voir plus sur le site d’Arnaud Vareille.
Elle : Quand vous êtes dans une situation donnée, dans un pays, lors d’un voyage, vous privilégiez quoi ?
La photo de paysage, le portrait, la photo de rue ?
Lui (en anglais) : Dans ma tête je suis photographe, avant tout. Je comprends que ces catégories existent parce que parfois il faut classer les genres, mais quand je fais des photos, les catégories n’existent pas.
Elle, c’est une lectrice, sur le stand Nikon Passion lors du Salon de la Photo 2018.
Lui, c’est Michael Freeman, le photographe dont je vous parle souvent et que j’interviewais ce jour-là.
Pourquoi je cite cette anecdote
J’ai deux raisons.
La première raison, c’est que je suis fan de Michael Freeman.
Avoir la possibilité de l’interviewer, pendant une heure, était un des grands moments de ma vie de photographe.
J’en ai même joué au gamin en réclamant une signature sur son dernier livre.
Pouvoir échanger avec un photographe qui a un tel parcours est un plaisir incroyable.
La seconde raison, c’est ce que Freeman vous dit quand il dit cela.
Faire des photos qui vous plaisent c’est ne pas vous donner de limites.
L’important n’est pas de dire « je fais du paysage/portrait/macro/… et là où je suis il n’y en a pas. »
L’important c’est votre regard sur le monde qui vous entoure.
Quel qu’il soit.
Votre regard de photographe est unique.
Votre regard n’est pas celui des autres.
Votre regard se nourrit de votre parcours personnel, de vos expériences passées, de votre sensibilité.
L’important n’est pas de savoir si vous avez le bon appareil photo, le bon objectif ou le bon logiciel.
L’important c’est de porter l’œil au viseur. C’est ce que vous voyez et comment vous le voyez.
Je vous avoue que depuis cette rencontre, ma pratique photo a changé.
Je me replonge dans les livres de Freeman qui m’ont déjà tant apporté.
Avec, en tête, tout ce que nous nous sommes dit pendant l’interview.
Parlez photographie
Parler photographie avec un tel photographe ça change mon approche.
Cela m’aide à me construire, à développer ma démarche.
A avoir l’esprit ouvert, à être à l’écoute, à ne pas rester bloqué sur mes idées.
Si cela vous intéresse, voici ma présentation du livre que Michael Freeman m’a signé :
Ne passez pas à côté de textes comme celui-ci, c’est ce qui vous fera avancer.
Il y a bien d’autres livres de photographes à étudier, mais pour les étudier il faut comprendre le contexte qui les a poussés à être photographes.
Les guides pratiques ne vous aident pas.
Ne négligez pas la maîtrise de votre appareil photo, mais n’y passez pas trop de temps.
Observez, réfléchissez, créez.
Développez votre regard de photographe.
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Joel Meyerowitz, une vision de la photographie : votre livre de chevet
Parmi les nombreux livres sur la photographie que je lis et commente, certains ont plus d’importance que d’autres pour développer votre pratique de la photographie. « Une vision de la photographie », l’adaptation française de l’ouvrage de Joel Meyerowitz qui accompagne sa Master Class, est devenu en quelques jours mon nouveau livre de chevet.
Voici pourquoi et ce qu’il peut vous apporter à vous aussi.
Une vision de la photographie, ou les principes fondateurs de la pratique photo
L’initiative Masters of Photography consiste en une plateforme de formation en anglais via laquelle vous pouvez suivre en ligne les enseignements des grands noms de la photographie.
Parmi eux, un des photographes de rue les plus connus, dont les photos ont fait l’objet de plus de 350 expositions dans les musées et galeries du monde entier, reconnu par ses pairs comme un des pionniers de la photographie en couleur, vous aurez reconnu Joel Meyerowitz (voir son site).
Afin de compléter l’offre de formation en ligne, l’équipe fondatrice de Masters Of Photography décline des ouvrages tirés des Master Class, des condensés de ce que chaque photographe présente dans sa Master Class.
La version originale du livre de Joel Meyerowitz accompagnant sa Master Class a été adaptée en français récemment par les éditions Eyrolles, et pour avoir eu vent du projet avant qu’il ne soit finalisé, je dois dire que j’étais emballé.
Une fois le livre sur mon bureau, il ne m’a fallu que quelques dizaines de minutes pour me l’approprier, en faire mon nouveau livre de chevet, que je traîne partout avec moi depuis.
