Photo urbaine et architecture avec Eric Forey, photographe professionnel
La première fois que j’ai rencontré Eric Forey, c’était au salon de la photo. Déjà une interview sur le stand Nikon Passion, à l’occasion de la sortie de son livre sur les séries photo (Serial Photographer). J’avoue avoir été séduit par le personnage (si si Eric !!), sa générosité, sa sincérité, son franc parler aussi.
Nous avons des pratiques proches en photographie, intéressés tous les deux par la ville. J’échange régulièrement avec Eric, étudie ses photos (et lui pique des idées, ben oui …), il reste une de mes sources d’inspiration (flatterie quand tu nous tiens …). Alors quand est venue l’idée de publier une série d’interviews de photographes pros et passionnés, son nom est apparu très vite dans ma liste. Quelques jours plus tard je recevais ces mots et ces photos que je vous partage bien volontiers.
Pour commencer, peux-tu te présenter : quelle est ton activité en photographie et à qui tu t’adresses ?
J’ai 55 ans je fais de la photo depuis 45 ans, je suis professionnel dans ce domaine depuis 2007.
Mon activité aujourd’hui tourne autour du partage de ma passion pour la photo en milieu urbain. Souvent les photographes sont effrayés par ce milieu alors que nous y passons tous plus ou moins de temps un jour ou l’autre, je me suis donc fixé pour mission (ahaha quelle prétention…) de faire partager ce plaisir pour ce type de photo, par :
le partage de ma production photographique sur les réseaux sociaux ou en exposition,
l’écriture de livres aux éditions Eyrolles,
l’animation de conférences auprès de clubs photo par exemple
mais aussi et surtout par l’animation d’ateliers, de stages et de voyages centrés sur la photographie urbaine.
En 2023 il y au programme La Grande Motte, Le Havre, Lyon (ma ville), Paris, Berlin, Londres, Bordeaux, Rennes…
J’ai la chance aussi d’avoir écrit l’un des très rares livres sur les séries photographiques (pas seulement de photos urbaines), et j’anime donc des ateliers sur cette problématique.
Comment t’es venu cet intérêt pour la photo urbaine et l’architecture (mais pas que, je sais …) ?
Mon père était un fou de photographie et m’a offert pour mes 10 ans mon premier appareil reflex et comme nous habitions en ville, et bien ce fut forcément mon premier terrain de jeu. Et il se trouve, coup de bol, que j’adore la ville, j’ai donc continué.
J’aime les villes comme certains aiment les humains, j’aime leurs personnalités multiples, leurs lumières, leurs sons, leurs bons et leurs mauvais côtés. J’aime les mettre en valeur. J’aime essayer de montrer qu’avec un œil un peu différent on peut rendre beau le moche.
Pour moi un bâtiment n’est jamais qu’un simple amas de béton, c’est toujours le résultat du travail de nombreuses personnes, de l’architecte au peintre, du gars qui bosse dans l’usine de fenêtres à celui qui a planté l’arbre dont est issue la porte d’entrée.
Photographier l’architecture c’est parler de tous ces gens-là (tout au moins pour moi).
photo (C) Eric Forey
Quelle différence fais-tu entre photo urbaine et photo de rue ? C’est confus pour beaucoup de photographes amateurs.
Pour moi, la classification serait plutôt comme ça :
La photo d’architecture est celle qui se concentre quasi exclusivement sur les constructions . Ce qui sous-entend que la campagne peut aussi être un terrain de jeu pour ce type de photo.
Un pont, un hangar, ou un château d’eau ne sont pas forcément en ville, même si bien sûr la ville reste le domaine privilégié.
La photo de rue, c’est capturer un instant de vie avec des êtres vivants, couper un petit morceau d’histoire pour lui offrir un temps de vie long. On peut chercher le moment drôle, l’esthétique d’un lieu magnifié par l’humain, les interactions entre humains et animaux etc etc.
La photo urbaine, c’est tout ce qui peut être pris dans une ville. Cela regroupe bien sûr la street et l’archi, mais aussi le paysage urbain, l’abstrait, le graphisme (j’anime d’ailleurs deux formations sur cette thématique à l’automne 2023), l’animalier, le conceptuel etc. Le point commun est le territoire urbain.
Comment prépares-tu une sortie photo ? Est-ce que tu sors avec une idée ?
Ce que j’explique dans mon dernier bouquin chez Eyrolles « les secrets du city trip photo » est valable que ce soit pour une sortie de courte durée ou pour un séjour un peu plus long dans une ville. Il faut un mélange des deux.
Il faut sortir avec une envie (la photo sans intention ce n’est pas terrible) mais rester ouvert à l’imprévu.
Trop cadré, on risque de s’ennuyer, trop libre on risque de se disperser.
L’intention, quelle qu’elle soit, reste le déclencheur. Ça peut être l’envie de découvrir un nouveau lieu ou d’aller épuiser les ressources d’un endroit bien connu, un sentiment particulier, des conditions météo spéciales, à chacun son intention.
Pour la préparation c’est très variable, sur un week-end dans une ville inconnue, oui je prépare pour ne pas perdre de temps, dans des endroits connus je peux partir sans vraiment préparer, juste mené par une envie ou un état d’âme.
Quand je travaille sur une série, l’idée peut être très très précise de temps en temps.
Comment se déroule une sortie photo ? Il n’y a rien de véritablement écrit, c’est selon le lieu, l’humeur, la fatigue. Pas de schéma vraiment établi.
photo (C) Eric Forey
Comment trouves-tu l’inspiration ?
L’inspiration peut venir du lieu en lui-même, mais aussi du travail en série.
Je m’inspire beaucoup de littérature, de peinture, j’ai de nombreux points d’intérêts non forcément liés à la photo mais qui me nourrissent en permanence.
Parfois quand je n’arrive plus à me nourrir de tout ceci par manque de temps, je stoppe quelque temps les prises de vues pour retrouver de la matière pour m’exprimer.
Qu’est-ce qui est important pour toi dans le rendu final de tes photos ? Une impression ? Un style ? Une ambiance ?
Que ça corresponde à ce que j’ai vu lors de la prise de vue.
Mais aussi essayer de traduire ce que je ressentais à ce moment-là. Je sais que ce discours peut paraître bizarre pour un photographe qui fait de l’archi, mais je me sers de l’archi pour parler de moi. Et parfois cela parle à d’autres ou cela peut leur parler d’eux aussi.
photo (C) Eric Forey
As-tu déjà utilisé ta pratique de la photo urbaine à la campagne ? Si oui, est-ce que cela a été facile ? En quoi était-ce différent (dans l’exercice même) ?
Ce n’est pas vraiment différent, c’est juste la quantité de choses à photographier qui est différente.
Alors soyons clairs, en rase campagne je pratique plutôt le paysage, mais dès qu’une construction pointe le bout de son nez on peut se lâcher…
Les villages sont une source forte aussi. La photo urbaine n’est pas obligée de s’intéresser seulement au moderne. J’ai par exemple ma série sur les anciennes boutiques qui est composée aussi bien de photos prises en ville que dans des villages.
As-tu une anecdote croustillante/drôle de photographe à citer ?
Pas d’anecdote particulière mais je prends toujours beaucoup de plaisir, lorsque je prends des choses inhabituelles ou dans une position un peu extravagante, à regarder trébucher les gens qui essayent de regarder et comprendre ce que je prends en photo.
C’était un grand plaisir de mes enfants quand ils étaient petits d’observer ce spectacle et je dois avouer m’être quelques fois organisé pour que cela arrive presque à coup sûr.
Parle-nous de tes projets personnels et de ton actualité, quels sont-ils ? Comment tu y travailles ? Un projet de livre je crois savoir …
Je commence déjà à réfléchir à mon programme d’ateliers et formations de 2024.
J’aimerais pouvoir proposer la formation sur les séries photos ailleurs qu’à Lyon ou Arles.
Pour la photographie urbaine j’aimerais aussi aborder de nouvelles villes telles que Strasbourg ou Toulouse. Il faut que je trouve un peu de temps pour me rendre sur place et préparer ça.
Pour les voyages, je renouvellerai Berlin (qui est déjà complet), sûrement Londres. Je voudrais aussi imaginer d’autres villes, Barcelone, Valence, Bilbao, Rotterdam… Là aussi, il va me falloir trouver un peu de temps pour préparer cela. Tout ne sera pas mis en place tout de suite mais je vais m’y atteler.
Je suis aussi et surtout en train de travailler sur un nouveau livre chez Eyrolles qui devrait sortir avant le prochain salon de la photo de Paris. Ce ne sera pas un livre sur la photo animalière, il devrait plutôt parler de choses construites…
photo (C) Eric Forey
Pour finir, où peut-on te trouver pour en savoir plus sur toi ? Site web ? Réseau social ? Lieu ?
52 défis photo de paysage, des exercices pratiques pour apprendre la photo de paysage
Vous pouvez suivre des vidéos pendant des heures, lire des dizaines d’articles sur la photo de paysage, si vous ne pratiquez jamais, vous ne progresserez jamais. Pour pratiquer, il faut sortir votre matériel photo et l’utiliser. Si vous ne savez pas par quel bout commencer, comment photographier les paysages, quels types de paysages et de vues privilégier, voici comment « 52 défis photo de paysage » va vous aider.
Plusieurs types de livres existent pour apprendre la photo. Certains sont des références encyclopédiques, d’autres des recueils de réglages techniques, d’autres encore des listes d’exercices concrets. C’est de cette dernière catégorie dont il s’agit avec « 52 défis, photo de paysage ».
En effet, vous ne savez pas toujours par quel bout prendre un domaine photographique particulier, comme la photographie de paysage ici. Vous ne trouvez pas le temps, vous ne maîtrisez pas la difficulté de certaines prises de vue. Vous ne cherchez pas la variété non plus (la prise de vue ne suffit pas à faire une bonne photo de paysage). Or il n’y a qu’en pratiquant, en allant sur le terrain le plus souvent possible, que vous progresserez.
Pour vous aider, cette collection éditée par les éditions Eyrolles vous propose de relever des défis : plutôt que de faire des photos sans trop savoir ni pourquoi, ni comment, vous choisissez un défi – un exercice – et vous le réalisez.
Vous pouvez reproduire aussi souvent que vous le souhaitez un des défis, en délaisser certains si votre environnement ne s’y prête pas, en mixer plusieurs pour faire du sur-mesure.
Chaque exercice photo – défi – se présente sous la forme d’une double page détaillant le contexte et ce que vous devez réaliser. Un encart « astuces » vous livre les secrets des photographes pros dans cette situation, tandis qu’une photo finalisée illustre le défi. Des notes de terrain complètent l’ensemble.
Plusieurs défis plus complexes sont présentés sous forme d’une suite d’étapes, ce sera d’autant plus simple à suivre pour vous.
