Comment doper votre créativité en photo ?

Votre appareil photo est créatif ! Il n’a qu’un œil là où vous en avez deux. Son objectif est soumis aux lois de l’optique, son capteur est contraint par celles de l’électronique, autant de raisons qui font que votre précieux boîtier ne voit pas comme vous. Comment exploiter ces différences pour doper votre créativité en photo ?

Comment doper votre créativité en photo ?

Ce sujet vous est proposé par Jacques Croizer, auteur des guides pratiques Tous photographes !

Jacques est un collaborateur régulier de Nikon Passion et vous propose cette réflexion sur les chemins de la créativité. A ne pas manquer !

Voir les guides photo de Jacques Croizer …

Créativité en photo, retour d’expérience

Comment doper votre créativité en photo ?

Dans la brume électrique  (f/2,8 à 1/250 s) – photo (C) Jacques Croizer

Prenez le temps d’observer quelques unes de vos photos ratées. Elles sont toujours sources d’enseignements. La première est carrément floue, la seconde un peu trop rouge… des dérives qui vous apparaissent aujourd’hui comme autant de  défauts.

De cette mésaventure, il vous faut pourtant retenir l’extraordinaire faculté qu’a votre appareil d’enregistrer des phénomènes que vous êtes incapable de voir à l’œil nu.

Comprendre comment naissent ces défauts et surtout en maîtriser l’apparition peut vous permettre de booster votre créativité en photo. Entendons-nous bien : il ne s’agit pas ici de recycler vos vieilles photos ratées, mais simplement de créer des images qui sortent un peu de l’ordinaire… sans passer par la case retouche !

Si vous êtes pris d’un doute à la lecture de cette introduction, pensez à toutes les photos en noir et blanc devant lesquelles vous êtes tombé en arrêt. Si on vous avait dit de but en blanc que la vie est plus belle sans couleur, n’auriez-vous pas également été rebuté ?

Enregistrer la trace du temps

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Les gens qui passent  (f/6,3 pour 3 s) – photo (C) Jacques Croizer

Lorsque vous regardez les voitures qui passent devant vous, vous en distinguez nettement, quoique brièvement, les formes. Sortez votre appareil et prenez une photo : il y a fort à parier qu’elle sera floue.

Ce sont à la fois la vitesse et la proximité des véhicules qui sont responsables de ce mauvais résultat : le capteur est capable d’enregistrer la trace du temps que votre regard ne voit jamais passer.

Pour faire une photo nette, lisez comment faire une photo nette avec un sujet en mouvement.  Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est au contraire de générer volontairement ce fameux flou de mouvement que nous avons trop souvent capté sans le vouloir.

Rien de très compliqué : il suffit de choisir une vitesse de déclenchement basse, adaptée à celle de votre sujet. 3 secondes sur la photo ci-dessus car les personnes se déplaçaient lentement, mais 1/30s peut suffire pour un bolide. Le mode priorité à la vitesse (S) s’impose donc, avec deux réserves :

1- si la vitesse de déclenchement est trop faible, vous enregistrerez à la fois les mouvements du sujet et ceux de votre appareil. En-dessous d’un certain seuil appelé vitesse de sécurité, il faut impérativement  utiliser un trépied.

2- si vous choisissez un temps de pose très long, l’automatisme ne pourra pas compenser l’exposition en fermant le diaphragme car il butera sur la plus petite ouverture disponible : f/22, f/32… qu’importe la limite, vous finirez toujours par la trouver ! La photo sera alors irrémédiablement surexposée. Il faut dans ce cas utiliser un filtre gris neutre qui, vissé devant l’objectif, absorbera le trop plein de lumière.

Dans certains cas, le flash peut vous permettre d’aller plus loin dans l’illusion. Il existe en effet un mode de fonctionnement spécifique, appelé « déclenchement au second rideau », qui lui permet de n’illuminer que la toute dernière séquence d’une pose longue. Le sujet est ainsi figé à la fin de sa course, précédé de la traînée floue de sa trajectoire.

Optimiser l’espace négatif

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Jacinthe acidulée  (f/5,6 pour 1/30 s + Focus stacking ) – photo (C) Jacques Croizer

Les textures, les couleurs, les lignes directrices qui traversent les différents plans participent à la mise en valeur du sujet.

Mais la façon la plus simple d’arriver à ce résultat reste encore de noyer dans le flou l’espace négatif (tout ce qui n’est pas le sujet) afin de constituer le fameux bokeh. Vous isolez à peu de frais la partie la plus importante de l’image.

Seulement voilà, comment créer du flou sur un fond qui ne bouge pas ? Si notre œil est parfaitement incapable de le faire, notre appareil photo a en revanche ce pouvoir… à condition :

1- d’ouvrir le diaphragme en mode priorité à l’ouverture : ce paramètre conditionne la distance entre le premier et le dernier plan net d’une photo : c’est la profondeur de champ. Plus le diaphragme est ouvert (f/4, f/2,8 …) et plus la profondeur de champ est faible. En parallèle, plus l’ouverture est grande et plus le volume flou augmente.

2- d’écarter le sujet du fond : plus il est loin du sujet, que ce soit en avant ou en arrière, et plus la tache floue s’étale, rendant le bokeh plus harmonieux.

3- d’utiliser une longue focale : elle accélère l’étalement de la tache floue. Le sujet se détache plus vite de l’arrière-plan qui devient également plus moelleux. En revanche, pour un même cadrage, la modification de la focale n’altère pas la profondeur de champ. Si on passe par exemple d’une focale de 50 mm à une focale de 200 mm, il faut se reculer pour garder le cadrage constant. La zone nette est alors inchangée.