Le titre original du livre, « How I make photographs » annonce la couleur (sans mauvais jeu de mot), c’est le léger regret que j’ai face à la version française dont le titre « Une vision de la photographie » est moins pertinent.
Plus qu’une vision, le terme cher à Michael Freeman, il s’agit bien ici de découvrir comment Joel Meyerowitz pense sa pratique photographique, comment il met en perspective les vingt principes qu’il présente dans la Master Class. Autant de notions très concrètes.
Si le contenu du livre est forcément moins complet que celui de la Master Class comptant elle cinq heures de leçons vidéo, il n’en reste pas moins que ce condensé d’informations est d’une pertinence rare.
Chaque principe fondateur de la démarche de Joel Meyerowitz fait l’objet d’un chapitre dédié, le livre comporte en outre 95 photos parmi les plus influentes extraites de l’auteur. Vous compléterez ce livre de « Rétrospection » pour découvrir l’oeuvre complète de l’auteur.
J’ai beaucoup apprécié la présentation de ces vingt principes : c’est simple, lisible par tout le monde, concret, et applicable immédiatement. Le livre ne coûte que 15,90 euros, autant dire rien pour ce que vous pouvez en retirer.
Joel Meyerowitz vous livre des conseils essentiels pour :
faire des photos au quotidien,
savoir comment mettre vos sujets à l’aise,
savoir choisir la focale qui convient à ce que vous voulez faire,
comment observer le monde qui vous entoure pour trouver l’inspiration nécessaire,
comment composer vos photos.
« Lorsque vous tenez un appareil photo, vous disposez d’un permis de voir. »
Attention : ne pensez pas qu’il vous suffit d’acheter le livre, de le lire à la va-vite et de retenir deux ou trois petites choses pour faire de meilleures photos. Vous seriez déçu et je m’en voudrais de vous avoir laissé penser que c’était aussi simple.
Prenez ce livre comme un cadeau que vous fait Meyerowitz qui partage de si belle façon sa démarche. Prenez le comme un carnet de bord que vous allez consulter souvent, sur lequel vous allez peut-être prendre des notes. Lisez une première fois chaque chapitre, c’est rapide. Revenez sur ceux qui vous parlent le plus. Approfondissez, prenez du recul pour comprendre ce que veut vraiment dire l’auteur, ne vous contentez pas de la surface, grattez.
Etudiez votre pratique, regardez vos photos, ressortez vos archives. Grâce au livre, vous allez trouver des réponses petit à petit. Joel Meyerowitz a mis 60 ans pour en arriver là où il en est, ne pensez pas que vous ferez le même parcours en 60 jours !
À qui s’adresse ce livre de Joel Meyerowitz ?
« Une vision de la photographie » s’adresse au photographe débutant qui pense que le choix du matériel prime sur la démarche personnelle. Il verra pourquoi ce n’est pas le cas.
Il s’adresse aussi à l’amateur de photographie qui veut aller plus loin, passer un cap dans sa pratique.
Il s’adresse à l’expert qui veut découvrir les secrets d’un pro, comprendre ce qui peut faire la différence.
Il s’adresse au professionnel qui souhaite comparer sa démarche à celle d’un des plus grands photographes, et réfléchir à sa pratique.
Il s’adresse enfin à … vous qui pourrez profiter de la passion et de l’enthousiasme communicatif de Meyerowitz, et ça, ça n’a pas de prix !
Day to Night, par Stephen Wilkes, le panoramique comme vous ne l’avez jamais vu !
Il est des livres de photographie qu’on ne lit pas comme les autres. Parce qu’ils montrent des photos, déjà, et non du texte. Parce qu’il sont atypiques de par leur format. Parce que les photos présentées sont atypiques. Avec « Day to night » du photographe américain Stephen Wilkes, c’est tout ça à la fois.
Dans ce livre, paru aux éditions Taschen, Stephen Wilkes vous présente soixante images panoramiques composées chacune de centaines de clichés pris depuis un même point de vue, et assemblés pour composer une composition panoramique étonnante.
Day to night, Stephen Wilkes et la prise de vue panoramique
Une photo panoramique est généralement réalisée en assemblant à l’aide d’un logiciel dédié une série d’images de la même scène prises chacune avec un angle différent. Une autre solution consiste à réaliser une seule image à l’aide d’un appareil photo panoramique comme l’Hasselblad X-Pan ou le plus accessible Noblex.