Mon avis sur ce livre sur la photographie de paysage
Ceux qui me connaissent bien le savent, je suis un adepte de la pratique quotidienne. Rien ne remplace l’expérience acquise sur le terrain, qui vient compléter le savoir théorique et artistique que vous pouvez acquérir par ailleurs.
Toutefois, le photographe amateur fait souvent face à une impasse lorsqu’il s’agit de passer à l’acte : il ne sait pas comment améliorer ses photos, ce qu’il pourrait faire et obtenir dans une situation donnée. Il manque d’inspiration et de motivation.
Ce livre répond en bonne partie à ces attentes. Il vous explique ce que vous allez devoir, faire, pourquoi, comment, dans quel type de lieu et quels sont les réglages et astuces à connaître avant de finaliser vos images.
Étudiez ce livre avant de partir faire vos photos. Choisissez quels défis vous pouvez ou voulez relever. Faites une copie de la double page au besoin, ou, mieux, prenez des notes personnelles. Et lancez-vous !
Vous allez vite réaliser qu’en adoptant une démarche réfléchie, vous progresserez bien plus vite.
Je ne peux que vous inciter à vous lancer, à adopter une telle démarche, et j’ai trouvé ce livre très bien fait pour vous aider à passer ce cap. Le petit format est pratique pour glisser le livre dans votre sac photo, le tarif de 12,90 euros très contenu, l’ensemble est joliment illustré et plein de bonnes idées.
De plus, les photos ainsi réalisées vous permettront de créer de jolies séries que vous serez fier(e) de montrer. N’est-ce pas le plus gratifiant au final ?
Vous aimeriez faire de meilleures photos en ville ? Documenter votre quotidien lorsque vous parcourez les rues de votre commune ? Les gens, les transports, l’architecture ? C’est ce que je fais chaque jour, je partage ma pratique et quelques conseils avec vous.
Faire de meilleures photos en ville, votre environnement quotidien
La meilleure façon d’apprendre à faire de meilleures photos en ville c’est … de faire des photos ! Cela peut vous paraître trivial mais plus vous pratiquez, plus vous progressez.
Les occasions de photographier en ville ne manquent pas, mais souvent vous éprouvez de la retenue à le faire. Peur d’être vu, interpellé, peur d’enfreindre le droit à l’image, … Les obstacles sont plus à chercher en vous qu’ailleurs.
Pourtant photographier la ville, sa commune, c’est l’occasion de faire des photos tous les jours, surtout lorsque vous ne pouvez pas voyager. Les sujets ne manquent pas, vous pouvez vous intéresser aux gens, aux transports, à l’architecture, au Street Art, à la nature urbaine, aux évènements locaux …
La ville est un formidable terrain de jeu pour le photographe, d’autant plus intéressant que cela vous permet de développer une pratique que vous pourrez mettre en œuvre lors d’un prochain voyage, tel que le présente Eric Forey dans City Trip par exemple.
Je vous livre une série de conseils dans la vidéo ci-dessous, retrouvez-en le détail plus bas :
Cadrez serré
Un des principaux problèmes que vous rencontrez en ville, c’est le « bruit » qui entre dans votre composition : les voitures, les camions, les poubelles … ne sont pas du meilleur effet et nuisent à la qualité de vos photos.
Cherchez des sujets intéressants et approchez vous. Cadrez plus serré. Inutile de disposer d’un téléobjectif pour cela, bougez autour du sujet pour isoler un élément particulier du décor.
En utilisant un 50 mm vous pourrez cadrer sans que les perturbations visuelles autour de votre sujet n’envahissent vos photos.
Changez d’angle
Vous avez pris l’habitude de déclencher toujours à la même hauteur ? Faites le test : changez de position, baissez-vous, levez les bras, allongez-vous par terre. L’écran inclinable de votre appareil photo est un atout, utilisez-le !
Vous allez très vite découvrir des cadrages intéressants et faire des photos que vous n’imaginiez pas. Pourquoi pas utiliser une focale très large si certains lieux s’y prêtent ?
Jouez le graphisme urbain
Cherchez les éléments graphiques dans votre environnement urbain. Quelle que soit la taille de la ville dans laquelle vous habitez, il y a forcément des droites, des courbes, des pylônes, des grilles, des éléments de contraste (les passages piétons par exemple) qui méritent votre attention.
Concentrez-vous sur ces éléments et oubliez le reste. Vous allez pouvoir créer des photos originales, qui montreront ce que d’autres ne voient pas. Parce que vous avez pris le temps de chercher, d’ouvrir les yeux. Je vous invite à découvrir le grand livre de la photo urbaine pour trouver des idées.
Et maintenant … action, la photo en ville vous attend !
En appliquant les conseils ci-dessus vous allez très vite faire de meilleures photos en ville. Vous prendrez plus de plaisir à sortir avec votre matériel souvent, sans avoir à partir à l’autre bout du monde.
Pour en savoir plus sur cette pratique, je vous invite à lire ma Lettre photo chaque semaine. J’y partage des pratiques, des conseils, une vision qui peut vous aider à passer un cap en photo. Vous pouvez vous inscrire ici :
Intelligence Artificielle et traitement de l’image en photographie
La fin de l’année a été riche en annonces chez les éditeurs de logiciels photos. Toutes ont en commun d’avoir été plus ou moins discrètement taguées « Intelligence Artificielle », à mi-chemin entre l’univers dystopique de la série Black Mirror et la promesse de nous libérer du temps pour plus de créativité.
Intelligence Artificielle et traitement de l’image en photographie, qu’en est-il vraiment, menons l’enquête.
Cet article vous est proposé par Jacques Croizer. Déjà à l’origine de plusieurs articles sur Nikon Passion dont un sur l’IA pour les photographes, Jacques Croizer est surtout l’auteur d’un guide qui simplifie la technique photo au profit du plaisir de photographier, « Tous photographes, 58 leçons pour réussir vos photos« .
Intelligence artificielle et traitement de l’image (IA)
En poussant un peu loin le bouchon (de l’objectif), nous pourrions dire que le rêve de Leibniz est l’acte fondateur de l’intelligence artificielle : toute idée complexe peut être décomposée en idées plus simples, jusqu’à aboutir à une combinaison d’idées axiomatiques. (De Arte combinatoria – Leibniz 1666).
C’est plus sérieusement dans les années 50 qu’émerge l’idée qu’une machine puisse être capable de réaliser une tâche relevant jusqu’ici de l’intelligence humaine, par exemple tenir une conversation (test de Turing). Mais le chemin est long du projet à la chose.
Si une intelligence artificielle sait traduire d’une manière plus ou moins compréhensible la plupart des écrits de l’humanité, elle est encore très loin de pouvoir les résumer correctement, sans parler d’y ajouter la moindre page. L’intelligence humaine reste le carburant dont elle ne peut se passer. C’est sans doute pourquoi certains experts préfèrent parler d’intelligence augmentée que d’intelligence artificielle, remettant ainsi l’humain au cœur du processus de création.
Intelligence artificielle et création d’image
Qu’en est-il de l’image ? Un logiciel peut très facilement produire en quelques clics une illustration abstraite, mais imaginez-vous votre ordinateur capable de dessiner, ex nihilo, ne serait-ce que l’ébauche d’un portrait ?
Vraisemblablement oui, à en croire celui présenté à droite dans l’illustration ci-dessous… mais à vrai dire, ce visage n’est pas sorti de nulle part : le collectif Obvious, à l’origine de ce travail, a entraîné un algorithme à peindre, en utilisant pour base de connaissances une collection de portraits classiques, réalisés entre le XIVème et le XIXème siècle.
Edmond De Belamy (C) Obvious Art
L’algorithme se compose de deux réseaux de neurones artificiels : un générateur (le peintre) et un discriminateur (le critique d’art).
A mesure qu’il s’entraine, le générateur crée des images de plus en plus réalistes. Le discriminateur sélectionne parmi les œuvres ainsi produites celles qu’on ne saurait attribuer ni à un humain, ni à une machine. Dans cette présélection, les auteurs du logiciel (de vrais humains !) ont finalement choisi onze tableaux, constituant la généalogie imaginaire de la famille Bellamy.
La technologie (DCGAN) à la base de cet exploit est l’un des développements les plus récents de ce qu’il est convenu d’appeler « l’apprentissage profond » ou « deep learning » (à la base de la réduction de bruit DeepPRIME de DxO Photolab 4, voir plus bas).
Dans la phase d’apprentissage, le générateur est présumé pouvoir extraire de l’ensemble des œuvres qu’on lui a données à digérer une grammaire suffisante pour qu’il puisse à son tour créer de manière autonome de nouvelles toiles.
Le photographe passionné que vous êtes s’étonnera sans doute que cette grammaire ait pu si délibérément ignorer les règles basiques de composition : le personnage est placé très haut dans le cadre ! Peut-être est-ce lié au fait que les réseaux de neurones convolutifs du générateur analysent l’image en la découpant en fragments qui se chevauchent, donc sans jamais en avoir une vision globale ?
On préfèrera retenir que l’algorithme aurait pu tout aussi bien dessiner un mouton, une chaise ou une locomotive, ou tout simplement n’imprimer qu’une grosse tache multicolore. Il a pourtant bel et bien réalisé le portrait d’une personne qui n’existe pas ! C’est là l’exceptionnelle performance du procédé.
Pour la petite histoire, sachez que cette œuvre a été adjugée pour la modique somme de 432.500 $ ! Une question en passant : qui est l’auteur du tableau ? Le collectif qui a créé l’algorithme ou l’algorithme lui-même ? Ce dernier est-il seulement capable d’intention ?
IA et développement du fichier RAW
Exceptée la précédente expérimentation, la création d’image reste encore l’apanage des peintres et photographes. Les premiers interprètent à leur guise la réalité, tandis que les seconds, du moins dans leur rôle de témoin de notre temps, essaient de la retranscrire aussi fidèlement que possible.
Nos boîtiers ne fournissent malheureusement souvent que des images imparfaites. L’étape de développement du fichier RAW, à l’aide d’un logiciel spécialisé, est incontournable à qui veut magnifier sa production.
Bien qu’utilisant au maximum les Picture control (chez Nikon) à la prise de vue afin d’optimiser le développement de leurs fichiers RAW, beaucoup de photographes trouvent encore cette phase de travail trop chronophage. Où est le temps où ils se contentaient de prendre la photo, le tireur se chargeant ensuite de la retranscrire au mieux sur le papier ?
Si au moins leur logiciel de développement préféré était capable de restituer en un seul clic la réalité, libre à eux de tirer ensuite sur les curseurs pour aboutir à une version plus personnelle. Les photographes ne demandent pas à l’IA de créer une image, mais seulement de l’améliorer … automatiquement ! Facile ?