Défier Euclide

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La Défense  (f/8 pour 1/250 s) – photo (C) Jacques Croizer

Présentons Euclide pour ceux qui ne le connaissent pas. C’est le Monsieur qui a dit, il y a très longtemps, que deux droites parallèles ne se coupent jamais. Si ce postulat a très tôt rendu beaucoup de services à la science, il a en revanche fallu attendre la Renaissance pour que les peintres découvrent la perspective.

Votre œil se refuse à l’admettre lorsqu’il regarde un immeuble : il en voit toujours la façade sous la forme d’un rectangle. Il ne serait pourtant pas anormal qu’il en perçoive le haut plus étroit que la base : le faîte de l’immeuble n’est-il pas plus éloigné de nous que son rez-de-chaussée ? Notre cerveau cartésien corrige le tir… ce que ne se permet pas notre appareil photo.

Les déformations liées à la perspective transfigurent le paysage. Une légende urbaine voudrait que plus la focale utilisée est petite (grand angle < 35 mm) et plus la perspective est déformée. Cette croyance est liée à deux constats :

  • lorsqu’on utilise une focale courte, on a tendance à plus se rapprocher du sujet pour garder un cadrage serré,
  • lorsqu’on manque de recul, on monte une focale plus courte pour ne pas couper le sujet.

Dans les deux cas, ce n’est pas la focale qui est responsable de la déformation, mais la distance entre le photographe et son sujet. Ce qui est vrai pour l’architecture l’est également pour du portrait, discipline dans laquelle il est bon de respecter une distance minimale de mise au point d’au moins deux mètres pour ne pas engendrer des monstres à gros nez et petites oreilles.

Les déformations de la perspective sur une photo contrarient le regard. Il est prudent de conserver dans l’image quelques repères sur lesquels le spectateur pourra s’appuyer pour rassurer son cerveau : un socle bien horizontal, une verticale qui le reste, etc…

Jouer avec les couleurs

Lorsque vous photographiez une scène en intérieur sous la seule lumière des éclairages ambiants, il n’est pas rare que les couleurs apparaissent très jaunes. Ce n’est pas forcément un défaut : les frères Le Nain ont beaucoup utilisé ces teintes pour créer des tableaux à l’ambiance chaleureuse.

A vous de détourner cet étrange pouvoir pour changer à votre guise les couleurs du réel et doper votre créativité en photo. Pas question ici cependant de peindre une banane en rouge ou une clémentine en vert. Il s’agit simplement d’influer sur la colorimétrie de l’image pour qu’elle restitue une atmosphère plus conforme à vos attentes ou à votre état d’esprit du moment.

Le simple fait de jouer sur la correction d’exposition, sans pour autant quitter les modes semi-automatiques qui sont si pratiques, transforme les couleurs de manière parfois un peu inattendue : lorsque sa luminosité baisse, le bleu reste toujours bleu alors que le jaune vire au brun.

C’est pour cette raison que seule une exposition juste peut garantir la fidélité des couleurs. De manière générale, elles sont plus saturées lorsqu’on sous expose la photo, tendent au contraire vers des teintes pastelles lorsqu’on  la surexpose sans excès.

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Sous-exposition – Sur-exposition – photo (C) Jacques Croizer

Les styles d’images (Picture Control sur votre boîtier Nikon) permettent également d’agir sur la teinte et la saturation des couleurs.

Peut-être avez-vous déjà utilisé les options paysage ou portrait ? Mais avez-vous remarqué qu’il est possible de les paramétrer pour en faire des versions personnalisées ? Si ce n’est pas le cas, un détour vers votre manuel utilisateur s’impose.

Mentir à son appareil

L’option reine pour agir sur les couleurs reste cependant la balance des blancs. Vous ne vous en souciez généralement pas car l’automatisme se charge de la mesurer pour restituer des couleurs conformes à la réalité.

En bref, régler la balance des blancs, c’est trouver le bon équilibre pour que le blanc n’apparaisse ni trop bleu, ni trop rouge, mais simplement blanc de blanc.

Et si justement vous aviez envie que le blanc tire un peu sur le rouge parce que vous voulez globalement réchauffer l’atmosphère de votre image… ou au contraire la refroidir en rendant le blanc plus bleu ! Il vous faut dans ce cas prendre la main sur la balance des blancs.

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Couleurs chaudes – Couleurs froides – photo (C) Jacques Croizer

Comme toute balance, celle des blancs est graduée, mais dans une unité un peu perverse : le degré Kelvin. Plus la température de couleur est basse et plus la teinte correspondante est chaude.  Plus elle est haute et plus la couleur tire vers le bleu. Comment en jouer ?

Comment régler la balance des blancs NikonSi vous augmentez beaucoup la température de couleur, l’appareil va corriger vos excès en rajoutant du rouge. La photo finale affichera une dominante chaude. Excellente aubaine pour amplifier l’ambiance de vos couchers de soleil !

Si vous indiquez une température de couleur plus basse que la réalité, l’automatisme ajoutera le bleu supposé nécessaire pour restituer un blanc qui ne soit pas rouge. On pense cette fois-ci à l’heure bleue …

En conclusion

Jouer en trompe l’œil avec la réalité ? C’est ce que vous permet de faire votre appareil photo dès la prise de vue.

Cette rapide revue de ses options ne doit cependant pas vous faire oublier que le premier acteur de la créativité, c’est bien sûr vous : le photographe !

Pour aller plus loin, consultez le passionnant dossier que Nikon Passion a consacré à la créativité dans le domaine photographique.

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