Stephen Wilkes n’utilise aucune de ces deux techniques. Sa démarche est bien plus complexe, car le résultat qu’il vise, s’il porte bien le nom de photographie panoramique, n’a rien à voir avec ce que vous pouvez connaître.
Pour réaliser une seule de ses photos panoramiques, Stephen Wilkes ne fait pas « quelques » photos d’une scène mais plus de 1.500. Le photographe positionne son appareil photo face au paysage qu’il veut capturer, puis, sans changer de point de vue, il déclenche du matin (très tôt) jusqu’au soir (très tard).
Ces images sont ensuite triées avec soin et juxtaposées sur ordinateur pour constituer la composition finale. Le résultat est étonnant : chaque oeuvre (comment les appeler autrement ?) s’observe dans son ensemble, au format panoramique, mais aussi en détail grâce à la richesse permise par cette technique d’assemblage.
De plus, en assemblant des images faites à différents moments de la journée, Stephen Wilkes arrive à transcrire la notion du temps qui passe puisque chaque composition finale « débute » par l’aube sur la gauche pour « se terminer » par le coucher du soleil sur la droite de la photo, d’où le nom de la série et du livre « Day to Night ».
Day to night, un livre exposition à lui seul
Quand j’ai reçu le livre « Day to Night », j’ai d’abord vu m’arriver un carton d’une taille assez incroyable pour un livre de photographie : protégé par un coffret en carton, lui-même emballé dans un second carton, le livre pèse 5 kg sans l’emballage !
Une fois l’ensemble ouvert, avec d’infinies précautions tant l’objet semble précieux, je dois bien avouer que j’ai mis un certain temps à réaliser ce que j’avais sous les yeux.
un ensemble impressionnant (le facteur ne s’en est pas remis)
Le travail présenté est d’une qualité exceptionnelle, qu’il s’agisse des photos, bien évidemment, mais aussi de l’objet « livre ». Qualité d’impression, panoramiques dépliables faits de plusieurs pages, rendu des couleurs, qualité de la reliure, Taschen a réalisé un ouvrage d’une rare élégance et d’une grande qualité. Il occupera une belle place dans votre bibliothèque (s’il y rentre !) et vous forcera probablement, comme moi, à libérer la table du salon pour le contempler. Mais quel résultat !
le Grand Canyon en panoramique 4 pages
« Day to Night » présente soixante photographies panoramiques créées pendant presque dix ans par Stephen Wilkes, du Serengeti africain aux Champs-Elysées parisiens en passant par le Grand Canyon, Coney Island, Trafalgar Square ou la Place Rouge.
Ce qui m’a le plus étonné, au-delà de l’extrême précision de chaque composition, c’est le travail que l’auteur a du fournir pour arriver à ce résultat. Sans parler de la nécessaire patience à avoir pour aller au bout de chaque prise de vue, bien évidemment, mais aussi pour avoir l’autorisation de photographier certaines de ces scènes. La photo du pape François pendant la messe du Vatican, à elle seule, a demandé deux ans de démarches pour que l’autorisation de photographier soit enfin accordée.
la photo du pape François lors d’une messe au Vatican
Mais ce n’est pas tout.
Photographier ainsi une même scène tout au long de la journée a une conséquence facile à deviner : les sujets mobiles … bougent. Un personnage présent sur une image initiale l’est aussi sur les suivantes (parmi les 1.500) mais pas forcément au même endroit. Lors de l’assemblage final il est alors logique que ce même personnage se retrouve à différents endroits de la composition. Le pape François, par exemple, se retrouve dix fois sur la composition car il s’est déplacé pendant la messe.
Il en est de même sur de nombreuses photos d’animaux, les scènes de rue, les paysages urbains.
Et l’exposition alors ?
Autre conséquence d’une prise de vue sur la durée, c’est la qualité de la lumière. De l’aube au coucher du soleil la lumière évolue, et Stephen Wilkes a profité de ces variations pour nous donner à voir non pas une scène statique mais une scène inscrite dans le temps. Étonnant quand on sait qu’une photographie est censée figer un instant et non plusieurs centaines.
« Day to Night » prend alors tout son sens, nous montrant chaque scène depuis le jour jusqu’à la nuit, comme un film en accéléré qui défilerait sous nos yeux.