L’apprentissage profond (deep learning) sait se rendre utile sur des créneaux bien délimités : le service de généalogie myheritage propose par exemple un utilitaire de colorisation automatique de vos anciennes photos. D’après les indications du site « le modèle a été formé à l’aide de millions de vraies photos et a développé une compréhension de notre monde et de ses couleurs ». Le résultat, proche des cartes postales aux couleurs fanées de l’ancien temps, est impressionnant.
La piste est prometteuse, mais pour développer n’importe quel fichier RAW, une telle intelligence devrait au préalable être entraînée sur une très grande variété d’images parfaitement traitées, en se référant à une réalité qui n’est tout simplement pas mesurable. En l’absence de données d’apprentissage, il est clair que le deep learning ne nous sera d’aucun secours.
Les logiciels de post traitement utilisent donc des techniques d’intelligence artificielle qui ont fait leurs preuves depuis bien des années : comparez les résultats des corrections automatiques (tonalité, contraste et couleur) de la version actuelle de Photoshop CC avec ceux d’une version vieille de 10 ans : les différences sont marginales.
Ces traitements sont basés sur les statistiques élémentaires de l’image, en particulier sur les histogrammes de ses différentes couches. Les améliorations apportées à la plage tonale de l’image se font sans aucune contextualisation. C’est sans doute parce que le jeu n’en vaut plus la chandelle : les résultats obtenus sont suffisamment convaincants, en témoigne l’avant/après présenté ci-dessous.
Yéyette (f/5.6 à 1/250 s) photo (C) Philou
Mission accomplie aurions-nous tendance à penser… seulement voilà, la justesse de la correction dépend beaucoup des spécificités de la photo d’origine. En particulier, le traitement automatique des couleurs relève encore trop aujourd’hui de la loterie, lorsque la prise de vue s’éloigne un peu des standards.
Quoiqu’il en soit, il n’y a pas de quoi fouetter un chat, comme le disait Yéyette, ni bien sûr de quoi faire apparaitre si soudainement le tag « intelligence artificielle » dans les arguments de vente de ces logiciels. Alors ?
IA et post traitement spécifique
Nous avons vu que les réseaux de neurones convolutifs ont encore un peu de mal à générer une image complexe. Ils sont par contre passés maîtres dans l’art de les classer.
L’exemple du Challenge ILSVRC est parlant. Les logiciels participants au challenge sont entraînés en mode supervisé sur une base d’apprentissage de 1.200.000 illustrations labellisées : parmi 1.000 références possibles, on indique pour chaque image le sujet qu’elle contient, avion, voiture, personne, etc. Les logiciels doivent ensuite reconnaitre ces objets dans 50.000 images qu’ils n’ont jamais vues auparavant.
En 2010, le taux d’erreur était de 28 % : une image sur 4 était mal reconnue. Les progrès du deep learning ont été si rapides qu’en 2015, le taux d’erreur de l’algorithme avait chuté en dessous de celui obtenu par des humains (< 5%). Relativisons toutefois la performance : nous sommes capables de reconnaitre bien plus que 1.000 catégories d’objets !
Une fois encore, il suffit de réduire le périmètre d’apprentissage à un contexte particulier pour obtenir des performances pour le moins bluffantes. L’application Plantnet est ainsi capable de reconnaitre une plante parmi près de 30.000 espèces, après que vous l’ayez simplement photographiée avec votre smartphone. Qui dit mieux ?
Cyclamen (f/3.5 à 1/320 s – 105 mm Nikon) photo (C) J. Croizer
Luminar AI (Artificial Intelligence) s’auto décrit comme étant « le premier logiciel de retouche photo entièrement optimisé par intelligence artificielle ». Il utilise cette faculté de classification automatique pour proposer des traitements adaptés à chaque sujet.
Par exemple, le logiciel identifie automatiquement la photo ci-dessous comme étant celle d’un paysage. A partir de son fichier RAW un peu tristounet, il suggère plusieurs développements. Le module « correction rapide » délivre une image très réaliste. Le module « coucher de soleil » éclaircit l’image et en renforce les teintes chaudes. Le module « chutes de neige » fait ressortir la texture de la neige et la blanchit.
Jura (f/5.6 à 1/40 s) photo (C) J. Croizer
de gauche à droite et de haut en bas : photo originale – correction rapide – coucher de soleil – chutes de neige
Ces modules agissent comme des modèles (effets prédéfinis) spécialisés. Certains donnent parfois des résultats un peu ésotériques, mais l’utilitaire d’édition permet de revenir finement sur les réglages en agissant sur les curseurs habituels (température de couleur, exposition, contraste, …) ou en jouant sur des notions plus contextuelles (brume, heure dorée, …). Lorsque le logiciel détecte que la photo est un portrait, il modifie ses propositions : Fashionista, Sublime, Rembrand… les styles prédéfinis (aux noms français parfois folkloriques…) ne manquent pas.
Plus intéressant, le module FaceAI détecte automatiquement le visage, en isole les yeux, les dents, les lèvres, la peau, et propose pour chaque partie des traitements adaptés. C’est sur ces aspects que le logiciel fera gagner le plus de temps, puisqu’il évite d’avoir à faire de fastidieuses sélections de zones. Notons qu’une fois classée l’image ou isolés certains de ces éléments, on retrouve dans l’utilitaire d’édition les techniques implémentées depuis déjà longtemps dans ce type de logiciel, ce qui n’enlève rien à ses qualités.
Pour aller plus loin dans l’analyse, il faudrait connaitre plus précisément les algorithmes de machine learning utilisés. Les éditeurs en gardent jalousement les secrets en ne communiquant que sur les résultats… et c’est bien naturel ! La mécanique mise en œuvre par l’étonnant outil « remplissage d’après le contenu » de Photoshop CC risque d’attiser longtemps la curiosité des développeurs.
Un bruit qui court
L’intelligence artificielle était donc finalement déjà présente depuis longtemps dans nos logiciels de post traitement, mais elle ne disait pas son nom. Ses derniers développements ont permis de proposer de nouvelles fonctionnalités spectaculaires, sans pour autant vraiment optimiser le temps de traitement des fichiers RAW. La quête de l’outil idéal risque d’être encore longue, mais ne boudons pas notre plaisir : si l’assistance à la conduite n’est pas la conduite autonome, elle procure néanmoins un confort d’utilisation très appréciable. A nous de débusquer dans toutes ses innovations celles qui nous seront vraiment utiles.
Prenons l’exemple d’un photographe qui travaillerait beaucoup avec des sensibilités élevées. Il ne pourra qu’être séduit par la dernière version du logiciel DxO Photolab 4. Depuis 2003, cette société teste des boitiers en photographiant dans son laboratoire des mires calibrées. Ces clichés, réalisés pas à pas sur toute la gamme de sensibilités du boitier, ont été conservés depuis l’origine, constituant un remarquable corpus d’apprentissage. Il a été mis à profit pour entrainer un module capable de réaliser simultanément le dématriçage et le débruitage des fichiers RAW pris en charge.
Les étonnantes capacités des réseaux de neurones convolutifs ont permis d’atteindre des résultats exceptionnels. Rappelons toutefois que ces puissants outils n’ont rien de la baguette magique d’Harry Potter. Mal entraînés, ils peuvent rapidement faire fausse route. L’erreur la plus fréquente est le surapprentissage : l’algorithme fonctionne parfaitement sur les images qui lui ont permis d’apprendre (c’est la moindre des choses !) mais il disjoncte dès qu’on lui présente une nouvelle image.
S’il est vrai que le fonctionnement des réseaux de neurones est comparable à celui de notre cerveau, il ne faut y voir qu’une mécanique en attente de l’artiste qui saura en agencer les couches et en régler les hyperparamètres, sous peine d’obtenir des résultats très aléatoires. Coup de chapeau donc aux analystes de données qui ont travaillé sur Photolab 4 pour nous proposer un résultat aussi abouti.
Plus que des mots, un exemple d’utilisation de la technologie DeepPrime de Photolab 4 devrait vous convaincre de ses capacités. La photo ci-dessous a été prise en 2006 au format RAW avec un Nikon D70, premier reflex numérique grand public de Nikon. Son logiciel de dématriçage était à l’époque « Capture NX2 ». Pour les besoins du test comparatif, le fichier a successivement été traité avec NX2 V2, puis Photolab 4. 12 années séparent ces deux logiciels.
Les 7 péchés capitaux (f/2.8 à 1/80 s) photo (C) J. Croizer
Dans la version Photolab, les teintes sont plus nuancées. Elles sont aussi plus détaillées dans les zones les plus saturées. Le bruit est très fortement atténué, sans pour autant lisser l’image. Voilà de quoi repousser les limites de nos appareils.
L’Intelligence artificielle en traitement d’image et photographie : en conclusion
Si l’intelligence artificielle est encore beaucoup utilisée comme un argument commercial, il apparait néanmoins que les avancées sont réelles dans les logiciels de post traitement.
Vous doutiez encore de l’utilité des fichiers RAW ? Souvenez-vous qu’on y enregistre une seule donnée : la vérité, autrement dit la lumière renvoyée par la scène originale.
Nul doute que dans quelques années, vos logiciels préférés auront encore fait des progrès très impressionnants dans l’exploitation de cette information et qu’ils seront capables de magnifier vos archives. Alors surtout… gardez précieusement vos vieux RAW !
Encore un livre sur la photo urbaine ? Oui. À la différence qu’il s’agit ici de découvrir quelles sont les différentes pratiques photo en ville, qu’il n’est pas question « que » de photo de rue et que Tim Cornbill, l’auteur, vous invite à découvrir la ville comme vous ne l’avez peut-être jamais vue.
Le grand livre de la photo urbaine : motivation et inspiration avant tout
Vous vous dites peut-être que faire de la photo urbaine, c’est faire de la photo de rue. Photographier les gens, la vie, ce qu’il se passe sur le trottoir devant vous. C’est faux.
La photographie urbaine, c’est bien plus que cela. C’est la photo de rue, bien sûr, mais aussi le portrait urbain, le paysage urbain, l’architecture ou la photo de nuit.
« Un même lieu offre de multiples possibilités en fonction du regard que vous portez dessus, du cadrage que vous choisissez, de l’heure de la journée ou encore des conditions météorologiques. »
Plus que de ville, je préfère d’ailleurs parler de territoire urbain. Pour être moi-même photographe urbain, je définis ce territoire comme un terrain de jeux pour le photographe, dans lequel tout vous est permis.
Vous n’êtes pas à l’aise pour aborder les gens dans la rue, les photographier, tout ce qui fait la Street photographie ? Pourquoi ne pas vous intéresser alors au paysage urbain ? L’architecture, le graphisme, les lumières, les décors. Autant de sujets que la pratique de la photo urbaine vous offre, qui vont vous aider à développer votre regard et votre démarche créative, sans jamais devoir aborder les gens.