Mais aussi …
Parce que chaque composition est réalisée à l’aide de centaines de photos, la quantité de détails donnée à voir est impressionnante. Cela se sent sur la composition finale, et se voit sur chacun des agrandissements réalisés sur les pages suivantes.
Observez la photo de Central Park et vous trouverez une mariée qui traverse, de même que des surfeurs qui vont et viennent à Rio de Janeiro tandis qu’un homme tient une pancarte où est écrit « Pas plus de deux questions par client ». Prenez le temps d’observer, il vous faudra des heures, mais quel plaisir !
Je cite Stephen Wilkes :
« Ce sont exactement ces petites histoires, ces détails, qui attirent les gens vers ces photos ».
Mon avis sur « Day to Night » de Stephen Wilkes
J’ai plaisir à vous faire découvrir dans cette rubrique des livres de photographies inspirants, des photographes connus comme moins connus comme « Afghanistan de Steve McCurry » ou « Maldicidade de Miguel Rio Branco« . Vous en retirez des idées, des exemples, vous pouvez vous en inspirer selon les sujets.
Avec « Day to Night », nous sommes dans une toute autre dimension. Je ne pense pas sincèrement qu’il vous soit possible de copier tant la démarche de Stephen Wilkes est unique. Mais l’intérêt de ce livre n’est pas dans la copie, il est dans la découverte, dans l’imaginaire, dans les rêves que vous allez immanquablement vivre en parcourant ces images.
Comment rester insensible à cette richesse de détails, à cette lumière envoûtante, à ces paysages ainsi présentés ?
Cet ouvrage n’est pas un simple livre de photographies, c’est un objet d’art. Son tarif est d’ailleurs à la hauteur puisqu’il vous en coûtera 100 euros pour vous le procurer. Mais si vous vous intéressez à la nature, à l’Homme, à la vie, et que vous aimez les beaux objets, allez le consulter en librairie (chez Taschen à Paris par exemple) avant de vous l’offrir ou, pourquoi pas, de l’offrir !
À propos de Stephen Wilkes
Depuis l’ouverture de son studio à New York en 1983, Stephen Wilkes (voir son site) est devenu un photographe américain réputé. Son travail a été publié dans Vanity Fair, Time, Fortune, National Geographic et Sports Illustrated. Il a également été utilisé dans des campagnes pour Nike, American Express, Sony ou Rolex, et fait partie des collections du musée des Beaux-Arts de Houston, de la Dow Jones Collection, du Griffin Museum of Photography, du Musée juif de New York, du musée de la ville de New York et du mémorial du 11-Septembre, entre autres. Parmi les prix et récompenses qui lui ont été décernés, on compte notamment le prix Alfred-Eisenstaedt, le Lucie Award en 2004 et le prix du magazine TIME récompensant les 10 meilleures photographies en 2012.
Découvrez comment Stephen Wilkes a réalisé ces photos en suivant sa présentation lors d’une session TED :
À propos de l’auteur des textes
Lyle Rexer est écrivain, commissaire d’exposition et critique d’art à New York. Il écrit notamment pour Photograph, ainsi que pour de nombreux d’autres magazines, comme Art in America, Aperture et Modern Painters. Il est également l’auteur de livres dont The Edge of Vision: The Rise of Abstraction in Photography et How to Look At Outsider Art. Titulaire dune bourse Rhodes, il enseigne à l’École d’arts visuels, à New York.
Miguel Rio Branco, Maldicidade : un livre de photographies fait d’impressions urbaines et de gens à la rue
Etonnant livre de photographies que Maldicidade du photographe brésilien Miguel Rio Branco.
Plus de 200 photos représentant quarante années de travail dans les rues de New York, La Havane, Salvador de Bahia ou Tokyo forment un ensemble qui va vous faire réagir si vous habitez en ville comme si vous avez fuit les espaces urbains.
Attention, ce livre peut provoquer en vous une irrésistible envie de sortir faire des photos en ville pour montrer ce que vous pensiez inmontrable.
Miguel Rio Branco, de Las Palmas à Rio en passant par Magnum Photos
Miguel Rio Branco est attiré par l’image, qu’il s’agisse de photographier, de peindre, de réaliser des films comme des œuvres multimédia.
Exposé au MoMA, au Metropolitan Museum of Art comme au Centre Pompidou ou au musée Peggy-Guggenheim de Venise pour ne citer que ces endroits-là, Miguel Rio Branco a aussi reçu le Prix du livre photo aux Rencontres internationales de la photographie d’Arles et le prix Kodak de la critique photographique.
Maldicidade, ou 40 années de photographies en ville
Photo (C) Miguel Rio Branco – Editions Taschen
Les livres de photo traditionnels sont faits d’un joli papier bien épais, un texte accompagne les images (comme dans la banlieue en couleur) et la liste des photos apparaît à la fin de l’ouvrage pour vous aider à identifier les pays, les sujets, les années.
Dans Maldicidade, édité chez Taschen au format 24,5 x 33, rien de tout ça. Faites abstraction de ce que vous avez vu ailleurs et pénétrez dans l’univers chaud et coloré du photographe brésilien Miguel Rio Branco.
Du matin au soir vous allez plonger dans un univers urbain éclatant de couleurs et de contrastes. La première fois que vous allez parcourir le livre, vous trouverez étonnants ce papier très fin, cette succession d’images en noir et blanc et en couleur, ces contrastes qui vous sautent aux yeux.
Photo (C) Miguel Rio Branco – Editions Taschen
Faites alors comme le photographe, ne dormez pas et parcourez ce livre pour ce qu’il est, un recueil de photos urbaines, de portraits en plans serrés, de gros plans sur les aspects les plus sordides de la ville. Les quarante années de travail et les villes visitées par Miguel Rio Branco vont alors vous apparaître petit à petit sous un autre jour.
Vous allez remarquer combien les détails sont importants, comment le photographe laisse volontairement de côté les lieux les plus touristiques et connus de chaque ville pour s’intéresser aux endroits les plus sordides, aux situations les plus étonnantes.
De jour comme de nuit, nettes comme plus floues, les photos de Miguel Rio Branco font la part belle à la lumière, omniprésente, et aux couleurs, chaudes, vives, agressives même parfois.
Les portraits réalisés dans la rue comme en intérieur, chez les gens, avec les prostituées, les enfants, les clochards vont vous faire réagir. Nous avons tous déjà croisé de telles scènes. Mais Miguel Rio Branco a pris le temps, lui, de s’attarder et de nous montrer à sa façon cet univers urbain bien éloigné des beaux quartiers. Bien qu’il s’agisse d’une rétrospective, chaque photo pourrait avoir été faite hier, au bout de ma rue comme de la vôtre peut-être.
Si vous n’êtes pas sensible à l’univers urbain, si vous n’aimez pas parcourir les rues de votre ville, chercher ce que les autres ne cherchent pas, vous passerez probablement à côté de ce livre.
Photo (C) Miguel Rio Branco – Editions Taschen
Mais peut-être êtes-vous sensible aux scènes de la vie quotidienne, banales souvent, extraordinaires parfois. Peut-être pensez-vous aussi que misère et joie peuvent cohabiter, que le flou traduit le mouvement, que ce qu’exprime une photo est bien plus important que sa qualité technique. Que les 60 euros qu’il vous en coûtera pour acquérir ce livre sont un investissement plus important qu’une nouvelle carte mémoire pour vous aider à faire de meilleures photos …
Si vous êtes dans ce cas, alors procurez-vous le livre, posez le près de vous, laissez-le respirer (ce qui au passage lui permettra de ne plus dégager cette odeur entêtante de papier et d’encre) et ouvrez quelques pages au hasard chaque jour. Vous allez découvrir un univers qui peut vous paraître étonnant mais qui est pourtant le nôtre, en 2019 comme depuis quarante ans. Rien n’a changé.
Parce que je n’ai pas prétention à être critique d’art, je préfère vous laisser avec cet extrait de la présentation par l’éditeur, il décrit très bien ce que je ressens après avoir parcouru ce livre depuis plusieurs jours.
Photo (C) Miguel Rio Branco – Editions Taschen
« Les images sont impeccablement réalisées, mais ne sont pas toujours jolies. Rio Branco ne s’intéresse pas à la facette historique et publicitaire des villes, aux horizons dessinés par les gratte-ciel ou aux rêves de gloire qu’elles attisent.
Au lieu de cela, il tourne son objectif vers le rebut et la marge de la ville, ce qu’elle a recraché, ceux qu’elle a exclus et déçus.
Contrastées, dépouillées ou empreintes de douceur, ses impressions urbaines sont peuplées de gens à la rue, de mendiants, de prostituées, de chiens errants, de carcasses de voitures et de verre brisé. »