Comme l’explique Tim Cornbill, un photographe anglais, la photo urbaine peut aussi être l’occasion de photographier la ville pour ce qu’elle est. Berlin, Barcelone, New York, mais aussi Paris, Lyon ou Marseille plus proches de nous sont autant de villes qui méritent que vous les parcouriez pour les immortaliser à votre façon. Vous allez découvrir page 46 et suivantes comment l’auteur a photographié chacune de ces villes. Ces projets sont tous différents bien que tous soient des projets de photo urbaine. J’avoue que j’aurais apprécié de voir plus de photos de chacune des villes citées. J’ai un faible pour la démonstration par l’exemple, surtout en photos urbaine.
La nuit tombe ? Tant mieux ! « c’est beau une ville la nuit » ! C’est le moment que je préfère, et que vous aimerez aussi lorsque vous aurez découvert ce que vous pouvez photographier quand la ville change d’aspect. Découvrez alors cette autre facette de la photographie urbaine.
Qu’allez-vous apprendre avec ce livre ?
[su_frame][/su_frame]Dans le grand livre de la photo urbaine, Tim Cornbill vous invite à profiter du territoire urbain pour développer votre démarche créative : la ville et ses décors vous offrent une infinie possibilité de projets, de l’architecture et ses compositions aux « citoyens de la ville » en passant par le paysage urbain et la ville à la nuit tombée. Comment faire ? C’est l’objet de chacun des chapitres.
Dans le premier, vous apprendrez à choisir votre équipement, et à le régler en fonction de la situation. Le chapitre suivant vous permettra de bien vous préparer pour vos séances de photo urbaine. C’est important car lorsque vous êtes en action, il est trop tard pour changer d’horaire ou aller chercher ce que vous avez oublié.
Posez vous donc avant les bonnes questions : quelles sont les conditions idéales ? Quelle est la météo ? Quelles autorisations obtenir le cas échéant ?
Vous êtes plus attiré par l’architecture et le graphisme ? Lisez la page 64 et suivantes pour comprendre comment photographier les bâtiments, les jardins, les parcs, les quartiers, quelle vision avoir. Vous vous mettrez dans la peau de l’architecte.
Si c’est la photo de rue qui vous intéresse, allez page 86 pour découvrir le « kit de rue idéal », les bons réglages et comment saisir l’instant. Vous suivrez ainsi les pas d’Henri Cartier-Bresson comme de Martin Parr dans un style très différent (plusieurs encarts « photographes » complètent les propos de l’auteur tout au long du livre).
Je parle souvent de paysage urbain lorsque je publie mes photos, c’est ce que vous découvrirez page 108 et suivantes : comment profiter d’un point de vue élevé pour faire des photos urbaines, comment jouer avec des horizons dramatiques quand la météo s’y prête.
Les amoureux de photographie nocturne se plairont à étudier la page 128 et suivantes. Il sera alors question de lumières, de traînées, d’astrophotographie même.
Enfin, parce que la photo urbaine ne s’arrête pas à la prise de vue, vous apprendrez à traiter vos fichiers RAW pour donner à vos photos le rendu qu’elles méritent, vous découvrirez quelles sont les retouches fines à appliquer.
Dans le dernier chapitre, l’auteur vous invite à partager vos photos. Découvrez comment le faire sur les réseaux sociaux ou sur votre site Web, comment participer à des concours. Vous retiendrez de ces quelques pages qu’il est plus important de partager vos photos urbaines pour apprendre et progresser que pour attirer à vous des milliers de fans. Inutile de vous dire que je partage cet avis.
Mon avis sur le grand livre de la photo urbaine
J’avoue avoir un penchant pour les livres traitants de la photo urbaine parce que c’est ma pratique favorite. Qu’il s’agisse d’un guide pratique comme de beaux livres de photographie, je les étudie tous avec attention.
Ce grand livre de la photo urbaine se situe à mi-chemin : à la fois guide pratique (comme City Trip Photo d’Eric Forey) parce qu’il vous livre de nombreux conseils et vous permet de découvrir des pratiques spécifiques, il est aussi un beau livre de photographie richement illustré des photos de l’auteur comme de plusieurs photographes célèbres (découvrez aussi Maldicidade de Miguel Rio Branco dans un autre style).
Ces photos sont autant de source d’inspiration pour vous permettre de découvrir ce qu’il vous est possible de photographier en ville, quelles sont les bonnes pratiques, comment exprimer votre créativité, comment progresser.
Je reste toutefois sur ma faim. J’aurais aimé voir traités certains sujets plus en détail, avec de plus nombreuses informations pratiques. Inspiration et motivation oui, mais n’oublions pas la méthode lorsqu’il s’agit de présenter un domaine photographique aussi riche.
Ce livre s’adresse aux passionnés de photo urbaine qui pratiquent déjà, ils y découvriront de nouveaux horizons qu’ils prendront soin d’approfondir avec d’autres ouvrages et d’autres ressources, certaines sont citées page 182.
Ce livre s’adresse aussi aux plus novices qui souhaitent découvrir ce que le terme « photo urbaine » désigne et quels en sont les déclinaisons.
Proposé au tarif public de 29 euros, ce livre est un ouvrage d’initiation et de découverte, joliment illustré, avec une maquette et une présentation de belle qualité, une adaptation française bien réalisée, mais un peu trop disparate dans son organisation et manquant d’informations selon les sujets.
Joel Meyerowitz, une vision de la photographie : votre livre de chevet
Parmi les nombreux livres sur la photographie que je lis et commente, certains ont plus d’importance que d’autres pour développer votre pratique de la photographie. « Une vision de la photographie », l’adaptation française de l’ouvrage de Joel Meyerowitz qui accompagne sa Master Class, est devenu en quelques jours mon nouveau livre de chevet.
Voici pourquoi et ce qu’il peut vous apporter à vous aussi.
Une vision de la photographie, ou les principes fondateurs de la pratique photo
L’initiative Masters of Photography consiste en une plateforme de formation en anglais via laquelle vous pouvez suivre en ligne les enseignements des grands noms de la photographie.
Parmi eux, un des photographes de rue les plus connus, dont les photos ont fait l’objet de plus de 350 expositions dans les musées et galeries du monde entier, reconnu par ses pairs comme un des pionniers de la photographie en couleur, vous aurez reconnu Joel Meyerowitz (voir son site).
Afin de compléter l’offre de formation en ligne, l’équipe fondatrice de Masters Of Photography décline des ouvrages tirés des Master Class, des condensés de ce que chaque photographe présente dans sa Master Class.
La version originale du livre de Joel Meyerowitz accompagnant sa Master Class a été adaptée en français récemment par les éditions Eyrolles, et pour avoir eu vent du projet avant qu’il ne soit finalisé, je dois dire que j’étais emballé.
Une fois le livre sur mon bureau, il ne m’a fallu que quelques dizaines de minutes pour me l’approprier, en faire mon nouveau livre de chevet, que je traîne partout avec moi depuis.
Le titre original du livre, « How I make photographs » annonce la couleur (sans mauvais jeu de mot), c’est le léger regret que j’ai face à la version française dont le titre « Une vision de la photographie » est moins pertinent.
Plus qu’une vision, le terme cher à Michael Freeman, il s’agit bien ici de découvrir comment Joel Meyerowitz pense sa pratique photographique, comment il met en perspective les vingt principes qu’il présente dans la Master Class. Autant de notions très concrètes.
Si le contenu du livre est forcément moins complet que celui de la Master Class comptant elle cinq heures de leçons vidéo, il n’en reste pas moins que ce condensé d’informations est d’une pertinence rare.
Chaque principe fondateur de la démarche de Joel Meyerowitz fait l’objet d’un chapitre dédié, le livre comporte en outre 95 photos parmi les plus influentes extraites de l’auteur. Vous compléterez ce livre de « Rétrospection » pour découvrir l’oeuvre complète de l’auteur.
J’ai beaucoup apprécié la présentation de ces vingt principes : c’est simple, lisible par tout le monde, concret, et applicable immédiatement. Le livre ne coûte que 15,90 euros, autant dire rien pour ce que vous pouvez en retirer.
Joel Meyerowitz vous livre des conseils essentiels pour :
faire des photos au quotidien,
savoir comment mettre vos sujets à l’aise,
savoir choisir la focale qui convient à ce que vous voulez faire,
comment observer le monde qui vous entoure pour trouver l’inspiration nécessaire,
comment composer vos photos.
« Lorsque vous tenez un appareil photo, vous disposez d’un permis de voir. »
Attention : ne pensez pas qu’il vous suffit d’acheter le livre, de le lire à la va-vite et de retenir deux ou trois petites choses pour faire de meilleures photos. Vous seriez déçu et je m’en voudrais de vous avoir laissé penser que c’était aussi simple.
Prenez ce livre comme un cadeau que vous fait Meyerowitz qui partage de si belle façon sa démarche. Prenez le comme un carnet de bord que vous allez consulter souvent, sur lequel vous allez peut-être prendre des notes. Lisez une première fois chaque chapitre, c’est rapide. Revenez sur ceux qui vous parlent le plus. Approfondissez, prenez du recul pour comprendre ce que veut vraiment dire l’auteur, ne vous contentez pas de la surface, grattez.
Etudiez votre pratique, regardez vos photos, ressortez vos archives. Grâce au livre, vous allez trouver des réponses petit à petit. Joel Meyerowitz a mis 60 ans pour en arriver là où il en est, ne pensez pas que vous ferez le même parcours en 60 jours !
À qui s’adresse ce livre de Joel Meyerowitz ?
« Une vision de la photographie » s’adresse au photographe débutant qui pense que le choix du matériel prime sur la démarche personnelle. Il verra pourquoi ce n’est pas le cas.
Il s’adresse aussi à l’amateur de photographie qui veut aller plus loin, passer un cap dans sa pratique.
Il s’adresse à l’expert qui veut découvrir les secrets d’un pro, comprendre ce qui peut faire la différence.
Il s’adresse au professionnel qui souhaite comparer sa démarche à celle d’un des plus grands photographes, et réfléchir à sa pratique.
Il s’adresse enfin à … vous qui pourrez profiter de la passion et de l’enthousiasme communicatif de Meyerowitz, et ça, ça n’a pas de prix !
« La créativité ne peut ni s’enseigner ni s’apprendre ». C’est pour combattre cette idée reçue que le photographe américain Bruce Barnbaum a pensé le contenu de ce second ouvrage qui fait suite à « L’art du photographe ».
Je disais de son premier livre que « l’auteur utilise en permanence l’opposition entre technique et art pour nous montrer qu’au final ce n’est ni l’un ni l’autre qui sont importants, c’est ce que vous avez envie de représenter au travers de vos images ».
extrait de « L’essence de la photographie » de Bruce Barnbaum
Dans ce second ouvrage qu’il faut prendre comme une suite sans qu’il ne soit pour autant un tome 2, l’auteur vous incite à regarder, à développer une acuité visuelle, à définir votre approche. C’est l’indispensable travail sur votre style qui conditionne votre évolution et l’intérêt de vos photos.
Ce livre est conçu sur le même principe que le précédent, une réflexion menée par l’auteur, des photographies d’illustration, de nombreuses invitations à vous poser des questions sur votre démarche.
En substance le concept est proche de ce que vous pouvez trouver chez David duChemin avec « L’âme d’une image » ou Michael Freeman avec « L’œil du photographe ». Plus proche de nous, Denis Dubesset présente sa méthode aussi dans « Les secrets du style en photographie », un ouvrage plus concret par contre que ne le sont les précédents.
Bruce Barnbaum développe donc son approche créative dans ce livre, et vous présente les pistes à suivre pour mettre en place votre démarche bien à vous.
Résumer cette imposante masse d’informations en quelques lignes est un exercice complexe, et cela pourrait donner cette liste :
comment développer votre expression personnelle par le biais de la photographie,
comment utiliser la photographie comme un laboratoire de recherche visuelle,
qu’est-ce que l’exploration visuelle, l’expérimentation et comment atteindre la satisfaction personnelle,
comprendre et maîtriser l’instant photographique,
comment créer des images photographiques susceptibles de laisser une empreinte.
J’aime particulièrement cette dernière formulation plus que « comment faire une belle photo » ou autre « comment devenir un meilleur photographe ».
Attention, vous avez du travail !
extrait de « L’essence de la photographie » de Bruce Barnbaum
N’achetez pas ce livre si vous pensez qu’il suffit de le feuilleter pour faire des progrès. Ce n’est jamais le cas en règle générale avec un livre, ça ne l’est pas du tout avec celui-ci. Le propos de Bruce Barnbaum est simple, il répond à la question citée ci-dessus : oui, la créativité peut s’enseigner et s’apprendre, mais cela suppose de votre part un véritable travail personnel, sur la durée.
Soyez donc prêt à vous investir sans quoi vous perdrez les 27,95 euros que coûte ce livre.
A qui s’adresse » L’essence de la photographie » ?
Pas à tout les monde. Pas aux plus débutants.
Si vous cherchez un guide pratique pour maîtriser la photographie, passez votre chemin, orientez-vous plutôt vers « Mon cours de photographie en 20 semaines chrono », pour ne citer que celui-ci.
Ce livre s’adresse à vous si vous voyez quelque chose qui vous plait lorsque vous vous baladez, que vous voulez le capturer pour faire une « belle » photo, mais que le résultat ne vous satisfait pas.
Ce que Bruce Barnbaum va vous apprendre, c’est que cela n’a pas grand-chose à voir avec votre matériel photo, que vous ne pouvez pas non plus « réaliser des images uniquement pour des raisons matérielles, parce que celui-ci vous le permet ». Il va vous démontrer que la seule technique ne suffit pas à faire des photos qui vous plaisent, mais que la technique peut « servir de canal à votre expression ».
« Il n’y a rien de pire qu’une image nette d’un concept flou. »
Ansel Adams
Mon avis sur ce livre de Bruce Barnbaum
extrait de « L’essence de la photographie » de Bruce Barnbaum
Parmi les différents ouvrages que je commente, certains sont plus pertinents que d’autres lorsqu’il s’agit d’atteindre un niveau de satisfaction personnelle plus élevé en photographie.
Le terme « créativité » est au cœur du débat, et vous le retrouvez dans plusieurs ouvrages déjà présentés, ce n’est pas innocent puisque c’est ce qu’il vous faut développer pour atteindre votre but. C’est le plus difficile car l’expression artistique, c’est bien de cela dont il est question, n’est pas un domaine aussi rassurant et cartésien que ne l’est la technique photo.
C’est aussi, si vous vous prenez au jeu, le plus passionnant.
J’ai beaucoup aimé ce livre car il m’a fait me poser des questions sur ma pratique, que d’autres ouvrages n’ont pas susciter de la même façon. Rien que pour cela il mérite d’être découvert.
Feuilletez-le chez votre libraire car tant le style de l’auteur que ses photos sont importants pour comprendre dans quel domaine il évolue.
Retenez bien qu’il vous faut un certain degré de maturité en photographie pour aborder des ouvrages sur la créativité, et celui-ci en particulier, mais si vous avez atteint le stade où vous ne trouvez plus les réponses à vos questions, je ne peux que vous recommander cette lecture.
Comment gérer le mouvement en photographie : effet filé, pose longue, zooming, vitesses lentes, Light Painting …
L’effet filé et la pose longue en photo, vous connaissez ? Mais savez-vous ce que sont le zooming, le bougé intentionnel ou les ultra-hautes vitesses ? Dans « Les secrets du mouvement en photographie », Christophe Audebert vous présente plusieurs techniques pour gérer le mouvement en photographie.
Pour la plupart des débutants en photographie, la quête de la qualité technique est le seul objectif à atteindre. En passant au reflex ou à l’hybride, vous souhaitez faire de meilleures photos qu’avec un smartphone ou un compact.
Avec le temps, toutefois, vous réalisez que faire des photos techniquement bonnes est une chose, mais qu’il y a peut être d’autres pistes à explorer pour faire des photos plus créatives.
La créativité passe par bien des étapes, l’un d’entre elles consiste à découvrir des techniques avancées de prise de vue. La pose longue est un des premiers champs d’expérimentation. L’effet filé aussi pour la photo d’action.
Ces deux techniques consistent à gérer le mouvement, celui de l’eau par exemple en pose longue ou celui d’un véhicule avec l’effet filé.
Mais gérer le mouvement en photographie ne saurait se résumer à ces seules techniques.
Dans la première partie de ce guide, Christophe Audebert revient sur ce qu’est le mouvement, et sur les différentes façons de le figurer ou de le figer. Car c’est bien là le point essentiel : que souhaitez-vous montrer et comment ?
Si ta photo n’est pas nette, c’est que tu n’as pas réussi à figer correctement le mouvement !
Un libre détournement par l’auteur de la célèbre citation de Robert Capa pour illustrer ce que ce guide va vous apporter.
Comment photographier le mouvement, les différentes techniques
[su_frame][/su_frame]Pour gérer le mouvement en photographie, encore faut-il bien le comprendre. Tous les mouvements ne se ressemblent pas, la 2CV en pleine action de la page 2 ne se déplace pas comme les passants de Central Station à New-York en page 53.
En introduction, Christophe Audebert positionne le débat et vous donne les bases nécessaires pour passer à la suite.
J’ai apprécié le grand tableau en double page (24 et 25) qui résume ce qu’il vous faut savoir à défaut de tout retenir (faites une copie !).
Chacun des chapitres suivants présente une des techniques citées en introduction, depuis le filé dynamique jusqu’à l’utilisation des ultra hautes vitesses en open flash avec déclencheurs distants.
L’auteur a pris soin de présenter ces techniques de façon détaillée, avec leurs avantages et contraintes avant de vous fournir une liste de 6 à 8 étapes à suivre pour arriver à vos fins.
Cette approche très didactique peut sembler ne pas laisser beaucoup de place à l’improvisation, mais c’est justement ce qu’il faut éviter lorsque vous souhaitez gérer le mouvement en photographie. Le seul petit reproche que je ferais au livre est de ne pas proposer ces fiches prêtes à reproduire ou à découper. Notez toutefois que prendre vos propres notes facilite la mémorisation.
Vous noterez au passage que vitesses lentes et poses longues font chacune l’objet d’un chapitre distinct. Vous pourriez penser qu’il s’agit de la même chose puisque la pose longue fait appel aux vitesses lentes (temps de pose longs). Et bien non, vous allez voir qu’il est tout à fait possible d’utiliser des vitesses lentes pour traduire le mouvement sans pour autant faire des photos en pose longue.
Parmi les autres types de mouvements intéressants à photographier, citons les phénomènes naturels (photos d’orages) comme plus artificiels (photos de feux d’artifice). Il s’agit bien là-aussi de traduire en images un phénomène bref mais en mouvement.
Une autre technique photo capable de vous aider à figer le mouvement, c’est le Light Painting. En « peignant avec la lumière » vous allez immortaliser le mouvement d’une source lumineuse sur un fond sombre, la nuit par exemple, et créer des images particulières. Christophe Audebert a fait appel au savoir-faire de Jadikan, un photographe professionnel spécialisé dans le Light Painting qui l’a autorisé à reproduire plusieurs de ses photos. Inutile de vous dire que vous risquez de passer quelques nuits dehors si vous vous prenez au jeu !
Si ce n’est pas net, c’est flou ! Découvrez les techniques de gestion du mouvement au travers du flou, comme le bougé intentionnel de l’appareil photo.
Il s’agit ici de bouger, volontairement, votre appareil à la prise de vue de façon à provoquer un flou de bougé. En maîtrisant cette technique et les paramètres de prise de vue très précis qu’il convient d’utiliser, vous allez faire des photos au flou contrôlé, une démarche créative particulière qui ne manque pas d’intérêt (voir les photos d’Arnaud Vareille).
Vous utilisez un zoom ? Finissez votre apprentissage du mouvement en photographie avec le zooming. Cette autre technique vous permet de créer un mouvement là où il n’y en a pas, en tournant la bague de zoom de votre objectif pendant la prise de vue. Bien maîtrisée, cette technique donne des images très dynamiques.
Enfin, si la photo en studio vous tente, vous apprécierez de photographier en ultra-haute vitesse. Vous avez déjà vu des photos de gouttes d’eau rebondissant hors d’un récipient ? C’est de cela dont il s’agit – mais pas que. Vous allez découvrir l’open flash et déclencher votre flash à l’aide d’une simple application pour smartphone pour capturer votre sujet en pleine action.
Afin d’illustrer son livre avec des images très créatives autour du mouvement, l’auteur a invité trois autres photographes à présenter leur démarche. Il s’agit de Cédric Marcadier avec ses filés sur les circuits automobiles, de Jadikan et ses images de Light Painting ainsi que de Warren Kealan et ses paysages marins (c’est magnifique !).
Mon avis sur Les secrets du mouvement en photographie
Cette série n’a plus de secrets (!) pour vous si vous avez déjà lu mes précédentes chroniques à son sujet. Ce nouvel ouvrage vient la compléter de fort belle façon, en traitant de techniques transverses aux domaines photographiques habituels. Vous pouvez en effet photographier le mouvement que vous fassiez du portrait, des photos nature, des photos de sport ou de l’animalier.
Christophe Audebert a pris soin de tout détailler en vous fournissant une démarche claire et précise. Il vous suffit de reproduire les différentes étapes pour vous lancer et réussir vos premières photos avant de prendre le temps de maîtriser la technique de votre choix.
Proposé au tarif très abordable de 23 euros, ce livre comporte de nombreuses (et très belles) illustrations, et vous évite de devoir passer des heures à chercher les infos, l’investissement est très rentable. Le photographe urbain que je suis a déjà trouvé quelques idées de séries, je ne doute pas que vous y trouviez les vôtres aussi.
Vous voulez faire de belles photos sans dépenser plus d’argent en matériel ? Voici une série de conseils simples pour y arriver. Ils ne nécessitent aucune dépense et peuvent être mis en œuvre quel que soit votre niveau.
Faire de belles photos : pourquoi vous n’y arrivez pas
Vous en avez assez de vous dire que vos photos ne sont pas à la hauteur de vos espérances. Vous avez investi dans un appareil photo récent, performant, onéreux mais au final vous n’obtenez pas les résultats escomptés.
Vous avez souvent essayé de faire mieux, vous avez acheté un guide pratique, vous avez suivi des tutoriels photo mais sans succès. Vous avez fait un peu plus connaissance avec votre appareil photo mais vous n’êtes toujours pas satisfait.
Attention aux mauvaises solutions
Vous avez peut-être essayé de suivre les conseils de ‘ceux qui savent‘ : un proche, le membre d’un photo-club, un photographe rencontré lors d’un événement …Mais ils ne savent pas toujours plus que vous, ou leurs explications ne sont pas toujours claires.
Vous avez peut-être aussi passé du temps à analyser en détail les photos des autres, les données EXIF, mais cela ne vous aide pas. Quand vous regardez un tableau, vous ne demandez pas au peintre quel pinceau et quelle marque de peinture il a utilisé.
Vous avez peut-être même cherché à changer d’appareil photo ou d’objectifs en pensant que ça irait mieux. Mais ce n’est pas le cas. C’est peut-être même pire …
Mon exemple
Quand j’ai débuté en photographie, j’ai assez vite assimilé le fonctionnement de mon appareil photo. Mais mes photos n’étaient pas du tout celles que j’espérais.
Je faisais des photos correctes, de bons souvenirs avec mes proches mais rien de plus. Aucune photo qui ne mérite d’être montrée au delà du cercle familial. Et je remettais en cause de nombreux choix techniques parce que la technique ça rassure, c’est concret.
Jusqu’au jour où j’ai fini par comprendre que je me trompais et que m’intéresser à la technique uniquement était une erreur. Que si maîtriser la technique avait tendance à me rassurer, cela me bloquait dans mon approche. Je passais à côté de nombreuses (belles) photos sans les voir. J’ai alors changé mon approche.
Comment faire de belles photos : des conseils simples
Pour faire de belles photos il faut connaître les bases de la photo, les plus simples. Mais pas trop. Sans quoi vous allez vous perdre.
J’ai listé ci-dessous les conseils qui me paraissent les plus pertinents. C’est la liste qui m’aurait aidé à avancer quand j’ai débuté, et que j’ai fini par faire. Ces conseils s’appliquent quel que soit votre matériel, même si vous utilisez un smartphone ou un compact.
Conseil photo #1 : utiliser la lumière à votre disposition
J’ai utilisé ici la lumière artificielle du lieu pour mettre en valeur le réservoir et les chromes au premier plan
Quand on pense ‘lumière à disposition’, on pense souvent lumière naturelle, celle du soleil. Mais il peut s’agir aussi de sources de lumières artificielles : une ampoule, un éclairage de ville, un phare d’automobile, etc.
Ne cherchez pas à vous rendre la vie plus complexe qu’elle n’est déjà. La solution ne passe pas par l’achat d’un flash très évolué, d’un système de commande à distance, de câbles ou autres accessoires soi-disant miraculeux.
Utilisez la lumière à votre disposition au moment de la prise de vue et jouez avec.
En vous positionnant correctement par rapport à cette lumière, vous allez réaliser les belles photos que vous ne le feriez avec tous vos accessoires.
Conseil photo #2 : soignez la composition
En me baissant, j’ai voulu donner à ce paysage désertique une dimension encore plus vaste tout en rappelant la dimension humaine avec ce couple de touristes au centre de l’image
La composition, c’est l’art d’ordonner les différents éléments qui vont se retrouver sur la photo.
Regardez dans le viseur de votre appareil photo et demandez à votre sujet de se déplacer.
Déplacez-vous si le sujet est fixe. Intégrez un élément du décor ou retirez-en un, faites attention aux têtes et aux pieds coupés.
Vous allez donner une autre allure à vos portraits en décalant un peu le sujet. Ou sublimer un paysage en vous déplaçant ou en vous baissant. C’est d’autant plus important avec un boîtier qui ne permet pas, ou très peu, de gérer la profondeur de champ et la mise au point précise (les compacts par exemple).
Conseil photo #3 : choisissez la bonne direction
En positionnant ma fille face au soleil, j’ai obtenu le rendu que je souhaitais tout en disposant d’un ciel bleu en arrière-plan qui donne le ton à la photo
Si vous photographiez une personne avec le soleil en face de vous il y a de fortes chances que ce portrait ne soit pas le plus agréable à regarder. Contre-jour, effet de flare, ombres prononcées vont vous desservir. Vous pouvez vous en sortir (voir comment) mais il y a plus simple si vous débutez.
Mettez le soleil dans votre dos à vous.
Vous obtiendrez un ciel plus harmonieux, une image plus agréable sans zones trop blanches ou trop noires. La mesure de lumière de votre boîtier réagira mieux et le résultat sera toujours meilleur. Faites la photo sans tarder par contre, votre sujet risque de ne pas apprécier d’avoir le soleil dans les yeux.
Conseil photo #4 : anticipez
Tout en marchant j’ai vu arriver le transporteur avec son chariot et la jeune femme qui se rapprochait du motard situé en pleine lumière, la scène a duré quelques instants uniquement
En observant, en imaginant, en provoquant parfois vous allez apporter à vos photos ce petit plus qui fait la différence (voir mes photos urbaines).
L’anticipation est un des secrets des meilleurs photographes.
Si l’instant décisif n’est pas toujours simple à saisir, sachez qu’il existe plein d’autres instants à votre portée pour faire les belles photos que vous voyez chez les autres.
Conseil photo #5 : soyez toujours prêt
Mon boîtier étant toujours calé sur un temps de pose court et une ouverture plutôt réduite, j’ai pu saisir le saut du personnage au second plan sans rien changer aux réglages
Vous ne pourrez jamais capturer certaines scènes si vous commencez par régler votre appareil avant de déclencher.
Vous devez avoir préparé votre prise de vue à l’avance pour ne plus devoir changer les réglages au dernier moment.
Modifiez tout au plus l’ouverture ou le temps de pose d’un coup de molette rapide mais ne passez pas plusieurs minutes à changer les différents réglages dans les menus, la photo va vous passer sous le nez.
Conseil photo #6 : évitez le désordre
En plein road trip, le sujet c’est la route. Rien d’autre ne doit venir perturber la composition.
Lorsque je commente une photo, je pose très souvent à l’auteur la question suivante : « quel est le sujet ? ». Parce que l’ensemble n’est pas clair, le cadre est chargé, les sujets se superposent ou bien le cadre est vide avec un petit sujet au loin.
En photographie le plus est l’ennemi du bien. Faites simple.
Quand vous cadrez, isolez votre sujet, retirez du champ tous les éléments parasites. Prenez du recul ou au contraire rapprochez-vous. il est important de montrer un sujet et un seul tant que vous ne maîtrisez pas parfaitement l’art de la composition.
Et maintenant …
En mémorisant ces quelques principes, vous allez faire des photos autrement, en oubliant la technique pour développer votre créativité.
Nous sommes tous créatifs mais nous passons trop souvent à côté de belles photos en cherchant à rendre la prise de vue technique. Les appareils récents sont tous performants, même les moins chers, ils nous permettent de nous éloigner de la technique mais nous l’oublions trop souvent.
C’est souvent un petit quelque chose qui fait qu’une photo est agréable à regarder ou non. Toutes vos photos ne vont pas devenir des chef d’œuvres grâce à ces conseils photo. Mais quelques photos réussies par séance et c’est déjà une belle progression dont vous serez fier.
Plus vous aurez de plaisir à faire de belles photos, plus vous en ferez car la réussite vient toujours avec la pratique ! Alors, vous essayez ?
Appareil photo hybride vs. reflex : différences, avantages/inconvénients de l’hybride sans miroir
L’annonce d’appareils photo hybrides chez Nikon, les Nikon Z 7 et Z 6, puis Z 50, a généré de nombreuses discussions chez les photographes amateurs comme professionnels. Si certains connaissent parfaitement leur sujet, d’autres sont moins au fait de la technologie hybride sans miroir.
Que cache un appareil photo hybride ? Quelles sont les différences avec un reflex ? Quels sont les avantages et inconvénients ? Voici ce qu’il vous faut savoir pour faire la différence entre ces deux mondes et comprendre de quoi il est question.
Appareil photo hybride vs. reflex : le contexte
« Je ne comprends pas. Depuis des années, on me rabâche que le reflex numérique est ce qui se fait de mieux pour faire des photos. Je m’y suis intéressé, j’ai investi (beaucoup) et maintenant on vient me dire que tout ça c’est dépassé, l’hybride est là et le reflex n’a plus qu’à mourir de sa belle mort. On se moque de moi ? ».
Voici le type de question que je reçois souvent depuis l’annonce des hybrides Nikon Z (voir lequel choisir). Des photographes amateurs ne comprenant plus ce qu’il se passe dans le monde de la photo, des incompréhensions, des interrogations … un vent de panique a soufflé suivi depuis d’un sentiment négatif : les marques nous poussent à changer pour quelque chose que l’on ne veut pas !
L’annonce de la gamme Canon EOS R, hybride plein format, du Panasonic S1/S1R hybride plein format, de l’hybride Fujifilm X-T4 APS-C et le possible nouvel Olympus hybride plein format ont enfoncé le clou. Même Leica s’y met ! Est-ce la fin d’une époque ?
La réalité est plus complexe.
Lorsque les reflex numériques ont fait leur apparition, à la fin du siècle dernier (1999 pour le Nikon D1), il s’agissait de construire, sur les bases d’un reflex argentique, un appareil photo équipé d’un capteur numérique en lieu et place d’un film argentique. Le reste ne changeait pas, ou si peu : visée, autofocus, mesure de lumière, monture (chez Nikon).
L’appareil photo reflex a mis plus de 300 ans pour en arriver à son stade actuel. Le principe fondateur, la réflexion spéculaire, remonte à 1686 et aux travaux de l’opticien Johann Zahn. Le reflex a gagné ses lettres de noblesse à partir des années 50, le Nikon F chez Nikon a marqué son époque.
Les appareils photo ont évolué avec les progrès de l’électronique et de la technologie. Autofocus (Nikon F3AF en 1980), mesure de lumière matricielle (Nikon FA en 1983), vidéo (Nikon D90 en 2008) … le reflex actuel n’a plus grand-chose à voir avec ses ancêtres.
De nos jours les progrès de l’électronique et de l’informatique sont tels que ce qui n’était pas envisageable il y a dix ans encore l’est désormais. A condition que certaines contraintes soient levées, et en matière de contraintes le reflex est aux premières loges.
Vue éclatée du Nikon Z 7 montrant le peu de pièces mécaniques dans un hybride
Les appareils photo hybrides sont nés pour bénéficier des progrès de l’électronique et pour lever les contraintes propres aux reflex. Les ingénieurs des différentes marques sont partis d’une feuille blanche, et ont réinventé l’appareil photo chacun à leur manière. Ceci s’est traduit par l’arrivée de premiers modèles plus ou moins performants, mais la tendance était bien là.
Depuis plusieurs années l’appareil photo hybride progresse sans cesse, et 2018 est l’année où l’hybride a gagné ses lettres de noblesse. Challengés par Sony, Fujifilm, Panasonic et Olympus (Leica est un peu moins grand public), les ingénieurs Nikon et Canon sont passés à l’action pour de bon après des tentatives pour le moins timides (gammes Nikon One et EOS M).
La guerre est déclarée et les photographes n’ont jamais eu autant de choix en matière d’hybride. Encore faut-il comprendre de quoi on parle.
Appareil photo hybride vs reflex : présentation du sujet en vidéo
Vous préférez écouter que lire ? Je vous propose une présentation vidéo de ce (long) sujet, à suivre ci-dessous :
Qu’est-ce qu’un appareil photo hybride sans miroir ? Tentative de définition
S’il y a un terme qui ne peut être plus ambigu dans le jargon photographique actuel, c’est bien le terme « hybride ». Le mot « hybride », lorsqu’il désigne un appareil photo, ne signifie rien de précis. Ce mot est utilisé pour désigner un appareil photo qui n’est ni un compact, ni un bridge, ni un reflex, ni même un moyen-format traditionnel. Quelque chose « d’hybride » entre tout ça.
Le sens du mot le plus approprié nous vient du monde anglo-saxon, c’est « mirrorless » ou « sans miroir » en bon français (ML en abrégé, parce que SM ce n’est pas ce que l’on peut trouver de mieux …).
Un appareil photo hybride est donc un appareil photo sans miroir ? Mais les compacts et les bridges n’ont pas de miroir non plus et ne sont pas des hybrides.
Complétons donc la définition ainsi « appareil photo sans miroir à objectifs interchangeables« . Oui mais … certains hybrides (Fujifilm X-100, Leica Q par exemple) ont un objectif non interchangeable. Et sont aussi qualifiés d’hybrides.
Pour rajouter à la confusion, certains appareils photo sans miroir disposent d’un « viseur hybride », à la fois optique et électronique.
Mais alors c’est quoi un hybride ? Inutile de chercher une définition précise, ça n’a aucune importance.
Parlons donc d’ »hybride sans miroir » lorsqu’il s’agit de désigner des appareils photo comme les récents Nikon Z 7 ou Z 6, 50 et autres Canon EOS R, Fujifilm X Serie, Panasonic Lumix GH, Olympus Pen, etc.
Différences de fonctionnement entre un appareil photo hybride sans miroir et un reflex
Un reflex traditionnel (par exemple un reflex Nikon) utilise un viseur optique qui affiche la scène cadrée au travers de l’objectif (visée TTL – Through The Lens) par le biais d’un miroir et d’un prisme de visée.
Le miroir est disposé dans la chambre reflex devant le capteur, il transmet l’image en provenance de l’objectif au prisme et au verre de visée. Lors du déclenchement, le miroir se relève pendant le temps de pose pour permettre à la lumière d’atteindre le capteur. Une fois l’exposition terminée le miroir retombe en produisant le bruit caractéristique des reflex, et les micro-vibrations qui vont avec.
Le miroir transmet au viseur une image faite par l’objectif à pleine ouverture. Cela permet d’avoir une visée la plus lumineuse possible, sans quoi vous ne verriez rien quand vous fermez à f/22 par exemple. Essayez si votre boîtier comporte un bouton de test de profondeur de champ : l’appui sur ce bouton ferme le diaphragme à la valeur choisie et sauf à ce que cette valeur soit égale à l’ouverture maximale de votre objectif, la visée s’assombrit.
Ce principe de visée reflex ne permet pas de visualiser la profondeur de champ au travers du viseur puisque le cadrage se fait toujours à pleine ouverture.
L’image transmise par le miroir est affichée dans le viseur par l’intermédiaire d’un prisme en verre, de taille imposante sur les reflex plein format. C’est la protubérance que vous voyez sur le dessus de votre reflex.
La visée reflex est une visée optique : vous voyez la scène cadrée telle qu’elle le sera sur la photo finale, à la couverture de champ près de votre viseur (90 ou 100% selon les reflex Nikon).
Le viseur du Nikon Z 7 et son assemblage de lentilles
Avec un appareil photo hybride sans miroir le principe de visée diffère. Un appareil sans miroir n’a pas de … miroir, celui-ci ne peut donc renvoyer l’image au prisme puis au viseur. La visée est effectuée par un système électronique qui récupère le signal du capteur image et l’envoie à l’écran de visualisation faisant office de viseur par le biais d’un système de lentilles.
Pour que le signal du capteur arrive de façon permanente dans le viseur, l’obturateur doit rester ouvert en permanence. Il laisse alors passer la lumière vers le capteur image activé en continu. L’obturateur manœuvre pendant la prise de vue pour permettre au capteur de n’être exposé que pendant le temps de pose choisi (il se ferme, s’ouvre, se ferme puis se rouvre, voir plus bas).
Appareil photo hybride sans miroir : obturateur mécanique et obturateur électronique
L’obturateur d’un reflex est un obturateur mécanique. Il consiste en un système de lames fermé en permanence sauf pendant l’exposition. Les lames s’écartent alors pour laisser passer la lumière avant de se refermer.
En mode de visée Live View, le principe diffère. Le capteur du reflex envoie l’image à l’écran arrière en flux continu. Le miroir est relevé, l’obturateur ouvert, l’écran arrière sert de viseur. Lors du déclenchement l’obturateur se ferme puis se rouvre pendant le temps de pose, puis il se relève pour que la visée Live View soit à nouveau opérationnelle.
L’obturateur mécanique reste le système d’obturation le plus commun sur les appareils photo et les reflex en particulier. Il reste toutefois limité par les caractéristiques mécaniques des lames et du système de commande. L’obturateur mécanique ne peut dépasser une certaine vitesse de translation, c’est pourquoi un reflex a toujours une vitesse d’obturation maximale fonction de la performance de son obturateur (par ex. 1/8000 ème de sec.).
Le mode de visée Live View s’approche du mode de visée électronique de l’appareil photo hybride sans miroir. Il n’utilise pas le miroir mais il reste lent et peu réactif en pratique (le Nikon D780 a changé cela toutefois). Il impose de plus d’utiliser l’écran arrière pour viser, ce qui n’est guère confortable ni possible dans certaines situations de prise de vue.
L’obturateur mécanique du Nikon Z 7
A l’inverse de ce que vous pourriez penser, un appareil photo hybride sans miroir dispose d’un obturateur mécanique. Il est indispensable pour permettre au capteur de ne recevoir que la quantité de lumière requise pendant le temps de pose, le capteur étant activé en permanence pour transmettre l’image de la scène au viseur.
L’obturateur mécanique est doublé d’un obturateur électronique. Cet obturateur ne bloque pas le passage de la lumière comme son homologue mécanique, mais enregistre le signal du capteur pendant le temps de pose choisi. Cette obturation a l’avantage de ne faire aucun bruit puisque l’obturateur mécanique ne manœuvre pas lorsque l’obturateur électronique est utilisé. Le choix de l’un ou l’autre mode est fait par le photographe.
Les avantages de l’appareil photo hybride sans miroir
Si les hybrides sans miroir ont le vent en poupe désormais, c’est qu’ils permettent de lever plusieurs limites des reflex. Ils permettent des pratiques nouvelles et un confort supplémentaire sans sacrifier à la qualité d’image ni à la performance.
Une visée en conditions réelles
Le viseur d’un reflex montre la scène telle qu’elle est cadrée.
Le viseur d’un hybride sans miroir montre l’image telle qu’elle va être enregistrée sur la carte.
Cette différence est fondamentale car avant même de déclencher vous savez quel sera le résultat final, sans être forcé de regarder l’écran arrière après la prise de vue pour voir si la photo correspond à vos attentes.
La visée en conditions réelles montre dans le viseur :
le champ couvert à 100%,
l’exposition,
la profondeur de champ,
la netteté,
le rendu de l’image,
différentes informations paramétrables telles que l’histogramme, la loupe ou l’indication de mise au point en mode manuel (« focus peaking »).
le viseur du Nikon Z 7 avec différentes informations de prise de vue et collimateurs AF plein champ
La visée électronique affiche le signal en provenance du capteur. Ce principe fondateur permet de lever les contraintes du reflex.
S’agissant du capteur image, le cadre affiché est de 100% par définition.
L’exposition est visible en direct, il suffit d’utiliser le correcteur d’exposition pour adapter le rendu à vos attentes avant même de déclencher.
L’ouverture du diaphragme sélectionnée est l’ouverture utilisée pour la visée, la profondeur de champ est vérifiable et modifiable en temps réel. Le bouton de test de profondeur de champ n’a plus d’intérêt. La visée n’est pas moins lumineuse car le viseur amplifie le signal pour garder une luminosité constante.
La mise au point de l’image est visible elle-aussi directement, certains viseurs (comme celui des Nikon Z 7 et Z 6) permettent d’afficher une loupe dans le viseur pour avoir un aperçu plus précis de la mise au point. Les porteurs de lunettes apprécient.
Le rendu des réglages de prises de vue (par exemple le Picture Control chez Nikon) est visible lui-aussi dans le viseur. Il est possible par exemple de viser en noir et blanc tout en enregistrant un fichier RAW de façon traditionnelle.
Le viseur électronique étant avant tout un écran, il sait afficher différentes informations de prise de vue ou d’aide à la prise de vue. Histogramme ou Focus Peaking (indicateur de mise au point en mode manuel) sont activables depuis les menus. Les options d’affichage diffèrent selon les boîtiers.
Le viseur électronique permet de voir une scène nocturne de façon bien plus confortable que sur un reflex puisque le viseur amplifie le signal reçu pour ajuster la luminosité. La nuit n’a plus de secrets pour vous.
Enfin, cerise sur le gâteau, le viseur permet de voir les photos faites sans quitter l’œil … du viseur. Un simple appui sur la touche de visualisation bascule l’affichage, vous évitant de baisser le boîtier et d’allumer l’écran arrière (ce qui reste possible toutefois).
Poids et taille du boîtier
Un appareil photo hybride sans miroir est plus compact et léger qu’un reflex puisqu’il n’a pas à loger les composants du système de visée optique, dont le prisme de bonne taille sur un reflex plein format, ni le système de motorisation autofocus des objectifs.
comparaison entre le Nikon Z 7 avec zoom Nikon Z 24-70 mm f/4 S (en haut) et le Nikon D 850 avec zoom AF-S 24-70 mm f/2.8 (en bas)
L’hybride sans miroir comporte moins de composants mécaniques, comme l’ensemble miroir et les commandes associées ou le moteur autofocus. Cela permet de gagner de la place et du poids.
La taille des optiques n’est pas plus réduite que celle des optiques pour reflex car leur diamètre est fonction de la taille du capteur et du diamètre de la monture. Le gain en compacité est plus à trouver du côté du boîtier. Les hybrides sans miroir avec capteur APS-C utilisent toutefois des optiques plus compactes que les boîtiers avec capteur plein format (voir le Nikon Z 50).
En vertu des mêmes critères, le poids des optiques ne diffère que peu de celui des optiques pour reflex. Chez Nikon, la monture Nikon Z avec son grand diamètre et son faible tirage mécanique permet de concevoir des optiques plus performantes mettant en oeuvre un nombre limité de lentilles. Moins de lentilles c’est moins de poids.
Autofocus plein cadre
La couverture du champ d’un module autofocus pour reflex est limitée par la position du capteur autofocus dans la chambre reflex. Celui-ci étant éloigné de la monture du boîtier, les contraintes optiques font que l’autofocus (à détection de phase) ne peut fonctionner efficacement sur les bords du champ. Les collimateurs sont donc répartis au centre du cadre, une zone réduite sur les reflex plein format.
Cette limite est levée sur les appareils photo hybride sans miroir car le système de mise au point par détection de contraste analyse le signal en provenance du capteur pour assurer la mise au point, indépendamment de la position du capteur. Il est secondé par un système à détection de phase prenant en compte, comme sur le reflex, les collimateurs centraux. Ce double système permet d’accélérer la mise au point. Ce principe ne peut pas être utilisé sur un reflex sans suppression du miroir, ce qui est par définition impossible.
L’autofocus par détection de contraste des hybrides sans miroir, en analysant le signal du capteur image, supprime tout effet de front/back focus, tout comme le fait le mode de visée Live View sur un reflex. C’est un réglage complexe de moins à faire pour le photographe.
le processeur Expeed 6 des Nikon Z 7 et Z 6
L’autofocus à détection de phase des reflex reste un peu plus réactif encore que certains autofocus pour hybrides, limités par la puissance de calcul des processeurs. Cette limite est repoussée par chaque nouveau processeur (par exemple Expeed 6 chez Nikon) toujours plus performant que la génération précédente, l’écart se réduit donc petit à petit. Par ailleurs l’autofocus des hybrides à détection de contraste ne met en jeu aucun composant mécanique (capteur AF, miroirs et mouvements associés), il est moins coûteux à produire et moins sensible aux pannes (voir le site de fabrication des Nikon Z 7 et Z 6).
Déclenchement silencieux
Le miroir d’un reflex claque en s’ouvrant et en retombant après chaque prise de vue. C’est une des contraintes de la visée reflex.
Sur un appareil photo hybride sans miroir, l’obturation mécanique ne fait pas appel au miroir. Seules les lames de l’obturateur se déplacent, le bruit est faible.
L’obturation électronique est un procédé entièrement électronique, aucune pièce n’est en mouvement lors du déclenchement. Celui-ci est totalement silencieux.
Ce déclenchement silencieux est appréciable si vous faites des photos de spectacles vivants, des photos animalières (une rafale avec un reflex peut effrayer les animaux), de la photo de rue … Pouvoir déclencher dans le silence le plus total est un vrai plus.
Les inconvénients de l’appareil photo hybride sans miroir
Autonomie
Un appareil photo hybride sans miroir met en oeuvre plusieurs composants électroniques activés de façon continue, le capteur et le viseur en particulier. Ceci entraîne une consommation d’énergie supérieure à celle d’un reflex.
L’importante capacité de calcul du processeur nécessaire pour assurer les différentes fonctions (par exemple l’autofocus) entraîne elle-aussi une consommation d’énergie importante.
Les tests CIPA montrent une différence d’autonomie importante à capacité de batterie identique entre hybride et reflex, de l’ordre de 1 à 5. En pratique, le ratio est plutôt de l’ordre de 1 à 2 avec les hybrides actuels car les tests CIPA ne sont pas adaptés au mode de consommation des hybrides.
Sur le Nikon Z 7, ma première prise en main montre que l’autonomie est proche de 700 photos contre 1.100 sur mon reflex D750 (505 photos faites en conditions de test avec 28% de batterie restante). Une batterie complémentaire s’avère indispensable si vous faites beaucoup de photos à la suite alors que ce n’est pas le cas sur un reflex.
Latence à l’affichage dans le viseur
La visée électronique des hybrides sans miroir utilise un écran qui peut avoir, selon ses caractéristiques, un temps de latence à l’affichage. Autrement formulé, l’image de la scène cadrée peut être affichée avec un décalage minime par rapport au viseur optique. Cette latence devient infime avec les viseurs de dernière génération.
Le taux de rafraîchissement du viseur est un autre critère à considérer : s’il n’est pas suffisamment élevé, l’image dans le viseur peut présenter un effet de traînée lors d’un mouvement vertical ou horizontal rapide du boîtier, pendant un filé par exemple. Ceci n’a pas d’effet sur l’image enregistrée. Un taux de rafraîchissement de l’ordre de 60 à 100 fps ne pose pas problème sur les hybrides les plus récents dans la plupart des situations.
Effet Rolling Shutter
L’obturation électronique peut provoquer une distorsion d’image (déroulement ou rolling shutter) avec des sujets se déplaçant très vite. Cette distorsion est due au mode d’acquisition de l’image en obturation électronique. Contrairement à l’obturation mécanique qui capture l’image en une fois (« snapshot »), l’obturation électronique consiste à balayer l’ensemble de l’image, tous les points constituant l’image finale ne sont donc pas capturés au même instant, un peu à la manière d’un scanner.
Si le sujet se déplace très vite, il peut arriver qu’une partie du sujet se soit déplacée pendant le temps nécessaire à balayer l’ensemble de l’image, entraînant ainsi une distorsion sur l’image finale.
L’effet de rolling shutter est un effet propre à l’obturation électronique et ne touche que les sujets en mouvement très rapide (par exemple les pales d’une hélice d’avion). Les systèmes d’obturation électronique les plus récents sont plus performants et en pratique le rolling shutter n’est que peu visible sur les sujets en mouvement rapide. Seuls quelques situations extrêmes peuvent encore poser problème.
Effet blackout
Sur un appareil photo hybride sans miroir, en mode d’obturation mécanique, il convient de fermer l’obturateur avant de déclencher puisque le capteur est activé en continu. Lors de cette fermeture, l’électronique du boîtier effectue un passage au noir du capteur pour remettre à zéro la charge de chacun des photosites. Pendant le temps de pose, les photosites se rechargent sous l’effet de la lumière, c’est cette information qui est alors capturée. Ce passage au noir est appelé effet blackout, il revient à percevoir une image noire dans le viseur pendant un bref instant.
En mode rafale cet effet est d’autant plus visible que les images s’enchaînent et que les temps de passage au noir, de passage en mode visée puis de prise de vue se cumulent pour chaque photo.
Cet effet blackout tend à se réduire avec les boîtiers de dernière génération équipés de capteurs BSI et de viseurs plus performants que les capteurs et viseurs des générations précédentes. Sur certains modèles il n’est plus visible.
Autofocus
Nous l’avons vu, le système de mise au point par détection de contraste des appareils photo hybrides sans miroir fait appel à un calculateur et non à un capteur AF et un jeu de miroirs comme sur un reflex. Ce calcul impose un temps de réaction plus long de l’autofocus.
Les hybrides de première génération étaient pourvus d’autofocus à détection de contraste uniquement tandis que les modèles les plus récents comme les Nikon Z mettent en oeuvre un système double : détection de contraste sur l’ensemble du champ (entre 90 et 100 % selon les marques) et détection de phase dans la zone centrale. Nikon a ainsi pu concevoir un autofocus très réactif, offrant des performances proches de celles du module à 153 collimateurs des reflex récents comme les Nikon D5, D500 ou D850. Il couvre par contre 90% du champ.
La performance de l’autofocus d’un hybride est intimement liée à l’algorithme de calcul. Plus celui-ci est performant, meilleure est la réactivité de la mise au point automatique. Un algorithme pouvant être optimisé, une simple mise à jour du firmware du boîtier permet de bénéficier de performances accrues quand c’est possible, ce que Nikon fait très bien sur ses hybrides depuis leur sortie (voir la version 3.0 du firmware).
Il en est de même pour la sensibilité de détection de l’autofocus, elle-aussi liée à l’algorithme. Elle peut évoluer avec le firmware et gagner 1 à 2 Ev selon les boîtiers et les versions.
La mise à jour du firmware d’un appareil photo hybride est donc une opération primordiale qui permet d’optimiser les performances si le constructeur joue le jeu. Sony a fait le choix de faire évoluer ses hybrides en sortant des nouveaux modèles plus fréquemment. Fujifilm fait évoluer ses boîtiers par mise à jour du firmware sur les séries X et GFX. Nikon a adopté cette démarche sur les Nikon Z.
En conclusion
L’arrivée sur le marché des appareils photo hybrides sans miroir Nikon, Canon, Fujifilm, Panasonic … est un signal fort pour le monde de la photo. Sans être la révolution qu’était l’arrivée des appareils numériques à leurs débuts, l’évolution apportée par l’hybride sans miroir est réelle.
Le reflex n’a rien perdu de ses qualités et continuera d’évoluer. Mais l’attention des constructeurs est désormais portée sur les gammes hybrides. L’appareil photo hybride sans miroir devrait même, selon la plupart des observateurs et j’en fais partie, détrôner le reflex dans les prochaines années en raison de qualités indéniables et d’une capacité à évoluer bien supérieure.
En savoir plus sur les hybrides Nikon sur le site de la marque.